Capacité d’attention et prudence du jeune enfant : quel est le rôle de l’adulte ?
Par Monique Busquet
Psychomotricienne, formatrice, auteure
Connaissez-vous l’expérience dite de « la falaise visuelle » ? En 1985, des chercheurs (E.J. Gibson et R.D. Walk) ont observé les réactions d’enfants de 10/12 mois, se déplaçant à quatre pattes, devant un plancher transparent simulant une falaise. Dans cette recherche, leur mère leur tend un jouet de l’autre côté. Voyant le vide, les bébés hésitent et s’arrêtent. Ils se montrent prudents face à ce danger qu’ils perçoivent. (D’autres recherches avec des bébés de trois mois ont également mise en évidence leurs réactions de peur au-dessus du vide).
Néanmoins, la plupart avancent si leur mère leur adresse une mimique d’encouragement à venir les rejoindre. Nous voyons ainsi que la majorité des enfants font plus confiance dans le message adressé par leur mère qu’à leurs propres sensations.
C’est pourquoi il paraît important de réfléchir à la façon dont nous accompagnons les enfants pour soutenir et accompagner leur prudence. Etre prudent, c’est se fier en priorité à ses sensations : « j’évalue la situation et mes capacités ». C’est porter attention à ses sensations qui proviennent à la fois de l’environnement et de son propre corps.
Et les bébés sont d’eux-mêmes particulièrement attentifs. Ils observent avec une grande attention leurs environnements. Ils perçoivent les moindres détails, les bruits, les odeurs, les mimiques, les intonations, les moindres changements. Ils enregistrent, comparent et prennent en compte.
Ainsi prudence et capacité d’attention n’ont pas besoin d’être « enseignées », mais d’être respectées et soutenues.
Bien sûr, au quotidien certains enfants semblent moins prudents et moins attentifs que d’autres. Chacun enfant a son tempérament, ses particularités (je pense ici aux Troubles Neuro développementaux) et déjà son histoire.
Néanmoins, il est intéressant d’avoir conscience des nombreux facteurs qui peuvent perturber ces compétences.Ainsi les environnements de l’enfant peuvent créer insécurité, hypervigilance, excitation.
Les enfants sont particulièrement sensibles aux agitations, aux instabilités et imprévisibilités et aux stress ambiants. Ils risquent alors de se décentrer de leurs propres sensations.
Ils sont également sensibles aux attentes de leur entourage et sont alors parfois poussés à l’action pour faire plaisir, malgré leurs propres ressentis.
Certaines paroles, dont l’intention est bienveillante peuvent empêcher l’enfant de rester attentif à ce qu’il perçoit. Par exemple, les encouragements et incitations, comme « vas-y, n’aie pas peur », risquent de perturber sa propre évaluation de ses capacités.
De même d’autres paroles comme « calme-toi, fais attention » sont souvent contre-productives.
Bien évidemment, un manque de possibilités d’explorations motrices, risque de gêner l’enfant dans la connaissance de lui-même et de ses propres capacités.
Au contraire, nous pouvons accompagner ces deux qualités attention et prudence, en veillant à des facteurs favorables : des environnements propices au calme ; des adultes présents psychiquement et qui assurent une suffisante sécurité affective ; des aménagements et obstacles stables qui varient, ayant des difficultés ajustées et hauteurs progressives et qui permettent à l’enfant de faire ses explorations motrices, à son rythme.
Il est toujours passionnant d’observer comment les enfants sont attentifs et concentrés. Ils réfléchissent leurs stratégies d’actions et de mouvements pour atteindre leurs objectifs. Ils essaient, tâtonnent, recommencent autrement. Dès les quatre pattes et la position debout, ils testent leurs équilibres, cherchent leurs appuis puis les lâchent un à un pour grimper et descendre, en calculant leur prise de risque.
Et si l’adulte a trop peur pour l’enfant, il peut prendre le temps de l’observer encore plus et d’admirer « ses stratégies d’action ».
Ces questions et la peur des chutes et bobos est particulièrement cruciale, surtout en accueil individuel. Il parait important bien sûr d’ajuster les environnements favorables, et d’échanger autour de ces notions avec les parents.
Observer, être attentif à son environnement et à soi-même, analyser, puis agir. Coordonner ses sensations et ses actions. Organiser ses mouvements selon ses perceptions : les jeunes enfants le font d’eux-mêmes.
Ces capacités sont tellement utiles et précieuses tout au long de la vie. Prenons en soin dans nos pratiques professionnelles !
Monique Busquet
PUBLIÉ LE 05 octobre 2026