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Avec les tout-petits, mieux vaut faire qu’expliquer !

Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice, auteure

Le jeune enfant s’imprègne de ce qui lui est donné à vivre : nos façons de le toucher, de le porter, de prendre soin de lui. Il s’imprègne également de ce qu’il voit, de nos modes de faire, nos gestes, nos paroles… Il perçoit, il associe, il enregistre. Puis, il reproduit.
Ainsi il parlera la langue et utilisera les mots qu’il a entendus. Il aura bien souvent les mimiques, les attitudes et les postures de ceux qui l’entourent.
Il fait des gestes qu’il a vus : au revoir avec la main, taper dans les mains pour dire bravo, tourner la cuiller dans un récipient, prendre soin d’une poupée, faire des gestes doux envers un bébé…

Certes, il ne reproduit pas immédiatement et pas sur demande de l’adulte.
Il reproduit lorsqu’il s’en est suffisamment imprégné et lorsqu’il en a les moyens moteurs. Ce n’est pas une question de volonté, ce n’est pas une question d’explications.

Ces imprégnations de nos façons de faire ont un impact nettement plus profond et durable dans les premières années, que nos explications. En effet, les mémoires corporelles sont très puissantes, résistantes, voire persistantes tout au long de notre vie.
Combien d’adultes ont appris et compris l’importance des bons mouvements, pour se baisser, soulever, porter, s’asseoir, se relever et protéger leur dos, mais ont tant de difficultés à modifier leurs mouvements habituels.
Il y a un souvent un grand décalage entre ce que nous savons et nos façons de faire.
Autrement dit, savoir avec sa tête ne suffit pas.

Ainsi, les jeunes enfants de 2-3 ans peuvent avoir compris les interdits, les règles à respecter et savoir le dire, mais ils ne peuvent pas encore modifier leurs mouvements spontanés. Ils ne peuvent freiner et retenir leurs mouvements impulsifs.

Expliquer, réexpliquer, argumenter, justifier a donc nettement moins d’effet que notre prendre soin concret, notre attention à ce que les enfants vivent, notre aide pour s’apaiser, se rassurer, se contenir.

Une des difficultés de nos métiers est de réfléchir et travailler à ce que nous-mêmes leur proposons et donnons à voir ! Nous sommes, que nous le voulions ou pas, comme des modèles. Si chaque adulte, dans toutes les sphères de nos sociétés, pouvaient en avoir conscience…
Le respect de l’autre, le prendre soin se vit et se développe par imprégnation et imitation, plus qu’il ne s’enseigne ou s’explique.

Monique Busquet

PUBLIÉ LE 01 octobre 2025

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