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Assistantes maternelles : une offre en net repli, mais de l’espoir pour la profession !
Début juin, l’Observatoire de l’emploi à domicile a publié son rapport 2023 sur le secteur des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile. À la clé, un constat finalement peu étonnant pour l’accueil individuel : avec les départs en masse des assistantes maternelles, l’offre d’accueil individuel prend durablement du plomb dans l’aile. Pour autant, pas question de céder au catastrophisme ! Explications.
Ce n’est pas un scoop… Et pourtant le rapport de l’Observatoire de l’emploi à domicile fait un bilan sectoriel 2023 qui, à vue de nez, n’augure rien de bon pour l’accueil individuel.
Une offre portée par les assistantes maternelles en « net repli »
En atteste un premier constat des auteurs du rapport : en 2020, le nombre de places d’accueil formel a baissé pour la première fois depuis 2006, avec 58,7 places proposées pour 100 enfants, soit 38 000 places d’accueil en moins. Une première piste d’explication : « le net repli de l’offre portée par les assistants maternels : – 33 800 places », y lit-on (soit -4,5 % par rapport à 2019). Moins de berceaux chez les ass’mat donc, « mais il ne faut pas négliger la baisse de la natalité (27600 enfants de moins de 3 ans en 2020, selon le rapport, ndlr. ) », explique Nadine Pradier, vice-présidente de la Fepem en charge de la cohésion sociale et intergénérationnelle, rappelant aussi que faute d’avoir « une boule de cristal pour voir comment évoluera la la natalité », la fédération recherche aujourd’hui à en faire une analyse plus fine par catégorie socio-professionnelle.
Deuxième constat, tout aussi peu révolutionnaire : si les parents recourent de plus en plus à un mode d’accueil formel et si les assistantes maternelles restent le premier mode d’accueil en France, le recours à l’accueil collectif progresse plus vite depuis une dizaine d’années, là où le recours aux assistantes maternelles tend à stagner (+5 % entre 2013 et 2021, +1% seulement pour les assistantes maternelles). En cause : « Depuis 2019, les assistants maternels sont beaucoup plus nombreux à quitter le métier que les années précédentes, sans que ces départs soient compensés par un volume d’entrées suffisante dans le métier », lit-on dans le rapport.
Des départs à la retraite certes, mais des carrières plus longues et valorisées
La raison ? On la connaît là encore : les départs à la retraite qui constituent en 2021, selon l’analyse de l’observatoire, le principal motif de sortie de la profession (93 % des cas), « alors qu’ils étaient relativement plus nombreux à quitter la profession pour un autre motif que celui-ci en 2020 et en 2019, respectivement 65 % et 73 % ». Et c’est là peut-être l’un des chiffres les plus intéressants de ce rapport sectoriel. En effet, cette longévité accrue serait indicative d’une réelle professionnalisation du métier d’assistante maternelle. « Avec la création du statut d’assistante maternelle en 1977, la profession est devenue de plus en plus exigeante, en termes de formation (notamment depuis 2018) et en termes de sécurité du lieu d’accueil », rappelle Sandra Onyzsko, porte-parole de l’UFNAFAAM. « Là où auparavant, le métier d’assistante maternelle était ‘conseillé’ aux mères d’enfants en bas âge pour leur permettre de concilier vies professionnelle et personnelle (ce qui induisait un exercice du métier court, d’environ 7 ans), aujourd’hui, celles qui traversent cette profession font preuve d’un réel engagement à long terme, en vont jusqu’au bout », continue-t-elle. Et ces professionnelles très expérimentées sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à arriver en fin de carrière.
Un métier qui se professionnalise, des assistantes maternelles qui s’investissent à long terme… Pour la FEPEM, la tendance devrait se confirmer au vu notamment des efforts menés dans le cadre de la nouvelle convention collective du secteur. « La volonté était vraiment de contribuer à l’attractivité des métiers avec des nouvelles dispositions autour de l’activité sociale et culturelle, l’indemnité volontaire de départ à la retraite, la prévoyance, la formation professionnelle et la santé au travail », rappelle Nadine Pradier.
Malgré la pénurie de professionnelles, de l’espoir !
Du positif sur l’évolution de carrière qui ne règlera pas pour autant le problème démographique qui attend le secteur dans les années à venir. Ainsi, le rapport sectoriel rappelle que « plus d’un assistant maternel sur quatre pourrait partir à la retraite d’ici à 2030 » soit l’équivalent de 377 600 places d’accueil en moins à l’horizon 2030 ou « 42 % des places d’accueil proposées aux enfants de moins de 6 ans par les assistants maternels en 2019 ». En d’autres mots, avec ces départs, c’est près de la moitié des places d’accueil individuel qui pourraient être supprimées.
Pourtant, et pour une fois pourrait-on presque dire, les représentants de l’accueil individuel semblent plutôt optimistes. En effet, « avec le service public de la petite enfance (Sppe), les collectivités seront amenées à définir un quantum de professionnels par département pour répondre aux besoins des familles. On sait déjà par exemple, qu’à l’horizon 2030, il faudra créer 88 000 places pour lesquelles il faudra former 117 600 nouveaux professionnels car 300 000 places d’accueil vont être supprimées. Ces calculs ont été faits sur la base de 3,3 enfants par agrément et par assistante maternelle, » précise Sandra Onyzsko. Et de se réjouir : « Avec le quantum, tout le monde devra s’engager et mettre les moyens, sur la question des agréments, des missions de la PMI, pour atteindre ces objectifs. C’est donc un vrai espoir pour la profession si ces dispositions s’accompagnent d’une obligation pour les collectivités ».
