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Assistantes maternelles : comment dire au revoir aux enfants…

On parle beaucoup de la familiarisation quand un enfant arrive chez l’assistante maternelle. Mais que se passe-t-il au moment du départ ? Pour celles qui accueillent les tout-petits au quotidien, pendant parfois plusieurs années, la séparation n’est pas anodine. Quatre assistantes maternelles racontent ces moments forts, entre rituels et émotions partagées.

Gaëlle, assistante maternelle en Bretagne : « On devient leur deuxième maison »

« Je suis assistante maternelle depuis maintenant six ou sept ans, après avoir longtemps travaillé en crèche. Ce que je cherchais en changeant de cadre, c’était plus de liberté, plus de possibilités de sortir, de proposer aux enfants un accueil plus doux, plus riche. Et surtout, plus de liens avec eux. Parce que dans ce métier, le lien est tout. Quand un enfant reste plusieurs années avec moi, qu’il grandit ici, qu’il vit sa vie de tout-petit dans mon univers, il se crée une vraie relation. Une attache. Une histoire. Avec la petite que j’ai encore là, que j’accueille depuis presque quatre ans, c’est fort. Elle est en périscolaire chez moi depuis qu’elle est entrée à l’école. Nous avons passé tant de temps ensemble. Et maintenant, elle va partir pour de bon, rejoindre le centre aéré.

Comment je prépare le terrain ? Nous en parlons doucement. Je prépare le terrain, comme je peux. On lit des livres, on discute. Je lui explique que d’autres enfants, plus grands, l’attendent ailleurs. Mais ce n’est pas évident. Ni pour elle, ni pour moi. Alors pour marquer cette étape, je fais un album photo. Un petit livre rien qu’à elle, avec tous les moments importants qu’on a partagés. Les sorties, les jeux, les petites choses du quotidien. Ce sont mes souvenirs à moi, surtout. Et j’espère qu’un jour, elle les regardera en se rappelant cette maison, cette tendresse, ce bout de vie ensemble.

Avec certains enfants, le lien est plus fort. C’est comme ça. Il y a des enfants plus en demande, qui ont besoin de plus de présence, de câlins, de regard. On les sent. Et on s’attache. Parfois, la séparation pique un peu plus, laisse un petit vide. Même si l’on sait que c’est la vie, que notre rôle, c’est aussi ça : les aider à passer à l’étape d’après. Ce qui fait du bien, c’est quand on reçoit des nouvelles. Une photo de rentrée. Un petit mot. Juste pour dire : « elle va bien, il a grandi ». Parce qu’on donne beaucoup de soi, dans ce métier. On accueille, on accompagne, on aime. On devient leur deuxième maison. Alors oui, en septembre, tout recommence. D’autres enfants arrivent, on reconstruit. Mais ceux qui partent laissent toujours quelque chose derrière eux. »

Retrouvez Gaelle sur sa page instagram @gaelleejeassmat

Nathalie, assistante maternelle à Loriol-du-Comtat (Vaucluse) :« Dire au revoir, ce n’est jamais vraiment dire adieu »

« Je suis assistante maternelle depuis 21 ans. Des enfants, j’en ai accueillis… 64 exactement, et je me souviens de chacun. Certains ont partagé ma vie pendant des mois, d’autres pendant des années. Il y a même une fratrie que j’ai gardée neuf ans. Le plus grand a 21 ans aujourd’hui… et il m’appelle encore « Nounou ». Ça, ça ne s’efface pas. C’est vrai qu’on parle souvent de l’adaptation quand un enfant arrive, mais on parle rarement de la fin, de ce moment où il faut dire au revoir. Quand on a passé 48 heures par semaine avec un petit bout, qu’on l’a vu faire ses premiers pas, qu’on l’a consolé, écouté, fait rire, appris des tas de choses… c’est comme si une partie de nous partait avec lui.

Heureusement, toutes les séparations ne sont pas définitives. Certaines familles restent proches. On ne se dit pas adieu, on se dit juste « à bientôt ». J’ai des enfants qui reviennent me voir, qui viennent manger un bout, jouer un moment… Et j’ai ces photos de rentrée qu’on m’envoie chaque année, même quand ils ont déménagé. Avec l’expérience, j’ai appris à apprivoiser ces départs. Au début, ce n’était pas simple. Certains enfants ne voulaient pas aller à l’école. Et puis, petit à petit, ils se détachent. Ils s’ouvrent à autre chose. Moi aussi, j’ai appris à les laisser partir. Mais j’essaie toujours de leur laisser une trace. Un petit cadeau, un souvenir fait main. Cette année, j’ai bricolé un petit appareil photo avec leurs dessins et nos photos plastifiées, une façon de leur dire : tu as compté, tu compteras toujours. Parce qu’un lien, ça ne s’efface pas comme ça. Quelque chose a été construit, partagé… Et même si on doit s’y faire, même si on apprend à laisser partir, ça reste.

