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Assistantes familiales : des propositions pour rompre l’isolement et mettre fin à l’insécurité professionnelle

La Fondation Jean-Jaurès appelle à une réforme urgente du métier d’assistante familiale. Dans une note publiée le 31 mars 2026, Thierry Herrant (Ufnafaam) et Thomas Larrieu (GEPSo) formulent 18 propositions pour revaloriser cette profession dont les effectifs ne cessent de diminuer.

Le constat dressé est sévère. Entre 2017 et 2022, le nombre d’assistantes familiales a baissé de 7,2% à l’échelle nationale. Dans le même temps, la population professionnelle vieillit fortement : la moitié des assistantes familiales ont 55 ans ou plus, et un quart ont atteint ou dépassé 60 ans. Et, en plus des départs à la retraites, les démissions se multiplient. Pour les auteurs, le risque est désormais clair : « les assistantes familiales sont une espèce en voie de disparition.»
Cette prise de position intervient alors qu’un projet de loi sur la protection de l’enfance sera présenté dans les prochaines semaines. Son objectif est notamment de « développer l’accueil à caractère familial » et d’élargir le vivier d’assistantes familiales.

Une crise d’attractivité plus qu’une crise des vocations

Selon les auteurs de la note, Thierry Herrant (Ufnafaam) et Thomas Larrieu (GEPSo), le problème ne tient pas à l’absence de candidats potentiels, mais à la dégradation des conditions concrètes d’exercice. Les auteurs écrivent ainsi que « la profession d’assistante familiale n’attire plus : les vocations n’ont pas disparu, mais les conditions d’exercice ne sont plus assez attractives pour qu’elles se concrétisent ensuite ». Ils énumèrent plusieurs causes : « manque de reconnaissance financière et sociale », « fort isolement professionnel », « absence – fréquente – de soutien des équipes pluriprofessionnelles », ou encore difficulté à faire face à des enfants ayant des besoins de plus en plus complexes.

Rompre l’isolement, priorité absolue

Parmi les propositions mises en avant, les auteurs insistent sur la nécessité de mieux entourer les assistantes familiales. Un constat qui ressort notamment des dizaines d’entretiens menés dans la France entière par l’Ufnafaam (restitués dans une étude) qui « a pu constater une nette dégradation des conditions de travail des assistantes familiales ces trois dernières années, avec un effet-ciseau qui isole les professionnelles concernées et les met en grande difficulté.».

D’un côté, des enfants accueillis avec des troubles plus lourds ou des besoins plus complexes ; de l’autre, « l’effondrement de l’environnement professionnel » autour des assistantes familiales. Le texte décrit des référents ASE débordés, parfois chargés de 40 à 50 situations, voire davantage. Pour répondre à cette situation, les auteurs de la note, proposent notamment d’« instaurer un taux d’encadrement maximum de 20 enfants confiés pour chaque éducateur référent ASE ». Le document recommande aussi d’intégrer à la formation « un module sur la gestion des émotions et le désamorçage des conflits » et de rendre obligatoire « une astreinte éducative et une plateforme technique de support » dans chaque département ».

Mieux intégrer les assistantes familiales au travail collectif

La note insiste également sur la difficulté, pour ces professionnelles, d’être pleinement reconnues comme membres d’une équipe. Travaillant principalement à domicile, elles souffrent d’une forme d’invisibilisation de leur activité. Les auteurs évoquent même une « tension fondamentale entre l’être professionnel et l’être personnel, imbriqués dans une même activité ». Pour rompre cet isolement, ils proposent de « favoriser le rattachement des assistantes familiales à un établissement et service de protection de l’enfance » et de rendre obligatoire leur présence aux réunions de synthèse. L’une des citations retenues dans la note illustre ce sentiment d’exclusion : « Moi, en six ans, je n’ai pas l’expérience d’une synthèse. Ce n’est quand même pas normal non plus ». 

Réduire les inégalités entre territoires

Autre axe fort : l’harmonisation nationale. « (…) alors que l’ASE est une politique décentralisée, pilotée à l’échelle départementale, de nombreuses remontées font état de conditions d’exercice radicalement différentes d’un territoire à un autre. Si la décentralisation de l’ASE permet le déploiement d’innovations locales notables, il apparaît que cette liberté des territoires tire désormais plus vers le moins-disant que vers le mieux-disant ». Les auteurs demandent « une base de prise en charge minimale à respecter », afin « de pouvoir garantir une relative égalité entre les enfants confiés pris en charge en famille d’accueil ». Les auteurs proposent ainsi de « définir à l’échelle nationale et réévaluer annuellement […] l’indemnité minimale que doivent les Départements aux assistantes familiales », mais aussi d’« instaurer une convention nationale » pour le secteur privé et « un cadre statutaire unifié » pour le secteur public.

De nouveaux droits…

Pour enrayer l’épuisement, la Fondation Jean-Jaurès plaide pour un « droit à la suppléance professionnelle », inscrit dans le contrat de travail et pensé dans le projet pour l’enfant. L’idée est d’organiser de vrais relais sans provoquer de rupture pour l’enfant accueilli. La note propose aussi de « créer une prime d’installation pour les nouvelles assistantes familiales », afin de couvrir les frais d’aménagement du logement, et de généraliser un accompagnement renforcé pendant la première année d’exercice. Elle insiste enfin sur la formation continue, en demandant de « développer des formations spécifiquement pensées pour les besoins des assistantes familiales » et de leur ouvrir l’ensemble des offres proposées aux autres professionnels de la protection de l’enfance.

Une campagne nationale pour redonner du sens et de la visibilité

Dernier levier : l’image du métier. Les auteurs jugent que la profession souffre encore d’une image « floue et parfois négative ». Ils proposent donc de « lancer une grande campagne nationale pluriannuelle de communication et de recrutement sur le métier d’assistante familiale ». Le message final est sans ambiguïté. Ces 18 propositions, écrivent-ils, « ne sont pas de simples ajustements de convenance », mais traduisent« les attentes concrètes de celles qui, au quotidien, accompagnent et protègent les enfants les plus vulnérables de notre société ». La conclusion ajoute : « Sans une telle prise de conscience, le risque est grand de rester dans le registre des discours creux sans parvenir à enrayer l’érosion continue de ce métier pourtant indispensable. »

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 02 avril 2026

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