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A Quimper, les orthophonistes forment les professionnels de la petite enfance au repérage précoce des troubles du langage et de l’oralité

Sur le territoire quimpérois, les orthophonistes de la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) et la Communauté de communes de Quimper Bretagne Occidentale (QBO) ont mis en place un partenariat constructif afin de sensibiliser et former les professionnels de la petite enfance aux troubles du langage et de l’oralité chez l’enfant de 0 à 3 ans. 

Le 1er février dernier à Plomelin, 38 professionnels de la petite enfance ont assisté à une conférence visant à les former au repérage précoce des troubles du langage et de l’oralité, chez les tout-petits de 0 à 3 ans. Mais cette formation n’était que la première étape d’expérimentation d’un partenariat enthousiasmant auquel travaillent depuis plus d’un an, la communauté de communes de Quimper Bretagne Occidentale (QBO) et les orthophonistes de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), financé par l’ARS dans le cadre de l’appel à projet des 1000 premiers jours.  

Un intérêt partagé pour les troubles du langage

Ce projet est né de rencontres et de l’intérêt commun de plusieurs professionnels du territoire pour le developpement du langage chez les tout-petits. Déjà, l’une des animatrices du RPE avait suivi une formation aux compétences langagières qui l’avait tout particulièrement intéressée. Puis en 2024, Françoise Toulemont, infirmière puéricultrice, a pris la responsabilité du RPE de QBO, riche de son expérience professionnelle quelques années auparavant. « Pendant 7 ans, j’ai été responsable du projet Parler Bambin, explique-t-elle. Nous avons développé et enrichi ce programme qui perdure maintenant sous une autre forme que nous avons appelé Parler avec les tout-petits. Cela a été un travail très intéressant avec les équipes et les familles, qui a permis de développer un vrai sens de l’observation des tout-petits et prouvé que le langage était une formidable porte d’entrée pour venir questionner le développement global de l’enfant… ». Sa rencontre avec une orthophoniste, élue sur la communauté de commune de QBO, sera l’un des points de départ de ce nouveau partenariat.    

Les orthophonistes encouragent au repérage précoce

Sur le bassin quimpérois qui rassemble 14 communes autour de Quimper et compte un Quartier Prioritaire de la Ville, la CPTS rassemble depuis 4 ans, plus de 200 professionnels de santé en majorité libéraux, de toutes professions représentées. Issues de la loi de Santé de 2016 et présentes sur tout le territoire national, rappelons que les CPTS ont pour vocation de soutenir des projets portés par les professionnels de santé à destination de la population (accès aux soins, amélioration des parcours de santé en fonction des priorités sur le territoire, actions de prévention, actions pour l’accompagnement des professionnels de santé…), grâce aux financements de l’Assurance Maladie et de l’ARS. 

« Il y a deux ans, tous les orthophonistes libéraux du territoire ont rejoint la CPTS dans un même élan, se souvient Elodie Crochet, coordinatrice de la CPTS. Nous les avons rapidement rencontrés pour savoir quelles étaient leurs attentes. Leur priorité était de travailler sur la question du repérage précoce des troubles du langage chez les tout-petits ». Car dans le pays de Quimper comme dans de nombreuses régions, il semble que les beosins soient importants, que les liste d’attente soient longues et que les médecins généralistes orientent peu leurs petits patients de moins de trois ans chez l’orthophoniste, estimant que les troubles du langage observés pourront s’estomper d’eux-mêmes… Alors que les orthophonistes sont en capacité de prendre en charge de manière très précoce un grand nombre de troubles observés. 

Une première mission de sensibilisation

Avec les orthophonistes, la CPTS a donc réalisé une plaquette d’information sur les signes d’alerte des troubles du langage et de l’oralité par tranche d’âge entre 0 et 3 ans, en indiquant la possibilité d’une prise en charge précoce de ces enfants. Un support présenté lors d’une soirée interprofessionnelle, organisée par la CPTS sur ce thème, lors de laquelle huit orthophonistes particulièrement impliqués dans ce projet ont pu préciser l’étendue de leurs compétences professionnelles sur ces problématiques, leurs différents domaines d’intervention et échanger avec les professionnels concernés.