Je me souviens d’une maman, en particulier… Une belle relation, forte, touchante, presque fusionnelle. Son petit garçon venait chez moi depuis tout petit, et elle, dès le début, elle s’est sentie rassurée. C’était une relation fluide, naturelle. On se faisait confiance. Je connaissais même sa propre histoire, son enfance. C’est comme si je faisais partie de la famille.

Mais quand est venu le temps de passer à autre chose, d’aller à l’école, de grandir, ce n’est pas l’enfant qui a eu du mal à couper… c’est elle. Lui, il était prêt. Il pouvait aller à la garderie, il avait ses copains, il était à l’aise. Mais elle, elle n’arrivait pas à imaginer ce quotidien sans moi. Sans ce relais. Sans cette sécurité qu’on avait construite ensemble. Alors, pour l’aider à franchir ce cap, j’ai dû ruser un peu. J’ai fait semblant de ne plus avoir de place. Ce n’était pas facile à dire. Mais je savais que c’était nécessaire, pour elle comme pour lui. Il fallait qu’elle prenne confiance, qu’elle lâche prise, qu’elle comprenne que son fils était prêt… et qu’elle l’était aussi. Aujourd’hui, on se voit encore, avec plaisir, avec légèreté. Il arrive qu’elle m’envoie un message, qu’elle passe manger avec nous quand j’ai une place. C’est devenu un lien apaisé, tendre, durable.

Une autre maman m’a dit un jour : « Vous êtes la deuxième femme de la vie de mes enfants ». Ses propres parents vivaient loin, et moi, j’étais là. Ça m’a bouleversée. C’est le genre de phrase qu’on garde pour toujours, qu’on glisse dans un coin de son cœur.Et puis il y a les petits mots d’enfants, ces « je t’aime » lancés à la volée pendant un jeu, une caresse sur le bras avant de repartir jouer. Ces instants-là, c’est du vrai, c’est du pur. C’est pour ça que je fais ce métier. Même dans les moments les plus durs… Quand j’ai perdu mon père, c’est mon travail, ce sont les enfants qui m’ont aidée à tenir. Leur joie, leur spontanéité, leur tendresse. Ce métier, ce n’est pas un travail comme les autres. Même si la porte se ferme un jour, on laisse toujours une fenêtre ouverte, quelque part.»

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Cindy, assistante maternelle dans le Rhône : « La séparation approche, et j’angoisse un peu »

« Je suis assistante maternelle depuis peu, j’ai obtenu mon agrément en octobre 2023, et j’ai commencé à accueillir mes deux premiers petits bouts en mars et avril 2024. Ils avaient 8 et 15 mois à leur arrivée… et aujourd’hui, ils ont deux ans. Ce départ, je ne l’avais pas anticipé si tôt. Mais nous déménageons, et malheureusement, les familles ne peuvent pas me suivre. Tout est allé très vite, les parents ont été compréhensifs et bienveillants, la séparation approche, et j’angoisse un peu. C’est ma première fin de contrat, ma première vraie séparation. Et quand on s’attache autant, ce n’est pas simple de tourner la page.

On nous dit souvent, en formation, de ne pas trop s’attacher. Mais c’est impossible. Ce sont des petits êtres humains qui nous donnent tant d’amour au quotidien. Quand on aime son métier, qu’on est passionnée, on ne peut pas faire autrement que de créer du lien. Et moi, je me suis occupée d’eux comme je le fais avec mon propre fils, qui a le même âge et grandit à leurs côtés. Pas de différence. Ce qui me touche le plus, ce sont les moments où les parents me racontent que les petits ont parlé de moi le week-end, qu’ils ont pleuré en réclamant  « Nounou ». Là, on sait qu’on compte pour eux. Qu’ils se sentent bien, en sécurité. Et c’est ça qui me rend fière.

Alors oui, je vais organiser un petit goûter, une journée un peu spéciale pour leur dernier jour. Je leur prépare un album photo, un petit souvenir à emporter avec eux. Et je leur parle. Je leur dis qu’il y aura une autre nounou, un autre quotidien. Je pense que c’est important de les préparer, de ne pas les laisser dans le flou.

