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Assistants familiaux : l’Ufnafaam alerte sur un métier en crise et appelle à un « choc d’attractivité »

Alors que l’accueil familial est présenté comme la solution d’avenir la plus bénéfique pour les enfants, une enquête de l’Ufnafaam révèle la souffrance et l’isolement croissant des assistants familiaux. L’association appelle à des mesures fortes pour sauver un métier en danger.

La parole des assistants familiaux reste encore rare, en dehors de quelques cas individuels. Dans le cadre institutionnel, ils s’expriment peu, par crainte que leurs propos ne se retournent contre eux. Et lorsqu’ils le font, ils ne sont pas toujours écoutés ni soutenus, leurs témoignages étant parfois jugés trop chargés d’émotion.

Afin d’alerter sur l’état réel du métier et de peser dans le débat public, l’Ufnafaam a mené une enquête de terrain inédite (janvier à juin 2025), fondée sur une quarantaine d’entretiens approfondis réalisés dans plus de vingt départements. La concordance des résultats, au-delà de contextes géographiques et professionnels très variés, dresse un état des lieux précis du métier et pour le moins alarmant.

Des conditions de travail de plus en plus insoutenables

Les résultats sont clairs : ce métier, qui repose sur la vocation et l’engagement auprès des enfants, se pratique désormais dans des conditions extrêmement difficiles. Les assistants familiaux doivent faire face à des enfants présentant des troubles de plus en plus graves, sans toujours disposer de la formation, des outils ou du soutien nécessaires.
« Les assistants familiaux les décrivent comme plus « abîmés », « carencés », voire « fracassés », cumulant souvent les détresses », écrit l’enquête. Et l’accès à des soins spécialisés est de plus en plus difficile (déserts médicaux, éloignement des services publics, temps de déplacement longs). « La médicalisation du métier génère une charge mentale extrêmement élevée, un stress chronique, des troubles du sommeil et de l’épuisement professionnel. »

Manque de reconnaissance et isolement

À cela s’ajoutent un manque de reconnaissance et un isolement croissant. Les assfam se sentent souvent très seuls et manquent cruellement de soutien de la part des services de l’Aide sociale à l’enfance. Trop souvent considérés comme de simples « sous-traitants » des départements, les assistants familiaux voient leur travail d’équipe au sein des services de protection de l’enfance se dégrader. Ils décrivent une collaboration de plus en plus difficile avec les services de l’ASE. Résultat : les relations se compliquent et s’installe un climat de défiance. Beaucoup disent vivre davantage une relation de subordination et de contrôle qu’un véritable travail de coopération autour du bien-être de l’enfant.

Un métier en danger démographique

Exercée à 90 % par des femmes, la profession vieillit : l’âge médian était déjà de 55 ans en 2021. L’accueil familial, qui représentait 56 % des placements en 2006, n’en représente plus que 35 % aujourd’hui. Selon les projections, la moitié des assistants familiaux actuels partiront à la retraite d’ici 2030. « Sans véritable choc d’attractivité, que l’Ufnafaam appelle de ses vœux depuis longtemps, il restera environ 15 000 assistants familiaux en 2030 et à peine quelques milliers dix ans plus tard, alerte Martine Orlak, dans une tribune en préambule de l’enquête. Si on laisse faire, la « familiarisation » de l’accueil familial n’aura été qu’une fausse promesse. » . La « familiarisation » de l’accueil » constitue l’un des piliers de la refondation de la protection de l’enfance voulue par Catherine Vautrin, c’est-à-dire de privilégier les placements dans la famille élargie de l’enfant (tiers digne de confiance), chez une assistante familiale ou via l’accueil durable et bénévole. Mais il reste beaucoup de chemin à faire : l’accueil via des TDC est très en dessous des autres pays européens (8% des placements), l’accueil familial est en net recul, et l’accueil durable et bénévole est embryonnaire. Pour l’association, de simples ajustements comme le cumul d’emplois – à nouveau cité par la ministre, lors de son déplacement dans une pouponnière pour annoncer la révision du décret de 1974 –  ne suffiront pas à enrayer la crise.

Lire aussi : Assistants familiaux : une proposition de loi pour mieux encadrer la profession

Les propositions de l’Ufnafaam

Face à ce constat, l’organisation appelle à un véritable « choc d’attractivité ». Ses propositions incluent notamment :

  • une harmonisation nationale des rémunérations et indemnités,
  • une clarification et une sécurisation du statut, aligné sur celui de la fonction publique territoriale,
  • la reconnaissance de la pénibilité du métier,
  • un droit au répit obligatoire,
  • et un renforcement de l’intégration dans les équipes pluridisciplinaires.

« Pour attirer de nouveaux candidats, commençons par mieux traiter ceux qui sont déjà en poste. (…) Il n’est pas trop tard, mais cela exige beaucoup de volonté et des moyens pour relancer cette forme d’accueil et garantir le bien-être des enfants confiés », ajoute Martine Orlak, présidente de l’Ufnafaam, qui souligne l’urgence d’agir. Pour l’association, la réussite du projet de « familiarisation » de l’accueil dépendra de la capacité à revaloriser le métier d’assistant familial. Sans cette transformation profonde, la promesse d’un accueil familial renforcé restera lettre morte.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 09 septembre 2025

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3 réponses à “Assistants familiaux : l’Ufnafaam alerte sur un métier en crise et appelle à un « choc d’attractivité »”

  1. Mary Jacquemoud dit :

    Complètement d’accord.

  2. Sandra Deyres dit :

    Moi j attends avec impatience mon agrément ! 🥰 merci de me confirmer que l on peut lier deux activités sachant que je travail dans les écoles et diplômes merci urgent

  3. ISABELLE Comas dit :

    Bonjour
    Est-ce que la dépression ou le Bur out sont inscrits sur le tableau des maladies professionnelles des assistantes famiales?
    merci pour votre réponse

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