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Faire entrer les bébés au musée : trois initiatives portées par les pros de la culture et de la petite enfance

Depuis quelques années, des musées en tout genre bousculent leurs habitudes pour imaginer des visites adaptées aux bébés et à leurs parents. Sans surprise, cette offre profite surtout aux familles fréquentant déjà les lieux culturels. Or « tous les enfants y ont droit ! », rappelle Sylvie Rayna dans l’introduction des « Musées, c’est dès la petite enfance ! » Comment faire en sorte que tous les bébés puissent venir au musée, puis y revenir avec leurs parents ? À l’échelle d’un espace, d’un musée ou d’une ville, voici trois exemples où médiateurs culturels et professionnelles de la petite enfance travaillent main dans la main pour que le droit à la culture dès la naissance soit pleinement respecté.

À la Cité des bébés, les pros sont des relais entre les parents et l’espace à hauteur des tout-petits

Ouvert en décembre 2024 après une expérimentation étalée sur quatre années (Le lab) la Cité des bébés de la Cité des sciences et de l’industrie s’adresse d’abord aux parents d’enfant de moins de 2 ans. « Mais pour donner envie aux parents de fréquenter la Cité des bébés, les professionnels de la petite enfance doivent l’expérimenter eux-mêmes », argumente d’emblée Pascal Decampe, éducateur de jeunes enfants (EJE). 

Animés par cette conviction, l’EJE et ses collègues multiplient les actions vers tous les professionnels de la petite enfance, dont l’une des missions est d’accompagner à la parentalité. L’objectif ? Leur faire découvrir la Cité des bébés pour inciter ensuite les parents à s’y rendre avec leurs bébés. « On communique plus facilement sur ce qu’on a expérimenté de l’intérieur », poursuit-il.

Des rencontres avec tous les professionnels en lien avec la petite enfance

Tous les mois, la Cité des bébés invitent les professionnels de la petite enfance, notamment du champ social. Découvrir l’espace ; comprendre le projet pédagogique ; observer le fonctionnement avec le public ; manipuler certains dispositifs ; s’approprier l’esprit du lieu… « Les professionnels repartent convaincus, constate Pascal Decampe. Ils peuvent ensuite transmettre leur enthousiasme aux parents. » Plus récemment, la Cité des bébés cible davantage les professionnels des crèches « afin qu’ils viennent ensuite avec les parents et les bébés », précise l’EJE. L’idée est de faciliter la première venue en guidant les parents. « Et ça marche très bien. Pour les professionnels, c’est aussi l’occasion d’observer les bébés et leurs parents dans un lieu différent de la crèche.

De plus en plus de visites pédagogiques sont également organisées dans l’espace pour que les professionnels de la petite enfance puissent observer les installations ludiques, évolutives, zéro plastique et écologiquement exemplaires. Forêt à cravates, tente touareg plantée sur une dune, yourte cocooning… « Tout a été réalisé avec des objets récupérés », rappelle l’EJE. De quoi repartir avec des nouvelles idées d’aménagement…

Des réflexions en cours pour faciliter la venue des assistantes maternelles

Ces visites pédagogiques s’adressent aussi aux assistantes maternelles. Ces dernières fréquentaient souvent « le lab » de la Cité des bébés, mais depuis que le lieu est devenu pérenne et qu’un système de billetterie a été mis en place, elles viennent beaucoup moins. « C’est très compliqué de réserver en ligne pour venir un matin car les places partent très vite. Et faire la queue l’après-midi avec des tout-petits pour s’entendre dire que c’est complet, ce n’est pas motivant… », déplore l’EJE qui tempère son propos aux sujets des assistantes maternelles familiales. « Mais là, ce sont les parents qui anticipent et achètent le billet. »

Pour limiter l’obstacle billetterie, l’EJE réfléchit avec les PMI du XIXe arrondissement sur la possibilité d’organiser les venues des assistantes maternelles en réservant des places à leur attention sur certains créneaux. En attendant, depuis le mois de juin, des créneaux de fin d’après-midi gratuits (de 16 h 30 à 17 h 30) du mardi au dimanche ont été créés pour retrouver un peu de souplesse dans les visites. « Nous envisageons également d’ouvrir un créneau de 30 minutes en fin de matinée. Cette offre, ouverte à tous et dans la limite des 45 places disponibles, peut faire revenir les assistantes maternelles du quartier », espère l’EJE.

À L’Orangerie, les crèches visitent les « Nymphéas à petits pas », deux fois par semaine

« Accueillir les structures d’accueil du jeune enfant en plus des familles individuelles a toujours fait partie de la vocation de l’espace Familles », rappelle en préambule Alexandra Fortoul, chargée de médiation. Depuis septembre 2025, dix-huit mois après l’ouverture de l’espace Familles, les crèches viennent au musée de l’Orangerie deux fois par semaine – les lundis et mercredis à 9 h 15, hors vacances scolaires – pour visiter Les Nymphéas à petits pas. « Une médiatrice prend en charge un groupe de 10 enfants maximum pendant quarante-cinq minutes. Elle propose un parcours condensé des trois visites proposées aux 0-6 ans en individuel », détaille-t-elle.

Les crèches organisent elles-mêmes leur déplacement ce qui peut représenter un obstacle. « Mais il n’est pas forcément lié à la distance », remarque la chargée de médiation constatant que certaines crèches viennent de très loin. En revanche, dès qu’ils sont ouverts « les créneaux sont vite réservés. »

Crédit photo : Musée de l’Orangerie / Allison Bellido

Un parcours qui s’adapte à chaque groupe d’enfants

Le groupe de bébés et d’accompagnants – professionnels et parents – est accueilli au niveau 0 par la médiatrice qui l’emmène dans l’espace Familles. « Le lieu permet un temps de décompression après le trajet. Il sert aussi d’écrin pour introduire la visite avant de monter dans les salles dédiées aux Nymphéas de Claude Monnet », continue Alexandra Fortoul. Éveil sensoriel, corporel, narration… « L’intervenante adapte le parcours en fonction de l’attention des tout-petits », précise la chargée de médiation.