Cette première expérience m’a confortée dans mon choix. J’ai quitté le monde de la vente, que je ne supportais plus : trop de stress, trop d’agressivité gratuite. Travailler avec des enfants, c’est autre chose. C’est plus pur, plus sincère même si c’est exigeant, bien sûr. En septembre, une nouvelle page va s’ouvrir : nouvelle maison, nouvelles familles, nouveaux enfants. J’ai un peu d’appréhension : est-ce que ça se passera aussi bien ? Est-ce que je vais retrouver cette complicité, cette confiance que j’avais avec les parents ? J’espère. En tout cas, je suis prête à continuer avec la même envie. Et je n’oublierai pas ces deux petits qui m’ont accompagnée dans mes premiers pas d’assmat.»

Retrouvez Cindy sur sa page instagram @assmat.cindy

Magaly, assistante maternelle à Manosque (Alpes de Haute-Provence) : « Je prépare leur départ comme je prépare leur arrivée. »

« Je sais, dès le départ, qu’il y aura une fin. Les petits bouchons, comme je les appelle, s’en vont un jour. Et moi, je le vis sans déchirement. Parce que je suis honnête : j’aime accueillir les enfants, mais surtout jusqu’à l’âge de l’école. Après ce n’est plus mon domaine d’épanouissement. Je passe le flambeau. Donc oui, c’est parfois un soulagement quand ils partent. Un soulagement professionnel, parce que je sais que je ne suis plus la mieux placée pour les accompagner dans cette nouvelle étape. Et les parents le savent.

Pour autant, je fais de mon mieux pour que la séparation soit la plus douce possible. Je prépare leur départ comme je prépare leur arrivée. J’en parle avec eux, avec les parents, plusieurs semaines à l’avance. On leur explique que bientôt, ils vont aller à l’école, qu’ils vont rencontrer d’autres copains, qu’ils vont apprendre plein de choses, et que ça veut dire aussi que chez Nounou, ce sera fini. Ce n’est pas un drame, c’est un passage. D’ailleurs, j’ai proposé à notre RPE qu’on organise des petites visites d’école maternelle avec les plus grands avant leur départ, pour qu’ils se fassent une idée de ce que c’est. Et je sais que l’école qui est à côté de chez moi est prête à nous accueillir. Ce sont des expériences comme celle-ci qui rendent la transition plus douce.

Il y a aussi des rituels. Chaque enfant repart avec un petit cadeau. Et pas n’importe lequel. Je leur offre un petit jouet qu’ils ont choisi, parfois très en avance. Il devient leur jouet de transition. Et le jour du départ, je leur offre. Léonie, par exemple, que j’ai gardée pendant trois ans, avait repéré une peluche marmotte chez moi. Rien d’extraordinaire en soi, mais elle y a tenu. Elle me l’a demandé plusieurs fois : « Nounou, je veux la marmotte ! » Alors, je l’ai gardée pour elle.

Et puis il y a une autre petite touche personnelle. Depuis plus de dix ans, j’offre une petite fée en pendentif à chaque fille que j’ai gardée. Je les purifie à la pleine lune avec du gros sel, pour chasser les mauvaises ondes, qu’on y croie ou pas, au moins elles sont propres. Mon pseudo, c’est Nounou Magfée. Alors la fée, c’est leur talisman. Je leur dis : « Quand tu as un chagrin, une colère contre papa ou maman, serre ta fée très fort contre toi, pense à Nounou. Et si tu veux, tu peux leur demander de venir me voir pour m’en parler. » Les petits garçons, eux, ont un collier avec des pierres du Brésil. Je vais le choisir en fonction de leur tempérament. Là j’ai un grand timide, je lui prends une pierre qui renforce la confiance. Je ne suis pas hypocrite : il y a des petits que j’adore et que je continue à voir, et d’autres que je ne revois pas. Je ne peux pas être marraine de 80 enfants ! Mais souvent, les liens restent.

L’année dernière, avec ma fille, on a fait un road trip de 15 jours pour aller revoir mes anciens bouchons, devenus ados ou jeunes adultes. On est passées par Lyon, Troyes, Paris, la Normandie… Ce sont des retrouvailles incroyables. Mais au fond, ce que je retiens, c’est que la séparation, c’est une suite logique. Quand elle est bien préparée, elle ne fait pas mal. Elle devient une fête. On célèbre ce qu’on a vécu ensemble, et on laisse place à la suite.»

Candice Satara

PUBLIÉ LE 02 juillet 2025

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