Assistantes maternelles : les règles d’or pour créer un espace dédié
De plus en plus d’assistantes maternelles envisagent de créer un espace dédié à l’accueil des enfants pour mieux organiser leur activité, préserver leur vie familiale et offrir aux petits un environnement pensé exclusivement pour eux. Kathlen et Cindy, qui ont sauté le pas, partagent leurs conseils.
Kathlen (@nounoukat_ sur Instagram) est assistante maternelle dans le Tarn. Elle a construit une petite maison de 60 m² sur son terrain pour accueillir quatre enfants. Nous l’avions interviewée il y a quelques mois et son témoignage avait rencontré un fort écho. Cindy, assistante maternelle dans le Morbihan, également très active sur Instagram sou le nom @__lespetitspotes, a, elle entièrement réaménagé le sous-sol de sa maison pour en faire un espace dédié à son travail. Toutes deux ont pensé leur lieu dans les moindres détails afin qu’il soit sécurisé, fonctionnel et chaleureux. Et s’accordent à dire que ce type de projet demande de la préparation et de la réflexion.
Travailler main dans la main avec la PMI
Pour Kathlen, il s’agit d’une nécessité absolue. « Il ne faut jamais faire ça dans son coin. Dès qu’il y a un projet, des travaux, un aménagement, la PMI doit être au courant. » Dans son cas, il s’agit plus que d’un simple espace dédié, mais d’une véritable maison attenante. D’un département à l’autre, un espace non relié au domicile peut être considéré comme une Maison d’assistantes maternelles (Mam), ce qui entraîne des obligations supplémentaires, puisqu’il s’agit d’Établissements Recevant du Public (ERP). Son bâtiment a été reconnu comme une extension de son domicile, limitant ainsi les contraintes, mais cela aurait pu être différent ailleurs.
Cindy explique avoir surtout interrogé la PMI sur les normes à respecter, notamment la hauteur sous plafond et la possibilité de faire dormir les enfants directement dans la pièce d’accueil. « J’ai parlé à ma puéricultrice référente de mon projet, précise-t-elle. Elle a tout de suite été favorable et n’a pas cherché à en savoir davantage. Je savais où j’allais et elle me faisait confiance. » Une fois l’aménagement terminé, la PMI est revenue pour valider officiellement le nouvel espace.
Voir cette publication sur Instagram
Anticiper les coûts et vérifier qu’il y a une réelle demande
Construire ou aménager un lieu dédié représente un investissement important. Kathlen a réalisé un véritable business plan, en étudiant la demande du secteur et le nombre de naissances. Car l’équilibre financier du projet reposait sur une condition incontournable : pouvoir accueillir un enfant supplémentaire. « Il fallait absolument que je travaille avec quatre enfants, sinon financièrement ce ne serait pas tenable », explique-t-elle. Même lorsque l’aménagement est plus léger, prévoir un budget réaliste, anticiper le coût du mobilier, des normes de sécurité et d’éventuels travaux permet d’engager le projet sereinement. Cindy explique en toute transparence que la rénovation de son sous-sol lui a coûté environ 20 000 €, un montant qui ne comprend ni l’ameublement ni la décoration. Elle et son conjoint ont réalisé une grande partie des travaux eux-mêmes. Elle insiste sur le fait que le budget dépend énormément de l’état initial du sous-sol. « Dans notre cas, il a fallu décaisser le terrain parce que la pièce était enterrée, et créer une ouverture. Rien que ça représente déjà une grosse part du budget. »
Voir cette publication sur Instagram
S’appuyer sur les référentiels pour penser l’espace
Même si son projet n’était pas assimilé à une Maison d’assistantes maternelles, Kathlen a utilisé le guide Mam pour l’aider à concevoir les volumes et la répartition des pièces. « Ça m’a énormément aidée, avoue-t-elle. J’ai respecté le minimum de 10 m² par personne. Avec quatre enfants et moi, j’arrivais à 50 m² pour l’espace d’accueil, en plus les chambres. » Elle a aussi veillé à respecter les 9 m² par chambre. Cindy accueille désormais les enfants dans un espace de 40 m² aménagé dans son sous-sol. Le lieu a été entièrement rénové pour répondre aux besoins du quotidien, il est évidemment conforme à la réglementation.
Concevoir un espace fonctionnel et pensé pour le quotidien
L’aménagement n’est pas qu’une histoire de mètres carrés : c’est une organisation. Pour Cindy, c’est presque plus simple finalement lorsqu’il ne s’agit pas d’une pièce d’habitation : « tout peut être imaginé exclusivement pour les tout-petits, aussi bien dans l’organisation de l’espace que dans le choix des matériaux. » L’assistante maternelle a optimisé les 40 m² de son sous-sol en pensant chaque détail : les circulations, l’organisation de la pièce de vie, les zones de change et le sommeil. « Il faut multiplier les sources lumineuses pour ne plus ressentir l’effet “pièce du bas”, prévient-elle. Avoir assez de lumière naturelle et compléter avec un éclairage bien pensé, ça change vraiment le confort de la pièce et le bien-être des enfants. » Elle insiste également sur l’importance de garder l’espace le plus ouvert possible, quitte à utiliser des barrières rétractables pour moduler quand c’est nécessaire, sans cloisonner.
Bien réfléchir aux espaces de sommeil
Chez Cindy, les enfants dorment directement dans la pièce d’accueil, et « ça se passe très bien », assure-t-elle. Les lits sont séparés par un grand rideau. C’est autorisé par la puéricultrice. Néanmoins, avec le recul, elle confie qu’elle aurait fait différemment : « J’aurais mis la cuisine et la salle de change dans la pièce de vie, et utilisé ces deux petites pièces pour créer un dortoir fermé », afin de disposer d’un véritable espace de sommeil isolé, plus calme et plus confortable. En regroupant change et cuisine dans la pièce principale, elle aurait aussi gagné en praticité. Kathlen ne regrette pas une seconde d’avoir prévu une pièce supplémentaire, une sorte de chambre d’appoint multi fonctionnelle. « Certains enfants ont besoin de dormir seuls. Avoir une chambre supplémentaire, c’est précieux. » Cette pièce lui sert aussi de bureau, d’espace de stockage et même de coin calme, avec bibliothèque et cabane.
Préserver l’esprit familial malgré l’espace dédié
L’une des grandes craintes est de voir l’espace dédié devenir trop institutionnel, trop proche d’une micro-crèche. Pour Kathlen, la clé consiste à conserver un lien vivant entre l’accueil et la famille. « Je ne prive pas mes enfants et mon mari de venir. Ma fille passe presque tous les soirs après l’école. Ça reste vivant, familial. » Pas de risque non plus chez Cindy, l’accueil individualisé est au cœur de son travail. «Je connais chaque enfant presque par cœur, et chacun a vraiment son temps avec moi, sourit-elle. On est très loin du fonctionnement à la chaîne que l’on peut parfois retrouver en crèche.»` Les petits accueillis continuent aussi de croiser régulièrement ses propres enfants et son conjoint.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 25 novembre 2025