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Polluants en crèche : comment protéger les enfants et les professionnels ?

Les polluants sont omniprésents dans notre quotidien : on les trouve dans l’air, dans l’eau et sur les surfaces. Mais il existe aussi une pollution sonore qui, comme les autres, a un impact sur notre santé. Lors des Rencontres nationales Écologie et Petite Enfance, organisées le 14 octobre 2026 à Paris par Label Vie et Les Pros de la Petite Enfance, chercheurs et acteurs de terrain ont confronté leurs constats et leurs solutions. Avec un enjeu : mieux protéger les enfants et les professionnels.

Dans les lieux d’accueil, les sources d’exposition aux polluants sont multiples. Produits utilisés pour nettoyer les sols, les équipements, le mobilier, les jouets… et certaines pollutions sont moins spontanément évidentes que d’autres : le bruit, la lumière excessive. Comment repérer ces expositions et les réduire ? La table ronde a réuni Orianne Dumas, épidémiologiste et chercheuse à l’Inserm, Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif, Jean-Louis Ordioni, pédiatre à Marseille, au sein de l’association Poussy Crèche et Stéphanie Pronine, référente qualité d’accueil à la direction de la petite enfance de la mairie d’Orléans.

Les produits d’entretien, une exposition à interroger

Nettoyer les lieux d’accueil est indispensable. Mais Orianne Dumas rappelle que les produits employés ont des « mélanges complexes de nombreuses substances chimiques », dont certaines peuvent être irritantes ou sensibilisantes pour les voies respiratoires. C’est notamment pour mieux comprendre leurs effets en crèche que l’étude CRESPI a été menée dans 108 établissements franciliens, auprès de 551 enfants et de plus de 300 membres du personnel. « Parmi nos premiers résultats, on a montré que, dans les crèches où il y avait une grande fréquence d’utilisation de ces produits, on observait aussi plus de symptômes de sifflement chez les jeunes enfants », explique Orianne Dumas. À cet âge, il est difficile de parler immédiatement d’asthme. Mais lorsque ces symptômes sont récurrents, ils peuvent être prédictifs du développement de cette pathologie. » La chercheuse précise toutefois que « la collecte des données est terminée, mais que l’analyse des résultats est encore en cours ». Autre constat issu de l’enquête : dans une proportion importante des crèches participantes, le nettoyage était réalisé en présence des enfants.

Le désinfection ne doit pas être systématique

Quels produits privilégier ? Orianne Dumas reste prudente : les recherches doivent encore progresser pour permettre des recommandations précises sur les substances et les formulations. En revanche, plusieurs pratiques doivent évoluer. « Une recommandation qu’on fait souvent, c’est de limiter l’usage des sprays. Lorsqu’un produit est utilisé sous cette forme, il va simplement augmenter le risque d’inhalation des produits », prévient l’épidémiologiste. Une précaution qui concerne d’abord la personne qui nettoie, mais aussi les enfants à proximité. La chercheuse invite également à revoir les horaires d’entretien, en privilégiant les moments où les enfants sont absents, notamment après leur départ, et à veiller à l’aération ainsi qu’au bon fonctionnement de la ventilation. « Parfois, nous désinfectons en pensant protéger les enfants, alors qu’une désinfection excessive n’est pas forcément recommandée, ajoute-t-elle. On ne nettoie pas une crèche comme un hôpital. Ce sont des contextes différents. En cherchant à être trop hygiénistes, nous pouvons aussi limiter l’exposition à des micro-organismes utiles au développement immunitaire des enfants. » Lorsque c’est possible, l’épidémiologiste suggère de recourir à des méthodes et produits simples, comme l’eau et le savon, ou la vapeur.

Dans les crèches qu’il accompagne, le Dr Jean-Louis Ordioni évoque plusieurs changements pour réduire les expositions : « Nous utilisons des bacs en inox, y compris pour la liaison froide et des couverts en inox. Nous sommes passés aux biberons en verre. » Le pédiatre souligne également l’attention portée à la provenance des jouets et à leur conformité aux normes européennes, avec la volonté de limiter notamment les phtalates et les bisphénols. « Il y a la connaissance, l’expertise, il y a la réglementation, et puis il y a la diffusion de ces connaissances pour permettre aux professionnels de s’en saisir », insiste le pédiatre.

Pas encore de produits « parfaits »

Quant aux produits présentés comme « verts » ou « naturels », ils ne dispensent pas d’examiner leur composition. Leurs qualités environnementales ne suffisent pas à garantir leur innocuité pour les voies respiratoires : « Les critères environnementaux portent notamment sur la biodégradabilité : le produit disparaît-il dans l’environnement ou y reste-t-il ? Est-il toxique pour les animaux ? Ce sont des aspects importants, mais il faut aller plus loin sur la santé, affirme Oriane Dumas. On peut avoir des produits dits naturels qui vont contenir des allergènes. » Remplacer une référence par une autre doit s’accompagner d’une réflexion sur les quantités, les fréquences et les usages.

À Orléans, revoir l’entretien a ouvert d’autres possibilités

À Orléans, la démarche a commencé par un état des lieux dans les 18 structures municipales, qui emploient quelque 250 agents. Les équipes ont notamment identifié une grande diversité de produits d’entretien et des pratiques de désinfection très développées. Certains produits provoquaient aussi des réactions allergiques chez les professionnels. Même après un premier passage à des références écocertifiées,les flacons comportaient encore des pictogrammes de danger. « Nous avons commencé par revoir notre politique d’achat pour qu’elle soit plus raisonnée, notamment sur les quantités, explique Stéphanie Pronine. Une formation intitulée « Nettoyer sans polluer » a également ouvert la réflexion. « Elle nous a montré que nous pouvions faire autrement et que cela avait du sens, pour les enfants comme pour les équipes », ajoute la référente qualité d’accueil.

