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Réforme des diplômes du travail social : les organisations dénoncent des « diplômes d’État fictifs »

La publication de l’instruction ministérielle du 16 mars 2026, censée préciser la mise en œuvre de la réforme des diplômes du travail social de niveau 6 à partir de la rentrée prochaine, provoque une nouvelle levée de boucliers. Réunies dans un collectif interprofessionnel, dix organisations estiment que ce texte confirme les craintes qu’elles expriment depuis le début de la concertation.

Dans une déclaration particulièrement sévère, les dix organisations* dénoncent une réforme qui consacrerait « la liquidation de l’ambition et de la philosophie du contenu des formations » d’assistant de service social, de conseiller en économie sociale familiale, d’éducateur de jeunes enfants, d’éducateur spécialisé et d’éducateur technique spécialisé. Pour elles, la réforme revient à « perdre le sens et l’essence de la construction de la professionnalité de chaque métier ».

« Diplômes d’État fictifs, diplômes d’école spéculatifs »

Le ton s’est durci depuis la publication des arrêtés d’octobre 2025. Le constat des organisations est sans appel : « Diplômes d’État fictifs, diplômes d’école spéculatifs ! Formations à la carte : formations au rabais ! » Selon elles, le caractère national des diplômes s’efface progressivement au profit d’une autonomie accrue laissée aux établissements de formation. « Le cadre « national » de la réforme se réduit à une façade », écrivent les signataires, qui dénoncent une autonomie donnant « toute latitude aux établissements pour ajuster leurs exigences à la baisse, sans aucun garde-fou qualitatif ».

Des allègements de formation jugés excessifs

Parmi les critiques nouvelles formulées à la lecture de l’instruction ministérielle revient la question des allègements de formation. Les organisations relèvent que ceux-ci pourront être accordés non seulement dans un cadre national, mais également à l’initiative des centres de formation eux-mêmes, y compris pour certaines périodes de stage. Une orientation incompatible avec les exigences croissantes des métiers du travail social. « Cette politique massive d’allègements excessifs entre en contradiction directe avec le nombre de compétences réelles à acquérir dans le cadre d’une professionnalité de qualité, adaptée aux situations de plus en plus complexes des publics accompagnés », alertent les signataires.

La disparition du mémoire professionnel dans le viseur

Autre critique : la suppression du mémoire professionnel. « Le mémoire professionnel permet(tait) d’ancrer la réflexion et l’articulation entre théorie et pratique dans la durée. Il constitu(ait) le lieu d’une alternance véritablement intégrative et le témoin d’une professionnalisation en profondeur », rappellent-ils. Son remplacement par une épreuve conclusive dont les modalités seront définies par chaque établissement marque à nouveau un nivellement par le bas. Celle-ci va « se réduire à un simple récit d’expérience sans permettre une véritable analyse du processus de formation et de professionnalisation, d’autant que le livret de formation pratique n’est plus pris en compte dans l’évaluation. »

Contrôle continu généralisé et établissements « juge et partie »

La déclaration commune alerte également sur la place accordée au contrôle continu. Les signataires pointent le fait que les modalités d’évaluation seront largement laissées à l’appréciation des établissements de formation. « Chaque établissement, devenu opportunément à la fois juge et partie, pourra ainsi ajuster, voire « gérer » directement son taux de réussite », écrivent-ils. Ils redoutent que la logique de concurrence entre écoles ne conduise à privilégier l’affichage de bons résultats plutôt que l’exigence de professionnalisation. Cette évolution révèle, selon eux, une « injonction à la diplomation » davantage centrée sur la réussite statistique des étudiants que sur leur préparation aux réalités du terrain.

Les apprentis également concernés

Le collectif s’inquiète aussi du traitement réservé aux apprentis. Il critique un « statut d’exception » qui risquerait, selon lui, de réduire leur expérience professionnelle à la découverte d’un seul environnement de travail. Les organisations craignent que cette orientation ne favorise un « formatage à la réalité du terrain d’un unique employeur » au détriment du développement d’une véritable posture critique et réflexive.

Un débat loin d’être clos

Ces critiques interviennent alors que la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) défend depuis plusieurs mois une réforme qu’elle présente comme une adaptation des formations aux évolutions du travail social et de la société. Lors d’un point presse organisé en janvier dernier, son directeur général, Jean-Benoît Dujol estimait alors avoir trouvé « un point d’équilibre satisfaisant au service de l’intérêt général, des professionnels, des diplômés et des employeurs du secteur ». Il jugeait également « exagérées » les inquiétudes relatives à la disparition des identités métiers.

Une présentation qui n’a manifestement pas convaincu les organisations. Estimant que la réforme « érige la médiocratisation de la formation en choix de politique publique », elles réclament désormais son retrait pur et simple et appellent à construire une nouvelle réforme associant professionnels, formateurs, étudiants et personnes accompagnées. À quelques mois de l’entrée en vigueur de la réforme, les désaccords restent profonds.

* ANAS, CERPE, CGT Santé Social, FNEJE, FRANCE ESF, L’HORIZON, L’IRE, SNPPE, SNUAS FP-FSU et SUD Santé Sociaux.

Lire la déclaration commune :

Candice Satara

PUBLIÉ LE 03 juin 2026

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