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Cadeaux pour les parents des enfants accueillis : qui fait plaisir à qui ?

Fête des mères et fête des pères approchent, la fin d’année aussi… Et souvent dans les crèches et chez les assistantes maternelles, des petits cadeaux pour les parents se préparent. Mais qui les fabrique vraiment ? Et quel sens ces cadeaux ont pour les professionnels, les parents et les enfants ? C’est ce que tente de décrypter, la psychopédagogue Fabienne-Agnès Levine.

Chercher une idée de cadeau, c’est se renouveler chaque année en hésitant entre un objet plutôt décoratif ou plutôt utilitaire. C’est évaluer les capacités de réalisation des tout-petits, en privilégiant les techniques les plus simples et en limitant le nombre d’étapes à programmer. C’est préférer soit un objet fabriqué de A à Z, soit un modèle à acheter en plusieurs exemplaires et à personnaliser. C’est aussi contourner les cadeaux genrés d’autrefois (un dessous de plat pour maman, un porte-cravate pour papa). Ces questionnements sont justifiés dans le contexte de la préparation des fêtes du 31 mai et du 21 juin (ou d’une fête unique sans distinction), mais l’essentiel est ailleurs : quel sens ce cadeau a-t-il pour les pros, pour les parents eux-mêmes, et surtout pour les enfants ?

Du côté des pros

– Le temps de l’anticipation
Pour les pros qui aiment les loisirs créatifs, s’investir dans la préparation de cadeaux, de décorations et d’autres éléments festifs est une réelle source de motivation. Les unes n’hésitent pas à travailler à un projet sur leur temps personnel, les autres jonglent entre plusieurs tâches pendant le temps passé auprès des enfants. Dans les deux cas, la démarche porte sur l’organisation et le déroulement de l’activité : Quel matériel à rassembler ? Quels motifs et quelles couleurs à sélectionner ? Quels outils à mettre dans les mains des enfants ? Les pros doivent trouver un compromis entre la qualité de l’objet fini et les contraintes pour le fabriquer. Il s’agit de passer en revue les capacités mentales et manuelles à un an, à deux ans, à deux ans et demi, à trois ans, et surtout d’en tenir compte.

– Le temps de la réalisation
Au moment de la mise en situation, les pros doivent multiplier les ruses pour préserver l’élan créateur du jeune enfant, d’autant plus qu’avant deux ans et demi environ, tous les actes à effectuer restent difficiles : tracer, colorier, découper, coller, peindre, etc. À l’école maternelle, les enseignants de petite section (3-4 ans) font face aux mêmes défis : donner envie à chaque enfant d’aller au bout de ce qu’il a entrepris, tant à celui qui le vit comme un travail imposé qu’à celui qui adhère à une forme de jeu. L’important est de maintenir le plaisir d’expression des enfants au travers d’une activité qu’ils n’ont pas choisie.

– Le temps des finitions
Faire faire un cadeau est semé d’embûches et nécessite des astuces pour en venir à bout. La plupart des objets (empreintes de mains, cadre photo, fleur en papier, boîte à crayons, porte-clés, etc.) nécessitent quelques étapes : durcissage de la pâte à sel, séchage d’une couche de peinture avant vernis, emballage et étiquetage … Il y a aussi le moment où l’on s’aperçoit qu’un enfant, pour une raison ou une autre, n’a pas « terminé » son œuvre. Que faire ? Il est tentant de compléter ce qui manque, en ajoutant un coup de pinceau ou en recollant ce qui s’est détaché. Quoi qu’il en soit, la plupart des objets offerts aux parents ont été réalisés à quatre mains, du fait d’une participation importante de l’adulte, du début à la fin.

