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Ce que veut Pas de bébés à la consigne en 3 points clés
Suppression de l’article 10 du projet de loi sur le plein emploi par les députés, rencontre avec la ministre des Solidarités et des Familles, le 16 octobre prochain, et mobilisation nationale, le 19… On fait le point avec Emilie Philippe du collectif Pas de bébés à la consigne sur les grands sujets de l’actualité.
A propos de la suppression de l’article 10
Surprise, prudence et espoir
Le rejet de l’article 10 du projet de loi plein emploi relatif à la gouvernance du service public de la petite enfance (SPPE), mardi 3 octobre, a provoqué une onde de choc dans le secteur de la petite enfance. Sonnant, en quelque sorte, comme un coup d’arrêt à ce SPPE tant attendu, qui avait fait l’objet d’une longue concertation. Une suppression que nul n’avait imaginée, y compris le collectif Pas de bébés à la consigne, comme le souligne Emilie Philippe : « Etant donné que c’est un projet porté par la ministre des Solidarités et des Familles, on pouvait s’attendre, vu l’actualité et l’urgence de la situation, à ce que ce sujet emporte, pas l’unanimité certes, mais une certaine adhésion. »
Maintenant, face au retoquage de l’article 10, la prudence est de mise pour Pas de bébés à la consigne. « Il faut être prudent car c’est politique ce qui s’est passé et nous ne voulons pas risquer d’être instrumentalisés. C’est un sujet compliqué. Il faut à la fois que les choses avancent, qu’elles s’inscrivent dans la loi et, en même temps, il faut aussi qu’elles aient du sens. (…) De la prudence aussi pour prendre la mesure des enjeux qu’il y avait derrière les positions de chaque groupe parlementaire », indique Emilie Philippe, qui se veut également optimiste. « De ce qu’on a compris, il y a une possibilité qu’il soit présenté une deuxième fois. Le circuit n’est donc pas terminé. Nous sommes à un point d’étape. Ce n’est pas définitif », note-t-elle.
Comme un rendez-vous manqué de la part du gouvernement et des parlementaires
Dans son communiqué en date du 5 octobre, concernant la suppression de l’article 10 par les députés, le collectif évoque « une double occasion manquée » et semble mettre dos à dos le gouvernement et les parlementaires : « (…) Occasion manquée par le gouvernement de jeter les bases d’un véritable service public de la petite enfance qui aurait garanti à toutes les familles le souhaitant une place dans un mode d’accueil de qualité pour leur enfant. (…) Occasion manquée par les parlementaires d’inscrire dans la loi des dispositions socles pour assurer la qualité des modes d’accueil. »
Bref, pour Pas de bébés à la consigne, le gouvernement n’a pas été assez ambitieux (« les mesures proposées ne permettaient pas de poser des fondations solides pour un service public de la petite enfance », dixit le communiqué, telles que l’universalisme, l’accessibilité, la gratuité et la qualité d’accueil) – d’ailleurs n’aurait-il pas fallu une loi dédiée plutôt qu’une loi sur l’emploi ? interroge-t-il– et les parlementaires auraient pu, pour leur part, proposer des amendements relatifs à la qualité d’accueil dans l’objectif de la renforcer et la préciser.
« Nous ce que nous souhaitons, c’est une politique ambitieuse (…), explique Emilie Philippe. Cela dit, nous ne sommes pas des politiques, mais des professionnels de terrain qui font partie de différentes organisations. Aussi nous restons sur notre ligne, laquelle est de porter des revendications pour améliorer l’accueil des jeunes enfants. Et nous attendons des élus qu’ils aient l’expertise pour savoir comment les mettre en œuvre au mieux. »
A propos de la rencontre du 16 octobre avec Aurore Bergé
Au programme : revendications, explications et précisions
Une délégation du collectif sera reçue par la ministre des Solidarités et des Familles, Aurore Bergé, le 16 octobre prochain. Un entretien que, pour rappel, Jean-Christophe Combe, leur avait toujours refusé (Ndlr : le collectif avait rencontré le 6 octobre 2022 le directeur adjoint du cabinet de Jean-Christophe Combe, chef du pôle petite enfance, mais pas le ministre en personne). Un moment important donc pour Pas de bébés à la consigne. « Nous voulons expliquer à la ministre les attentes du secteur, nos revendications. Et de son côté, nous souhaitons qu’elle puisse nous donner des objectifs concrets, un calendrier (…) », détaille Emilie Philippe.
