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Canton de Genève : une étude fait le point sur l’accueil des enfants aux besoins spécifiques

L’Observatoire cantonal de la petite enfance (OCPE) du canton de Genève, en Suisse, vient de publier une étude de l’accueil des jeunes enfants ayant des besoins spécifiques, en lieux d’accueil préscolaires sur son territoire. Il apparait qu’une grande majorité des structures sont concernées, et que malgré leur engagement, les professionnels peinent à maintenir une véritable qualité de l’accueil avec les moyens qui leur sont donnés.  

Mandaté par la Fondation pour le développement de l’accueil préscolaire (FDAP), l’Observatoire cantonal de la petite enfance (OCPE) du Canton de Genève a publié le mois dernier une étude qui dresse l’état des lieux de l’accueil des jeunes enfants ayant des besoins spécifiques sur son territoire, dans les lieux d’accueil préscolaires. L’observatoire fait une analyse fine et précise de « qui » sont ces enfants et de leurs besoins. Il répertorie également les mesures mises en place pour les accueillir et évalue le soutien apporté aux équipes éducatives, leurs pratiques, leurs représentations et leur satisfaction. 

De mi-mars à fin juillet 2023, une étude exploratoire, des travaux menés avec un groupe d’accompagnement et un questionnaire, adressés aux personnels de plus de 200 structures (crèches, jardins d’enfants et accueil familial de jour) ont permis de récolter les données de cette étude, structurée en deux volets : 

– Le recensement des enfants aux besoins d’accueil spécifiques accueillis dans des structures préscolaires et les mesures mises en place pour faciliter leur accueil et leur inclusion. 

– L’exploration de l’expérience du personnel (éducatif et de direction) en matière d’accueil d’enfants aux besoins spécifiques, leurs besoins professionnels, leurs représentations et perceptions. 

Accueil d’enfants à besoins spécifiques : la majorité des structures sont concernées 

Qui sont ces enfants aux besoins spécifiques ? Au préalable, l’observatoire a retenu une définition référence volontairement large, afin d’offrir une plus grande latitude aux directions des structures pour rendre compte des actions quotidiennes mises en place pour accueillir les enfants dans leur diversité : 

« Enfant dont les besoins nécessitent ou ont nécessité́ une adaptation de l’environnement d’accueil et/ou la mise en place d’interventions éducatives / pédagogiques spécifiques afin de faciliter leur accueil et favoriser leur participation sociale à la vie quotidienne de la structure (par exemple aux activités collectives). » 

Dans le canton de Genève, l’accueil d’enfants à besoin spécifiques est une réalité commune a une grande majorité de structures préscolaires : 93% des personnels de direction disent accueillir ou avoir déjà accueilli des enfants à besoins spécifiques. Il apparait qu’au cours de l’année scolaire 2022-2023, 8 structures d’accueil préscolaire sur 10 ont accueilli au moins un enfant identifié comme ayant des besoins spécifiques : sur les 1100 enfants identifiés dans les lieux d’accueil du canton, 600 étaient accueillis en crèche (7% des enfants accueillis), et environ 500 dans un jardin d’enfants (soit 15% d’entre eux). A l’échelle du canton, cela représente près de 9% des enfants accueillis dans des structures collectives. 

Une majorité de petits garçons allophones 

Ils sont en grande majorité des enfants âgés de plus de 2 ans (92%), de sexe masculin (66%) et pour la plupart allophones (40%), en particulier dans les jardins d’enfants, et leurs besoins spécifiques ont été identifiés grâce à leur mode accueil. Environ un tiers des enfants ont bénéficié d’un diagnostic clinique : dans 50% des cas, celui-ci concerne un trouble du spectre autistique (TSA) et dans 28% un trouble sévère de la communication. Mais la grande majorité des enfants identifiés comme ayant des besoins spécifiques présente selon les structures, « des difficultés dans le domaine du développement global de l’enfant », en particulier dans les domaines du langage (63%), des relations sociales (63%), de l’affectif (61%). Un quart de ces enfants (29%) ont des difficultés ou des besoins liés à leur situation familiale (précarité, conflits).