Parfois, des parents arrivent avec leur bébé au musée de façon autonome avant de rejoindre le groupe. « Ils peuvent aussi prolonger la visite ensuite, remarque Alexandra Fortoul. La crèche propose ainsi un temps parent-enfant et joue alors un rôle de relais entre la maison et le musée. C’est très intéressant. » L’enjeu est donc double : faire entrer les bébés au musée via la crèche, mais aussi montrer que le musée est un lieu accessible à leurs familles.

Des Nymphéas qui se déplacent aussi dans les crèches

Depuis le mois de mai, un dispositif hors les murs fait sortir les Nymphéas du musée pour se rendre dans des crèches partenaires de Paris. « Dans ce cadre, nous proposons soit un atelier créatif autour des nymphéas ; soit une des séances de kamishibaï (théâtre de papier) inspiré du livre La petite espionne des Nymphéas ; soit une installation mobile en volume conçue par l’artiste Anne Brugni, à partir d’éléments des Nymphéas ». En deux mois, « l’expérimentation s’est révélée concluante. Elle doit s’étendre à la rentrée dans la métropole du Grand Paris », annonce Alexandra Fortoul.

À Bordeaux, les pros et les médiateurs culturels coconstruisent les parcours des musées de la ville

« Après le covid, tout le monde était prêt à se rencontrer », se souvient Chloé Beylat, chargée de mission culturelle et artistique pour la Direction de la Petite Enfance et des Familles : les professionnels de la petite enfance expriment le besoin de refaire sortir les enfants, tandis que les établissements culturels souhaitent rouvrir largement leurs portes.

Dès 2021, des visites expérimentales « comme des petits laboratoires » sont organisées en binômes : une crèche ou un relais petite enfance associée à un établissement culturel. « Pendant deux ans, les équipes ont multiplié les rencontres, ajusté les formats, testé des outils, accueilli les retours des enfants pour rebondir et affiner les propositions », relate la chargée de mission. Cinq ans plus tard, une politique municipale cohérente implique désormais cinq musées municipaux, le Grand Théâtre ainsi que les Archives Bordeaux Métropole, une trentaine de crèches – dont deux familiales – et quatre RPE.

Des parcours co-construits et adaptés aux tout-petits

Les propositions sont pensées à partir d’une double expertise. Les professionnels de la culture connaissent leurs lieux, leurs œuvres et leurs outils de médiation ; les professionnels de la petite enfance connaissent les rythmes, les besoins et les modes d’expression des jeunes enfants. « On a besoin des uns des autres pour co-construire », souligne Chloé Beylat.

Au CAPC, musée d’art contemporain, des groupes petite enfance sont accueillis deux à trois fois par semaine, en parallèle des propositions destinées aux familles pendant les vacances et les week-ends. Le musée des Beaux-Arts et le musée d’Aquitaine ont de leur côté développé un dispositif commun autour de « comptines à chanter et à signer ».

Crédit photo : @capc_kids

Le Muséum, déjà doté d’un espace dédié aux 0-6 ans, propose une médiation adaptée à des enfants qui ne sont pas encore rentrés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Quant au musée des Arts Décoratifs et du Design, pendant sa fermeture pour travaux, « l’équipe a mis en place un dispositif hors les murs pour venir dans les crèches et les relais petite enfance ».

Des équipes formées et rassurées dans les deux sens

« Au CAPC, tous les trois mois, il y a quelque chose de nouveau à aller voir », note Chloé Beylat, ce qui suppose que les équipes puissent s’approprier les œuvres et les parcours avant de venir avec les enfants. Des rencontres sont proposées en amont, sans les enfants, pour se familiariser avec les lieux, les œuvres et les propositions. Dans les autres établissements, sur les espaces permanents ou semi-permanents, ces temps ont lieu en début d’année. « L’objectif est que les professionnels puissent s’approprier les contenus et échanger avec les équipes de médiation. »

La sensibilisation se fait aussi dans l’autre sens. Les équipes petite enfance de la Ville proposent aux professionnels de la culture un module de deux heures sur le jeune enfant, son développement, ses comportements, la place des familles et les réalités des métiers de la petite enfance. « Ce temps permet de partager des situations vécues, de lever certaines appréhensions et d’ajuster les postures d’accueil ».

Une ambition sans cesse renouvelée et bientôt élargie

Quatre ans après les premières expérimentations, le bilan est positif : les établissements sont fréquentés régulièrement, les professionnels se sont approprié les propositions et les retours sont très favorables. « Mais même si notre objectif est d’assurer une répartition équilibrée des créneaux, nous n’en avons pas assez pour accueillir toutes nos structures petite enfance », se désole la chargée de mission.

Les projets à venir portent donc sur plusieurs axes : multiplier les possibilités d’accueil, continuer de développer des outils permettant aux professionnels de conduire certaines visites en autonomie, poursuivre les dispositifs hors les murs pour les structures les plus éloignées et élargir progressivement la démarche au-delà du périmètre municipal. L’ambition reste la même : créer des habitudes culturelles dès le plus jeune âge, car « sur les trois ans d’accueil d’un enfant, quand des familles ont réussi à y retourner sans nous, on sait qu’on a gagné », conclut la chargée de mission éveil culturel et artistique.

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Anne-Flore Hervé

PUBLIÉ LE 17 juillet 2026

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