Mais les professionnels attendaient aussi un cadre commun : quels produits utiliser, selon quelles modalités et avec quelles consignes de la collectivité ? Un protocole a donc été travaillé avec l’appui de Label Vie, en réexaminant à la fois les produits et les fréquences d’utilisation. « Ce protocole rappelle les règles de base, dont l’aération et l’amélioration de la qualité de l’air intérieur. Il fixe aussi des principes forts, comme l’absence de nettoyage en présence des enfants et le fait que la désinfection doit être une exception. Le deuxième principe est de limiter les produits : choisir des produits naturels, mais aussi en réduire le nombre. »

La démarche a été articulée avec le renouvellement du marché public de produits d’entretien, afin que les orientations retenues se répercutent dans les achats. Selon Stéphanie Pronine, les dépenses de produits d’entretien ont été divisées par trois. Ces économies ont permis de dégager des marges pour d’autres évolutions, notamment l’achat de couches écologiques et le développement de l’alimentation biologique. « Nous n’avions pas imaginé au départ que cela ouvrirait autant de possibilités », reconnaît-t-elle.

Accompagner les équipes et leurs questions

Changer les produits ne suffit toutefois pas à changer les habitudes. À Orléans, les interrogations des agents ont conduit à poursuivre les échanges, à expliquer les choix et à rechercher des éléments concrets pour évaluer les nouvelles pratiques. « Certaines structures étaient prêtes et sont allées vite. D’autres équipes avaient une histoire différente et des inquiétudes plus fortes autour de l’hygiène, constate Stéphanie Pronine. Lorsque nous avons présenté le protocole aux cuisiniers, certains étaient fortement opposés. Ils avaient le sentiment que nous remettions en question l’HACCP, qui est au cœur de leur métier. Ils nous disaient : “Ce n’est pas possible, nous n’avons pas le droit.” »

La référente rapporte ainsi qu’une cuisinière a demandé des contrôles de surfaces à l’organisme chargé des analyses bactériologiques sans lui en parler au préalable. Les résultats étaient satisfaisants. Les échanges entre métiers, l’écoute des besoins matériels et l’accompagnement dans la durée ont également compté. Les questions des agents portaient sur leur responsabilité quotidienne : comment être certains de continuer à bien nettoyer et à protéger les enfants ?

Le bruit, une pollution trop souvent ignorée

Les sons participent au développement de l’enfant : ils soutiennent l’écoute, les échanges, la découverte de la musique et l’accès au langage. Mais leur accumulation peut aussi rendre l’environnement éprouvant. « Les enfants sont complètement dépendants des adultes dans la gestion de leur environnement sonore », souligne Fanny Mietlicki. À l’adulte, donc, d’organiser des ambiances qui permettent à la fois les découvertes et le repos. Dans certaines salles explique la directrice de Bruitparif, les niveaux sonores peuvent atteindre 80 décibels si rien n’est fait pour les maîtriser. La réverbération contribue à cette montée du bruit : les sons persistent, se superposent et poussent chacun à élever la voix. Le Dr Jean-Louis Ordioni attire notamment l’attention sur les temps de transition, pendant lesquels il observe une pollution sonore importante. « Un autre point concerne les sections de bébés, complète-t-il. Les besoins physiologiques peuvent survenir en même temps. Avec un adulte pour cinq enfants, on ne peut pas répondre à cinq enfants simultanément. Dans ces situations, le niveau sonore augmente fortement. »

Observer les sources sonores avant d’intervenir

« Pour commencer, il faut observer, car chaque lieu d’accueil est différent, explique Fanny Mietlicki. Les sources sonores sont nombreuses : les voix, les pleurs, les cris, les discussions des professionnels, la manipulation des jouets, des objets et du mobilier, mais aussi les équipements, comme les machines à laver ou les mixeurs. » À l’extérieur, la terre et les végétaux peuvent contribuer à l’absorption sonore. A l’intérieur, des matériaux absorbants, notamment au plafond ou sur les murs, permettent de limiter la réverbération. « Les surfaces lisses sont faciles à entretenir, mais elles ne sont pas forcément favorables à l’acoustique », rappelle la directrice de Bruitparif.

L’aménagement des espaces, les activités en petits groupes et l’alternance entre moments animés et temps calmes contribuent également à mieux maîtriser l’ambiance sonore. Certains ajustements peuvent être utiles au quotidien : poser des patins sous les chaises, atténuer les claquements de portes ou tenir compte du bruit lors du choix d’un équipement. « Il faut aussi des temps calmes, sans musique, insiste Fanny Mietlicki. L’objectif est que l’enfant puisse aussi trouver des moments pour se recentrer et se reconnecter à des sons agréables. C’est important pour son attention et son écoute. »

Dans la salle, Ophélie Loeb, directrice de la crèche en plein air de Lyon, La souris verte, partage son expérience des casques antibruit. « Ce qui fonctionne bien, c’est de laisser les casques à disposition. L’enfant peut le prendre lui-même. Parfois, c’est le jeu de les tester ; parfois, ça fait du bien et ça lui permet de se concentrer. »

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 27 octobre 2026

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