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Alisson, assistante maternelle, témoigne de sa démission : « travailler la boule au ventre, ce n’est pas acceptable » 

La démission est un sujet encore sensible chez les assistantes maternelles. Alisson a fait ce choix après une relation professionnelle devenue trop lourde à porter. Dans ce témoignage, elle revient sur cet épisode : elle raconte la culpabilité, le sentiment d’échec, et l’importance de poser ses limites dans la relation avec les parents.

Je suis assistante maternelle en Seine-et-Marne. C’était la première fois, en onze ans de métier, que je vivais une situation aussi conflictuelle. Les faits se sont déroulés en 2022, plus précisément pendant l’été. À cette époque, j’ai pris la décision de démissionner d’un contrat qui durait depuis deux ans. Aujourd’hui, je prends la parole avec du recul, sur le moment, en 2022, je n’aurais pas pu le faire. À l’époque, je travaillais avec la boule au ventre. Le matin, je me demandais ce qu’il allait se passer, ce qu’on allait me dire. Le problème ne venait absolument pas de l’enfant : avec lui, tout se passait très bien. C’était la relation avec les parents qui était devenue toxique.

Un manque de respect total 

Ce que je vivais, c’était un manque de respect global : dans leur façon de me parler, d’agir, dans ce qu’ils m’imposaient. Petit à petit, ils ont pris de plus en plus de place. Par exemple, ils arrivaient à mon domicile avec leurs autres enfants et décidaient de rester un moment pour jouer dans le jardin, sans vraiment me demander mon avis. J’avais le sentiment de ne plus avoir mon mot à dire chez moi. Il y avait aussi des remarques, des réflexions, une pression constante. Je ne peux pas entrer dans les détails, car je suis tenue au secret professionnel, mais certaines informations importantes concernant la santé de l’enfant ne m’étaient pas toujours communiquées. Il y a aussi eu des réflexions adressées à mes propres enfants.

Lire aussi : Les sujets sensibles à aborder tôt avec les parents-employeurs

Le désaccord de trop

J’ai eu un déclic à l’été 2022, à l’occasion d’un désaccord contractuel. Ce n’était pas tant le fond du problème que la manière dont la situation a été gérée. Les parents souhaitaient modifier mes horaires, tandis que, de mon côté, je voulais arrêter de préparer les repas. Sur ce point, je n’ai jamais obtenu de réponse claire, ça a renforcé mon sentiment de malaise. La communication était inexistante. Je ne savais pas ce qu’ils avaient décidé, aucune position claire ne m’était donnée, et la situation s’éternisait. J’étais dans le flou et ça me rendait malade ! Je n’étais pas d’accord avec le changement d’horaires, mais surtout, j’avais le sentiment que mon avis ne comptait pas.

Finalement, nous avons finalement organisé un entretien en visio, en plein été, afin de préparer la rentrée de septembre et de clarifier les points en suspens. Leur comportement m’a profondément marquée : ils échangeaient entre eux des petits mots sans m’associer, c’était très désagréable. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pouvais pas continuer. La visio n’a pas apporté de réponses suffisantes. Surtout, reprendre en septembre aurait signifié repartir pour une année entière dans ce climat délétère. Après réflexion, j’ai donc pris la décision de démissionner. Je les ai prévenus oralement, puis par courrier. Ils n’ont pas compris ma décision : pour eux, il ne restait qu’une année à tenir, et ils pensaient que je pouvais faire des efforts. Mais pour moi, il était déjà trop tard.

Un profond soulagement 

Ils ont choisi de ne pas me faire effectuer mon préavis. Du jour au lendemain, je n’ai plus revu l’enfant. La fin de contrat s’est faite uniquement par messages. Tant que je n’arrivais pas à prendre la décision, j’ai beaucoup culpabilisé, avec ce sentiment d’abandon de l’enfant et d’échec. Mais une fois la démission actée, j’ai surtout ressenti un profond soulagement, même si la séparation avec le petit a été brutale. C’était la première fois que je vivais une situation comme celle-ci. Habituellement, même en cas de désaccord, le dialogue est possible. Là, c’était impossible. Sur le plan administratif et financier, les parents ont fini par me payer l’ensemble de ce qu’ils me devaient – le solde de tout compte, les congés payés, le dernier salaire ainsi que le préavis non effectué, mais payé – mais ils ont fait traîner les versements.

Financièrement, j’ai pris un risque, car une démission n’ouvre droit à aucune indemnité. Heureusement, à cette période, il y avait beaucoup de demandes. J’ai retrouvé une famille en trois jours, avec qui j’ai travaillé pendant trois ans, dans un climat de confiance. Avec le recul, je sais que cette démission a été une bonne décision.

Libérer la parole

Récemment, j’ai fait un post sur Instagram pour évoquer cette démission. Je ne m’attendais pas à recevoir autant de messages. J’ai eu énormément de retours de collègues, et ce qui revenait sans cesse, c’était la culpabilité, la honte, ce sentiment d’échec et d’abandon de l’enfant. Aujourd’hui, je n’en veux même pas à cette famille. Il y avait incompatibilité. Tout le monde n’a pas la même notion du respect, et c’était aussi à moi de poser mes limites plus tôt.

Cette expérience m’a fait évoluer. Je pense que c’est important de poser un cadre clair dès le départ. Au début, j’avais l’impression que cela faisait de moi quelqu’un de trop strict, pas assez agréable, chaleureuse. En réalité, lorsque les règles sont posées dès le début, tout se passe beaucoup mieux ensuite, parce que chacun sait à quoi s’en tenir. Je communique davantage et plus rapidement. Dire stop n’est jamais simple, surtout avec des enfants au milieu, mais travailler la boule au ventre ne devrait pas être acceptable. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 28 janvier 2026

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Une réponse à “Alisson, assistante maternelle, témoigne de sa démission : « travailler la boule au ventre, ce n’est pas acceptable » ”

  1. Isabelle Riou dit :

    Bonjour
    J’ai été pendant 2 ans formatrice pour les assistantes maternelles et je comprends votre désarroi. J’ai rencontré énormément d’assistantes au bord du bureau out, fatigué évidemment mais surtout hyper stress . Aucun droit al’erreur. Tout est discuté par les parents, ceci, cela et finalement c’était pas comme ça. Invivable. Les parents sont beaucoup trop exigeant,il ne doit rien arriver à leurs petites choses. La PMI, un supplice, une terreur pour les assistante s, une va dire il faut absolument que…Le lendemain une autre va dire le contraire. Et hé ne parle pas de l’entourage qui te dit que tu es privîlegiee de travailler chez toi. Rangement, ménage, déménagement, réaménagement…Une dévalorisation totale de leur travail. Et si elles n’étaient pas là. Hormis la panique totale pour les parents, mais les petits seraient en collectivité très jeunes et au vu de mon expérience, c’est un peu préjudiciable pour les tout petits et moins confort, de mon point de vu pour tous les âges. Donc vous avez bien fait de démissionner, vous êtes des professionnelles qui encaissent déjà beaucoup. Dommage que cela devienne général car il y a un manque d’assistantes maternelles, mais la santé avant tout. Protégez vous. Isabelle

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