Pas de Calais : une classe hybride comme projet passerelle entre crèche et école
Sous l’impulsion d’une directrice de crèche et d’une directrice d’école engagées, la petite commune d’Ham-en-Artois travaille à la mise en place d’une classe hybride pour les enfants de moins de 3 ans. Ils pourraient ainsi entrer à l’école maternelle tout en profitant du cadre sécurisant offert par une professionnelle de la crèche.
La micro-crèche Les P’tites Pousses d’Ham-en-Artois est située à proximité immédiate de l’école du village. Un chemin relie les deux établissements, mais aussi leurs deux directrices, Emeline Cailliez, qui dirige la crèche, et Caroline Demarthe, professeur des écoles et directrice de l’école maternelle. Ensemble elles ont réfléchi à un moyen de créer du lien entre les enfants des deux structures, avec une ambition : rendre plus douce l’entrée à l’école. « La transition peut être difficile pour les petits, et encore plus difficile pour les enfants qui font leur entrée avant trois ans », observe Emeline Cailliez.
Des visites et des séquences-école pour le petits de la crèche
« Un monde sépare le cocon de la crèche et l’école. C’est pour cette raison que nous avons réfléchi, dès octobre 2023, à des actions communes : goûters, carnaval, petits-déjeuners », explique la directrice de la crèche. Lors de la Semaine de l’école maternelle en 2024, un événement de l’Éducation nationale qui permet aux enseignants d’ouvrir les portes de leur établissement pour faire découvrir son projet pédagogique, la crèche et l’école ont choisi de d’élaborer un programme inédit. «Tous les enfants entrant en petite section, quel que soit leur mode d’accueil , ont été invités avec leurs parents à découvrir l’école maternelle. Ils ont été accueillis 3 fois 45 minutes pour faire une activité au sein de l’école. Un bon moyen pour eux de se familiariser avec les lieux et l’environnement », détaille Emeline Cailliez.
Face au succès de l’initiative, celle-ci a été renouvelée en 2025, sur 4 matinées cette fois, avec une matinée d’éveil corporel, un atelier d’éveil sensoriel, une séance de baby yoga au sein de l’école et un spectacle organisé sur le thème du cirque animés par le personnel de la crèche. « Outre cette semaine de l’école maternelle, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire de plus pour faciliter ce pas de géant vers l’école, apaiser cette peur commune à de nombreux enfants et parents. L’idée d’une présence supplémentaire auprès des enfants lors de la période de la rentrée a alors germé », explique la directrice de la crèche. À la rentrée de septembre 2024, une professionnelle de la crèche a ainsi été présente au sein de la classe des petits pendant 15 jours de 9 h à 11h, en plus de l’ATSEM et de la maîtresse. « Il y a eu très peu de pleurs, les parents ont été rassurés. La rentrée a été très sereine et s’est faite dans une ambiance agréable et apaisée pour les enfants et leur famille », ajoute Emeline Cailliez. Le dispositif a depuis été renouvelé à chaque rentrée scolaire, après les vacances de noël, février et avril pour accompagner les tout petits qui entrent en cours d’année.
Un projet ambitieux de classe hybride
Mais Emeline Cailliez et Caroline Demarthe planchent aujourd’hui sur un dispositif ambitieux, afin de répondre à la demande de plus en plus forte de parents qui veulent faire entrer leur enfant à l’école avant 3 ans, en toute petite section. D’où l’idée de ce format hybride qui vise à alléger leurs journées.« Les enfants inscrits à ce dispositif seraient accueillis à l’école le matin, partageant repas et récréations avec leurs camarades, mais seraient pris en charge l’après-midi par une professionnelle de la crèche, au sein même de l’école dans la salle de motricité, pour la sieste et des activités”, détaille la directrice de la crèche. La particularité du dispositif est également d’être modulable. « Nous demanderons aux familles de s’engager sur un trimestre au moins puis, au mois de février et après discussion avec l’enseignant, il pourra être décidé que l’enfant est désormais capable de faire des journées complètes à l’école », ajoute Emeline Cailliez.
Le projet bénéficie du soutien actif et enthousiaste de Pierre Salinger, le maire de la commune. Mais il faut désormais convaincre la CAF et réfléchir à une grille tarifaire acceptable pour les familles. « Un taux horaire qui doit aussi nous permettre d’embaucher », ajoute Emeline Cailliez, qui rappelle que ce projet novateur n’entre dans aucune case. « Nous sommes convaincues du bien-fondé du dispositif et du bénéfice pour les enfants. Mais cela demande la participation de nombreux acteurs : Éducation nationale, CAF, crèche, mairie. Alors nous travaillons à faire se rencontrer tout le monde pour lui donner vie », conclut-elle.
Esther Buitekant
PUBLIÉ LE 07 avril 2025