A cette occasion, les professionnels de la petite enfance du territoire – de l’accueil collectif à l’accueil individuel – avaient été conviés, via le service petite enfance de QBO, et sont venus en nombre. « Il y avait là une quarantaine de professionnels de la petite enfance qui ont posé beaucoup de questions et formulé le souhait d’être davantage accompagnés et mieux formés, souligne Elodie Crochet. S’est posée également la question de la posture à adopter pour évoquer ces signes d’alerte avec les parents ». 

Un partenariat sur le long terme pour la petite enfance 

En mai 2024, la CPTS a donc proposé au service petite enfance de QBO de construire ensemble un projet plus approfondi pour répondre à cette demande très concrète et soutenir la professionnalisation des métiers de l’accueil du jeune enfant. Avec l’expérience professionnelle de Françoise Toulemont, et la formation approfondie de certains orthophonistes formés par la spécialiste Laure Lelièvre à Brest, le projet n’en est devenu que plus intéressant… 

Première étape, les orthophonistes libéraux ont donc expérimenté le 1er février dernier à Plomelin, une première conférence plénière aux professionnels de la petite enfance. Deux heures de formation, pendant lesquelles trois thèmes ont été abordés : le langage, l’oralité alimentaire et les écrans. Les spécialistes du langage ont pu apporter des informations plus poussées autour des signes d’alerte à prendre en compte, des conseils pratiques et actions à mener pour éviter l’installation durable des troubles du langage et de l’oralité. 

Ensuite, deux ateliers de 45 minutes seront proposés aux professionnels ayant assisté à cette première formation dans les prochaines semaines. L’un sur le langage, l’autre sur l’oralité alimentaire, en petits groupes dans les lieux d’accueil, en présence des enfants dont ils s’occupent. « C’est une parfaite manière de mettre en œuvre ces stratégies d’étayage, une mise en situation des recommandations évoquées. Ces ateliers auront lieu dans les lieux d’accueil entre mars et juin, précise Elodie Crochet. Mais ce n’est encore qu’une expérimentation, nous sommes prêts à réfléchir et adapter notre proposition en fonction des retours des professionnels accompagnés », ajoute-t-elle. 

Une formation trop basique sur le développement du langage

A terme, le service petite enfance de QBO et la CPTS espèrent toucher tous les professionnels de la petite enfance du territoire et envisagent de proposer d’autres actions pour aller plus largement à leur rencontre. « Les professionnels de la petite enfance ont une formation très basique sur le développement du langage dans leur formation initiale, regrette Françoise Toulemont, que ce soient les puéricultrices, les eje ou les auxiliaires de puériculture. Nous accueillons énormément d’enfants baignés dans des cultures et langues différentes, et les professionnels ont du mal à faire la part des choses entre ceux à qui il faut laisser le temps et ceux dont le comportement doit être pris plus au sérieux. Il y a de nombreux signes que nous pouvons repérer, mais encore faut-il les avoir à l’esprit pour pouvoir alerter ». 

De plus en plus de parents démunis 

Une prochaine étape concernera également les parents. « Depuis le début du projet, nous avons également en tête de toucher directement les parents mais cela nous semble pour l’instant prématuré, explique Elodie Crochet. Il faut que les professionnels se sentent légitimes avant d’en parler aux parents, et tout particulièrement les assistantes maternelles. Nous verrons donc, selon l’évolution du projet, comment nous pourrons nous adresser à eux ». La communauté de communes de QBO et la CPTS ont cependant tenu une conférence de presse commune à la presse locale pour que tous entendent parler de ce projet.

Car il y a là un vrai besoin en termes de soutien à la parentalité. Pour Françoise Toulemont, « de plus en plus de parents se trouvent démunis face à un enfant qui ne mange pas, qui est très sélectif sur les aliments ». Les orthophonistes également affirment recevoir de plus en plus d’enfants en difficulté de langage et observent l’impact dévastateur des écrans sur leur développement… 

A noter, la forte mobilisation des orthophonistes sur ce projet a permis le vote par la CPTS, et la mise en place prochaine sur le territoire, de l’accès direct aux orthophonistes (sans passer par une prescription du médecin généraliste), pour faciliter l’accès aux soins. 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 28 février 2025

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