Une diversité de mesures déjà mises en place 

Pour favoriser l’accueil de ces enfants dans leur singularité et répondre à leurs besoins, les lieux d’accueil ont déjà mis en place de nombreuses mesures parmi lesquelles :

  • Une attention et une observation de l’enfant plus soutenue de la part du personnel éducatif (82%) 
  • Des entretiens avec les parents (68%) 
  • Des conseils et du soutien de la part de tiers experts (65%) 
  • Des interventions ou adaptations pédagogiques pour rendre accessibles les activités à l’ensemble des enfants (59%) 
  • Une modification de la posture du personnel éducatif (56%) 
  • Des activités de collaboration formelles et informelles plus soutenues au sein des équipes (56%) 
  • Un accompagnement individuel (55%)
  • Une collaboration avec des tiers experts (48%)
  • L’aménagement et modification de l’environnement physique (pour 34% des enfants) 
  • Le soutien de l’équipe par du personnel supplémentaire, non spécialisé́ (32%) 
  • Un peu plus d’un quart de ces enfants (29%) bénéficient d’un suivi ou de mesures médico-pédago-thérapeutiques au sein des structures. 

Si la majorité des lieux d’accueil collectifs du canton semblent particulièrement ouverts à l’inclusion, cette thématique est pourtant rarement intégrée dans le projet pédagogique des structures. Selon l’étude, la politique d’accueil d’enfants aux besoins spécifiques mériterait d’être davantage formalisée au niveau communal… 

Des professionnels investis mais pas assez soutenus 

Interrogés par le biais d’un questionnaire, les personnels éducatifs et de direction reconnaissent que l’accompagnement des trois quarts de ces enfants à besoins spécifiques requiert un investissement supplémentaire important voire même extrême, en termes de temps et d’énergie, de la part du personnel éducatif (78%). Un sentiment partagé par seulement 45% des personnels de direction. L’étude précise que ce n’est pas tant la nature des besoins mais leur intensité perçue qui est un facteur de difficulté. « Il s’agit généralement de situations qui nécessitent des ajustements importants pour maintenir une bonne dynamique de groupe, en tenant compte de la diversité des rythmes de développement et des besoins de chaque enfant », est-il indiqué.

Les professionnels considèrent également que l’accueil de ces enfants est bénéfique pour l’ensemble du groupe d’enfants accueillis, mais « certaines réserves subsistent concernant les bienfaits réels pour une partie des enfants, principalement en raison de l’intensité́ de certains besoins des enfants et des conditions d’accueil, ainsi que des ressources disponibles pour assurer un encadrement de qualité pour tous », indique l’étude. Mais la manière de percevoir l’enfant ayant des besoins spécifiques dépend bien sûr des représentations du personnel, du contexte d’accueil et des ressources disponibles. 

Si une grande majorité des équipes considère cette expérience comme positive, on note un décalage important entre le ressenti de la direction et celui du personnel éducatif : 90% du personnel de direction considère cette expérience comme positive et se sent à l’aise pour accueillir ces enfants, contre 67% et 73% pour le personnel éducatif. Si la direction se sent outillée pour les accueillir (65%), c’est le cas d’un tiers seulement des éducateurs (33%). Les équipes soulignent donc l’importance d’être mieux formées, mieux outillées, renforcées et soutenues par la présence de professionnels qualifiés ou spécialisés.

Une formation initiale et continue insuffisante pour ces besoins spécifiques

Les professionnels de terrain se sentent globalement conscients de leur mission de prévention précoce « repérer rapidement les enfants dont le développement suscite des inquiétudes » ; confiants dans leurs compétences pour identifier leurs besoins et assez bien outillés pour aborder ces questions avec les parents. En revanche, ils jugent leur formation insuffisante pour accompagner ces enfants : seul un quart du personnel (éducatif et direction) considère que la formation initiale des professionnels éducatifs leur apporte les compétences nécessaires pour intervenir auprès des enfants ayant des besoins spécifiques. 

