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6. Être entendu et compris dans mes émotions et dans mon incapacité à les gérer seul.

Comprendre les émotions des enfants nous permet de savoir comment faire pour que l’enfant se développe bien. Cela permet de l’aider à traverser les débordements émotionnels qu’il subit car les connexions au lobe frontal, qui est la partie du cerveau qui permet le contrôle de soi, sont peu opérationnelles. Quand l’enfant est en colère, quand il est triste, angoissé, a peur, ses émotions sont extrêmement intenses, et il n’ a pas la capacité de s’apaiser, de se consoler seul. Lorsque l’enfant pleure, il va sécréter une hormone de stress appelée cortisol qui peut diminuer les capacités d’apprentissage si elle est sécrétée en grandes quantités. La qualité de la relation entre l’adulte et l’enfant va avoir des répercussions importantes tant sur le plan cognitif et intellectuel qu’émotionnel et social de l’enfant lorsqu’il grandit. En effet, si l’enfant reçoit de l’empathie, de la bienveillance, et voit toutes ses émotions prises en compte par l’adulte, cela va lui permettre de mieux se connaître, de réfléchir, de faire des choix, d’être empathique par la suite.

 

Ce que nous dit la science

Les neurosciences affectives et sociales nous donnent depuis les années 2000 de nombreuses clés, puisqu’elles étudient les mécanismes du cerveau des émotions, des sentiments, des capacités relationnelles.
Les neurosciences ont démontré que la qualité de la relation adulte/enfant a des répercussions importantes : jusqu’à l’âge de 6 ans, le cerveau de l’enfant est dominé par son cerveau archaïque et émotionnel sur lequel il n’a pas de contrôle. C’est un être dépendant de par son immaturité cérébrale : il ne peut se nourrir seul, subvenir à ses besoins…ni gérer ses émotions seul.
Le lobe frontal est la partie la plus tardive à maturer. L’enfant est donc dans l’action immédiate et ne peut pas inhiber, contrôler, planifier, réfléchir sur les apprentissages et les transposer.

Les applications concrètes

L’adulte doit remplacer le néocortex que l’enfant n’a pas encore suffisamment développé et l’aider à revenir dans une situation de bien-être émotionnel. Les émotions sont nécessaires au bon développement de l’enfant, il ne faut pas chercher à les réprimer.

Les enjeux de l’immaturité du cerveau de l’enfant sont les suivants :
• L’enfant ne sait pas comment contrôler une émotion, il ne peut pas facilement arrêter de pleurer. Il est donc important d’accueillir et accompagner ses pleurs, cela ne signifie pas de les stopper mais que l’enfant puisse trouver une réponse systématique auprès de vous via les mots, le contact, une proposition de jeux qu’il aime , une invitation à être ensemble. Même si vous êtes occupé à autre chose, ou avec un autre enfant  il est essentiel de prendre ce temps
• L’enfant ne peut pas se contrôler, il ne peut pas inhiber une action, lorsque vous lui demandez d’arrêter de faire quelque chose, par exemple de courir, même si vous lui demandez plusieurs fois, cela ne veut pas dure qu’il sera en capacité de le faire
• L’enfant ne peut pas comprendre l’intention, par exemple si vous lui dites, ne t’inquiète pas je vais te le donner, ce jouet quand Paul aura fini de jouer avec, l’enfant ne peut pas comprendre pourquoi vous ne lui donnez pas le jouet.

• Il est important que toutes les émotions de l’enfant puissent s’exprimer, être reconnues et acceptées par l’adulte.
• Il est important de prendre le temps de prendre l’enfant dans les bras, lui parler d’une voix douce pour permettre à l’enfant de retrouver un état de bien-être. Etablir un contact physique pour ramener du plaisir, lui proposer un jeu qu’il affectionne particulièrement , lui changer les idées, jouer avec lui.
• Il est important d’essayer de mettre des mots sur ce que l’enfant ressent pour lui montrer que vous le comprenez.

Accueillir les émotions désagréables ou les comportements bruyants de l’enfant peut être parfois difficile pour l’adulte.
Toutes les colères, tous les débordements émotionnels sont légitimes, elles ne sont pas volontaires, l’enfant ne fait pas une colère, il est en colère.

Questionner les pratiques professionnelles

Le manque d’inhibition entraîne de grosses difficultés pour l’enfant surtout si ce qu’on lui demande est au-delà de ses possibilités.

• Lorsque l’on demande à l’enfant de partager en lui disant « c’est chacun son tour », cela est beaucoup trop abstrait. Il ne peut le faire.
• Lorsque l’enfant se roule par terre, qu’il fait une colère, on a parfois tendance à vouloir l’isoler, lui demander de s’expliquer, le mettre dans un coin pour réfléchir, etc. Il ne peut faire aucune de ces actions, il va plutôt les subir et refreiner ses émotions, ce qui n’est pas le résultat attendu
• Lorsque l’enfant ne vous écoute pas, ne fait pas ce que vous lui demandez, voir même se met à sourire alors que vous lui expliquez une limite, il  ne cherche pas à vous tester, il n’en a pas les capacités intellectuelles.
Le fait que la réaction des enfants nous exaspère est une conséquence et non leur intention. L’autoritarisme de la part de l’adulte avec des reproches, des cris, des humiliations, etc., vont bloquer toute production d’hormone bienfaisante (ocytocine, mais aussi dopamine, endorphines, sérotonine) au profit d’hormones de stress.

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Marie Defrance

PUBLIÉ LE 27 mars 2023

MIS À JOUR LE 09 juin 2023

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