Autres perspectives rassurantes : la nouvelle Cog et ses dispositions sur la prime d’installation qui devraient être plus incitatives pour les nouvelles professionnelles, mais aussi le plan du mois de septembre, spécifiquement dédié à l’accueil individuel, qui devrait améliorer l’exercice du métier : « Il n’y aura pas de volet financier, mais des mesures pour faciliter le travail, et notamment sur l’accompagnement de la PMI, sur les impayés de salaires… Ce devrait être un incitatif, et notamment éviter certains départs des assistantes maternelles en exercice », espère Sandra Onyzsko, avec l’espoir de voir les chiffres du prochain rapport évoluer positivement.
Du côté de la FEPEM, l’enthousiasme semble moins de mise avec « plusieurs sujets à soumettre au ministère ». La revalorisation des salaires plus importante dans l’accueil collectif que dans l’accueil individuel, le projet de loi plein emploi et le rôle accru des RPE qui inquiète, le dialogue social qui n’inclut pas assez les syndicats représentatifs des assistantes maternelle : toutes ces questions restent ouvertes et ne participent pas, en attendant, à faire entrer dans le métier le fameux « volume suffisant » de professionnels que pointe le rapport.
Moins de parents employeurs, mais plus d’heures déclarées
Qu’en est-il du côté des parents employeurs ? Si le rapport note un regain d’activité après la crise sanitaire avec + 5,2 % d’heures déclarées et une masse salariale nette en augmentation (hors indemnités exceptionnelles) de 6,8 %, cette reprise semble avant tout conjoncturelle car les deux indicateurs restent en-dessous du niveau d’avant-crise. Identiquement, la baisse du nombre des parents employeurs (948 360) et d’assistantes maternelles (257 760) semble s’inscrire dans la durée : « en 2021, les effectifs de parents employeurs et d’assistants maternels sont toujours en deçà des volumes enregistrés en 2019 (respectivement – 5,4 % et – 10,6 % par rapport à 2019) », lit-on de même source. Pour autant, pas question ici d’extrapoler : « il n’y a pas de désamour des parents employeurs » pour l’accueil individuel, souligne Nadine Pradier, mais bien un effet d’offre. L’équation est sibylline : moins de places chez les assistantes maternelles = moins de parents employeurs !
Les Maisons d’assistantes maternelles (Mam) ont le vent en poupe !
On ne le rappelle plus (ou presque) : depuis leur création en 2010, les Mam sont en grâce ! Ainsi, « en 2020, 3 863 Mam sont recensées sur le territoire contre 1 212 en 2014, soit une augmentation de 219 % », souligne le rapport de l’Observatoire de l’emploi à domicile. Malgré un ralentissement sous l’effet de la crise sanitaire, le taux de croissance est resté positif (+ 20 % en 2018 ,+ 16 % en 2019 et + 11 % en 2020) au point où « ce mode d’accueil représenterait 46 360 places d’accueil, soit l’équivalent de la capacité d’accueil de la garde d’enfants à domicile (2,1 places pour 100 enfants de moins de 3 ans) », souligne le rapport.
Pour les représentants du secteur, la tendance semble vouée à s’installer durablement. Et pour cause, du côté des professionnelles, les Mam « répondent à quelque chose dans l’air du temps », analyse Sandra Onyszko. « Les professionnelles veulent créer quelque chose qui soit porteur de leurs valeurs et de leurs projets, certes, mais qui soit aussi source de visibilité, de valorisation et d’estime de soi. Certes, elles peuvent le faire avec l’accueil à domicile, mais cela n’aura pas la même résonnance que dans une structure poussée par la collectivité », continue-t-elle. Dans la même lignée, créer une Mam, c’est aussi « rompre l’isolement, travailler ensemble, ne pas porter seule la charge de la vigilance », conclut-elle en rappelant que la nouvelle Cog et le financement a priori plus ouvert des Mam devraient abonder dans ce sens.
Même écho du côté de la FEPEM. Pour Nadine Pradier, « les MAM répondent à des vrais besoins des parents employeurs et permettent de compléter l’offre d’accueil sur des territoires qui ne bénéficient pas de structure d’accueil collectif », explique-t-elle. Et de rappeler que le succès des Mam devrait perdurer aussi en raison « du coût plus limité pour les collectivités, qui peuvent contribuer à l’offre en mettant à disposition des professionnelles des locaux, etc. ». Les mauvaises langues rappelleront aussi que c’est là aussi un des dispositifs qui permettent d’éviter les contraintes de la Psu et du cofinancement… Mais ce n’est pas là le propos !
Lire aussi : Le rapport des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile, Rapport sectoriel Edition 2023, Observatoire de l’Emploi à domicile (juin 2023)
Véronique Deiller
PUBLIÉ LE 07 juillet 2023