Du côté des parents

– Le temps des remerciements
Les cadeaux font partie des différentes formes de communication entre mode d’accueil et famille. Certains parents, quand ils évoquent leur satisfaction envers une assistante maternelle ou envers la crèche, mentionnent souvent les cadeaux des fêtes du calendrier comme un gage de qualité. D’ailleurs, au moment du don, ils se tournent plus vers les pros pour les remercier chaleureusement que vers leur enfant. Dans le cas où une équipe décide d’abandonner cette pratique, il y a toujours des parents pour s’en plaindre, comme s’il s’agissait d’un service intégré dans le prix de journée. D’autres parents au contraire sont indifférents et vont jusqu’à jeter le cadeau dès qu’ils ont passé la porte du lieu d’accueil.

– Le temps des questionnements
Une fois rentrés à la maison, la plupart des parents s’aperçoivent vite que leur enfant de seize ou de vingt-six mois n’est pas capable de dessiner et de peindre en appliquant des consignes. Découper, plier, coller en suivant un modèle : tout est difficile pour lui. Et pourtant, le cadeau personnalisé pourrait laisser croire le contraire aux parents. Certains vont se demander comment leur enfant a réussi à participer au cadeau qu’ils ont entre les mains, d’autres vont surtout se sentir incompétents. Dans tous les cas, le doute risque de s’installer que ce soit sur eux, sur les pros ou sur leur enfant. Alors, est-ce bien utile de leur délivrer un message trompeur avec un cadeau trop réussi, tant que leur enfant est loin d’être en âge de se fixer un projet concret et de s’y tenir ?

Du côté des enfants

– Le temps du savoir faire
Face à toute proposition venue de haut (c’est-à-dire formulée par un adulte), le jeune enfant n’en évalue pas plus la finalité que les efforts à fournir. Il ressent l’immédiateté de ce qu’il est en train de faire, que ce soit dessiner, peindre, découper ou coller. Or, toute activité manuelle qui mène à fabriquer un objet mobilise de l’attention visuelle, de la coordination manuelle et d’autres capacités. Ne serait-ce que coller des gommettes tout autour d’une photo est une tâche infaisable quand on a moins de vingt mois, difficile tant qu’on a moins de trois ans.

– Le temps du don
Les premières fois que l’enfant fait un don, entre quinze et trente mois, ce n’est pas le fruit d’un projet personnel, mais une manifestation instantanée : il tend quelque chose à une personne de son choix sans décider si c’est provisoire ou définitif. De ce fait, le premier objet qu’un enfant offre est d’abord un caillou, une fleur, un biscuit, un bonbon ou une autre trouvaille. Quand il commence à dessiner, souvent, il plie sa feuille tant bien que mal pour la donner. Dès que le cadeau est plus élaboré, c’est parce qu’un adulte a anticipé à la place de l’enfant toutes les étapes nécessaires et a pris des initiatives. En témoigne des scènes ordinaires au moment d’offrir à maman ou papa : l’enfant qui commence à enlever le papier-cadeau, celui qui ne veut pas donner le cadeau mais le garder pour lui, celui qui préfère le donner à la pro à qui il dit au revoir, etc.

– Les cadeaux, vus à hauteur d’enfants
Dès qu’on essaye de se mettre à la place d’un enfant entre un et trois ans, on réalise vite qu’il n’a aucune représentation mentale du temps, ce qui le rend insensible à tout projet impliquant une phase de préparation, une attente et un jour J. Les jeunes enfants sont capables d’avoir des gestes d’offrande et de ressentir le plaisir de donner et recevoir, mais dans l’instant présent. Ça peut être prendre une fleur (en papier ou naturelle) d’un bouquet préparé par les pros et la tendre à maman ou papa au moment des retrouvailles. Mais ce qu’on appelle « activités manuelles », « loisirs créatifs » ou « DIY » (pour Do It Yourself) sont des pratiques d’enfants plus grands et d’adultes. Là où des enfants de quatre ans et plus sont ravis d’être associés au choix de l’objet à offrir et peuvent s’enthousiasmer pour le modèle décidé, il est rare qu’un enfant plus petit montre le même élan et la même implication. Alors, autant les laisser grandir et découvrir par eux-mêmes la joie d’offrir.

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Fabienne-Agnès Levine

PUBLIÉ LE 15 mai 2026

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