3. Être libre de déplacer, combiner et mélanger tous les jeux
Permettre à l’enfant de faire des expériences avec son corps, avec les objets, expérimenter par lui-même, étape par étape, par essai, tentative et répétition. D’aller et venir dans des espaces de jeux et utiliser librement le matériel à disposition, c’est-à-dire autoriser le détournement les objets de leur fonction première, le déplacement et le mélanger des jeux.
Les espaces doivent être des lieux d’exploration avec une réelle autonomie exploratrice. Cette autonomie ne signifie pas être livré à soi-même, bien au contraire la présence de l’adulte est indispensable son regard soutenant, son visage souriant et invitant à l’encouragement. Le rôle de l’adulte est d’autoriser, inviter l’enfant à jouer, initier le jeu de participer au jeu, de l’enrichir mais en ne donnant aucune consigne d’utilisation des jeux. L’enfant construit des jeux plus élaborés et durables lorsque les divers matériels qui sont mis à sa disposition sont combinables et libres d’utilisation.
Ce que nous dit la science
Le temps passé à jouer pour l’enfant est un temps qui favorise la croissance neuronale et synaptique, qui augmente donc ses capacités d’apprentissage. Lorsque l’enfant fait de nouvelles découvertes, des connexions se forment, d’autres se renforcent, d’autres s’affaiblissent et certaines disparaissent, c’est ce que l’on appelle l’élagage neuronal qui intervient lorsque l’enfant a 5 ans.
C’est l’élimination des connexions synaptiques peu ou non utilisées pour rendre le cerveau plus efficace. Cette capacité du cerveau à s’adapter en réaction à son environnement est essentielle à l’apprentissage.
Plus il y a d’expériences pour l’enfant, plus il y a de circuits neuronaux et plus il y a de choix au moment de l’élagage.
Favoriser la liberté de l’enfant dans le jeu (ne pas lui donner de consignes d’utilisation et le laisser circuler à sa guise) va donc aider l’enfant à créer ses réseaux de neurones dans de bonnes conditions. Le câblage cérébral se fait dans le mouvement.
Le mouvement est indispensable pour comprendre le monde des objets et le monde des humains Le mouvement est notre seule façon d’avoir un effet sur le monde qui nous entoure
Le développement moteur, n’est donc pas une affaire de muscles mais aussi de câblage cérébral pour que les informations visuelles, vestibulaires et proprioceptives se coordonnent pour donner une connaissance du corps en mouvement dans l’espace.
L’enfant doit agir pour comprendre le rapport de son corps à l’espace, il découvre la propriété des objets, il doit s’exercer et répéter ses expériences pour les intégrer. Il fait des relations de cause à effet.
L’enfant n’apprend pas la fonction de l’objet mais ce que son corps peut faire par rapport à l’objet ; c’est ce qu’on appelle l’affordance. L’exploration de l’enfant se fait par la motricité et non pas par la fonction de l’objet, il est donc nécessaire de permettre à tous les enfants d’explorer les objets par rapport à leur affordance.
La perception des objets déclenche automatiquement la motricité pour aller explorer.
Favoriser les zones de jeux accessibles et les petits groupes participe à la construction des réseaux attentionnels. L’attention et l’engagement de l’enfant dans le jeu doivent le plus possible être continus et sans interruption pour faciliter ses acquisitions. La durée du jeu est donc un élément important qui doit être facilitée par l’offre de plusieurs matériels combinables dans le même lieu
Le cerveau du tout petit est un véritable instrument de prédiction, son cerveau calculerait en permanence ce qui doit se passer en fonction de ce qui s’est passé jusque-là, et c’est l’erreur de prédiction qui permettrait l’apprentissage.
Il est donc nécessaire de permettre à l’enfant de :
• Ne pas être dérangé pour explorer en favorisant son attention
• Favoriser son engagement actif pour qu’il prenne du plaisir, et le laisser faire, c’est-à-dire ne pas lui expliquer ce qu’il faut faire avec
• Le récompenser, lui sourire, être attentif(ve), attentionné(e)
• Se tromper en lui donnant aussi des choses compliquées à faire pour privilégier la détection erreur
Les applications concrètes
• Proposer un lieu de jeu agréable pour inviter l’enfant à jouer, lui donner envie
• Mettre en scène avec du matériel en bon état et à sa disposition complète
• Prendre le temps de se poser et jouer avec car en initiant le jeu on initie la relation
• Bien délimiter les espaces de jeux pour favoriser l’attention soutenue et la construction du jeu
• Permettre de changer plusieurs fois de jeu en ayant du matériel en nombre et variété
• Proposer ensemble des matériels de jeu combinables dans une même zone
Prenons l’exemple de la ferme. Seule elle n’aura que peu d’intérêt pour l’enfant. En revanche si on dispose à côté des petits animaux et/ou de petits bonhommes à la bonne taille (qu’il est possible de faire entrer dans la ferme !) ou encore des petites voitures/ tracteurs ; alors l’enfant y trouvera beaucoup plus d’intérêt, sa créativité sera d’autant plus sollicitée et les possibilités de jeux seront bien plus nombreuses.
• Proposer en permanence de nombreux contenants vides
• Montrer son intérêt pour l’action de l’enfant, verbaliser les actions de l’enfant, pour le valoriser et pour l’encourager
Questionner les pratiques professionnelles
Quand les enfants ne peuvent pas :
• Emmener un livre dans l’espace dinette
• Faire du bruit quand une histoire est racontée
• Jouer aux voitures en dehors du tapis de voitures
• Vouloir descendre du toboggan avec des objets à la main
• Faire « panpan » avec une casserole
• Taper sur un établi avec une poupée
• Renverser les caisses de jouets pour se mettre les paniers sur la tête
Rappelons-nous que l’adulte propose et que l’enfant dispose, le jeu libre n’est pas un temps de transition ou un temps pour faire autre chose, Le jeu libre ne veut pas dire que l’enfant joue seul. Le professionnel ne peut se contenter de laisser jouer, il doit observer, regarder, encourager, acquiescer, guider, exprimer, parfois prendre part au jeu pour entretenir la continuité de la relation et rendre ainsi possible l’exploration de l’enfant.
• Si vous trouvez une action dangereuse vous pouvez proposer cette action dans un autre contexte Dire à l’enfant « ce n’est pas comme ça qu’on joue » ou expliquer où doit aller le jouet pour aider l’enfant à apprendre car l’exploration de l’enfant ne doit pas d’être règlementée par l’adulte mais par le cerveau de l’enfant : il voit ,il agit.
– L’enfant doit pouvoir combiner des jeux, les transporter, il faut donc mettre à disposition des contenants et des contenus
– Les objets peuvent cohabiter car l’enfant n’a pas le point de vue catégoriel de l’adulte
– Les enfants vont chercher du matériel différent en fonction de leur âge, avoir beaucoup de matériel permet de rendre la cohabitation plus facile
Marie Defrance
PUBLIÉ LE 27 mars 2023
MIS À JOUR LE 09 juin 2023