Mais aussi un point sur les annonces faites dans les médias
Ce rendez-vous sera bien évidemment l’occasion pour le collectif de revenir sur les annonces faites dernièrement par Aurore Bergé dans les médias. « L’objectif de l’échange sera aussi d’entendre les idées qu’elle peut porter », indique Emilie Philippe. Il pourrait donc être notamment question de la semaine de 4 jours en crèche, une piste évoquée par la ministre le 22 décembre dernier sur Franceinfo : « Il faut réfléchir à de nouvelles organisations du temps de travail. La semaine de quatre jours, par exemple, sur ce type de métiers, aurait évidemment du sens parce que vous êtes sur des métiers où vous ne pouvez pas télétravailler. (…) Il faut essayer d’être innovant parce qu’on a besoin d’attirer des professionnelles et les attirer c’est faire en sorte qu’elles soient dans les meilleures conditions de travail possibles (…) ».
A ce sujet, Emilie Philippe dit : « Nous avons commencé à échanger entre nous et les avis sont très mitigés. Il y a des expérimentations en cours, par exemple à la Ville de Paris. Les retours ne sont pas si formidables que ça parce que cela allonge les journées de travail, que pour les mères de famille, cela peut générer des temps et des frais d’accueil ou de garde pour leurs propres enfants plus importants, que le remaniement des plannings en cas d’absence peut être plus complexe. Donc là-dessus nous n’avons pas d’avis tranché. A la fois tendre vers une diminution du temps de travail est une revendication avec laquelle on est plutôt d’accord, mais après, sous quelle forme ? Sur ce sujet-là, on ne sait pas si c’est au Collectif de se positionner. »
Outre la semaine de 4 jours, le collectif voudra discuter du taux d’encadrement d’un adulte pour 5 enfants. Emilie Philippe précise sur ce point : « Aurore Bergé a d’ailleurs évoqué, lors des échanges parlementaires, concernant l’accueil d’enfants en situation de handicap, la possibilité d’un adulte pour 4. » Et également de la revalorisation des salaires. « La ministre parle beaucoup des 200 millions d’euros provisionnés chaque année, mais c’est un peu flou. Par exemple, pour la fonction publique qui reste le premier employeur, les revalorisations sont renvoyées au régime indemnitaire, mais c’est au bon vouloir des collectivités. Il y a des choses à réfléchir à ce niveau-là », estime Emilie Philippe. Sans oublier, ajoute-t-elle, « les contrôles (ndlr : sujet de l’article 10 bis voté par l’assemblée), les moyens qui seront donnés pour ces contrôles et comment on contrôle un secteur qui ne va pas bien. Il faut des contrôles, mais ce que l’on demande surtout et avant tout, c’est une amélioration des conditions d’accueil des enfants et de travail pour les professionnels. »
A propos de la grève du 19 octobre
Dans la rue pour remettre l’enfant au cœur des discussions
Contrairement à celle du 6 juin dernier sur la réforme des retraites, organisée par l’intersyndicale, celle du 19 octobre sera 100% petite enfance avec pour leitmotiv la qualité de l’accueil. « La première chose, c’est remettre l’enfant au centre des discussions. C’est vrai que depuis quelques années, avec la crise sanitaire et le Ségur de la santé derrière, il y a eu une volonté légitime de la part d’un certain nombre de professionnels de la petite enfance d’être reconnus et d’avoir des augmentations. Donc les revalorisations salariales sont venues se rajouter. Mais vraiment notre objectif, c’est de mettre en avant la qualité d’accueil pour les enfants et, bien sûr, les conditions de travail des professionnels », précise Emilie Philippe.
Des premiers retours qui augurent d’une mobilisation suivie
La mobilisation du 6 octobre 2022 avait été un succès, plus de 70 villes s’étaient mobilisées ; celle du 6 juin, mitigée. Qu’en sera-t-il de celle du 19 octobre ? « A ce jour, déjà 8 grandes villes ont confirmé un événement, comme Marseille, Lyon, Paris, Rennes… Par rapport aux retours, là à 15 jours de la mobilisation, c’est plutôt encourageant. Nous avons l’impression qu’elle va être suivie. Maintenant, il y a une grève interprofessionnelle le 13 donc c’est difficile de savoir si certains vont faire les deux ou vont devoir faire un choix. En tout cas, nous sentons toujours un engouement de la part des professionnels, la dynamique est toujours là ! » affirme Emilie Philippe.
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 06 octobre 2023
MIS À JOUR LE 15 novembre 2024