Et si la formation continue pourrait venir combler ce manque, on observe de grandes disparités selon les métiers : moins de la moitié des éducatrices (46%) et des assistantes socio-éducatives (31%) ont suivi des formations continues sur les pratiques inclusives ou l’accueil des enfants ayant des besoins spécifiques, tandis que ce taux est de près des trois quarts pour le personnel de direction (72%). 

Des freins à l’accueil et des situations complexes 

L’étude identifie un certain nombre de freins pouvant limiter l’accueil de ces enfants dans leurs singularités. Dans ses réponses, le personnel évoque le manque de personnel, des ressources matérielles et financières insuffisantes, des lacunes en termes de formation et un manque de temps dédié, des groupes d’une taille trop importante et des relations parfois complexes avec les parents. Des besoins trop importants ou trop complexes, un risque de mise en danger pour l’enfant lui-même ou pour les autres ou l’identification d’un bénéfice limité de la vie en collectivité peuvent même rendre l’accueil de ces enfants particulièrement difficile voire impossible. 

Renforcer les équipes avec du personnel supplémentaire   

Pour soutenir leurs besoins, les équipes interrogées évoquent donc quelques pistes pour garantir un accueil optimal des enfants : est cité en premier lieu le renfort des équipes en personnel supplémentaire et spécialisé́, puis la formation continue, des espaces et du matériel adapté aux besoins spécifiques, un soutien et une collaboration avec des spécialistes, des adaptations dans l’organisation, les modalités et temps d’accueil, des ressources financières suffisantes. 

Les directions peuvent en effet avoir recours à des ressources internes ou externes pour renforcer les équipes : des tiers experts qui apportent conseils et soutien aux équipes, et peuvent dans certains cas assurer le suivi d’un enfant. Ou bien lorsque la situation l’exige ou en attendant une solution plus adaptée, du personnel supplémentaire qualifié mais très rarement spécialisé. « Dans environ un tiers des situations impliquant des enfants a besoins spécifiques, les équipes ont bénéficié de ce type de soutien », indique l’étude. Et 80% du personnel de direction et du personnel éducatif ne voient pas d’inconvénient majeur à un renfort des équipes en personnel supplémentaire, même non spécialisé… 

Assurer la transition vers l’école

Dans ces lieux d’accueil préscolaires, la transition vers l’école est une étape importante qui fait l’objet d’une attention particulière. 8 lieux d’accueil sur 10 disent avoir mis en place des actions pour favoriser la transition vers l’école (activités thématiques, collaborations institutionnelles, entretien avec les parents, visites etc.). Selon cette étude, la plupart des enfants ayant des besoins spécifiques et en âge de rentrer à l’école (79%) devrait intégrer une classe ordinaire en école primaire, avec ou sans soutien. Mais 1 sur 5 devrait rejoindre une classe d’enseignement spécialisé. Et les professionnels sont presque unanimes, « une collaboration étroite avec le milieu scolaire, visant à partager et échanger sur les besoins de l’enfant faciliterait cette transition vers l’école », indique l’étude. 

Découvrir le rapport complet 

Lire la synthèse 

L’accueil de la petite enfance dans le canton de Genève en quelques chiffres

4 ans. C’est l’âge auquel on rentre à l’école dans le canton de Genève.

Il y a 20 350 enfants d’âge préscolaire (2024)

On compte près de 9500 enfants accueillis en crèche et 3 100 en jardin d’enfants (2024).

Le nombre de places en crèche a presque doublé en moins de 15 ans tandis que le nombre de jardins d’enfants reste stable. 

Les enfants accueillis en crèche sont en moyenne issus de milieux plus favorisés que ceux en jardin d’enfants, et ceux gardés uniquement par leurs parents sont en partie issus de familles en situation de précarité (2023).

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 17 décembre 2025

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