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Christel Laché, puéricultrice et RSAI : à l’écoute des équipes, elle ne veut rien leur imposer

La fonction de Référent Santé Accueil inclusif (RSAI) a été instaurée à l’occasion de la réforme des services aux familles dite NORMA. Le RSAI est désormais obligatoire pour toutes les crèches depuis le 1er janvier 2023. A l’époque,  nous avions évoqué cette nouvelle fonction avec Christel Laché, infirmière-puéricultrice et RSAI dans plusieurs crèches et micro-crèches. Aujourd’hui, presque deux ans plus tard, elle fait le point sur la façon dont elle exerce son rôle et dont il est accueilli par les équipes. Voici son témoignage.

 

Le décret n°2021-1131 du 30 août 2021 stipule ainsi qu’un Référent Santé et Accueil inclusif (RSAI) intervient dans chaque établissement et service d’accueil non permanent d’enfants. Ces missions au nombre de 9 ou 10 selon la qualification du RSAI sont nombreuses au vu du nombre d’heures allouées, ce nombre dépendant de la taille de la structure. Même s’il s’agit de recommandations, il est rare que les gestionnaires sollicitent le RSAI au-delà de l’obligation annuelle, budget oblige.

Un accompagnement sur mesure

Maintenant Référente Santé et Accueil Inclusif de 15 structures dont 1 de 40 places, j’affine ma posture et mon positionnement professionnels à travers mes différentes expériences et demandes des établissements. Si dans un premier temps, les équipes se demandent bien ce que je vais faire et comment je vais occuper tout ce temps de travail (10h par an pour la plupart ), elles hésitent de moins en moins au bout d’un an à faire appel à moi.
Et oui, il faut bien un an pour prendre la mesure d’un projet d’accueil, d’une équipe afin d’observer, d’échanger, d’analyser et de réfléchir à l’accompagnement proposé aux équipes et aux familles. Le décret est complet dans les missions mais fait référence à des mots comme « Informer, sensibiliser et conseiller, présenter et expliquer, apporter son concours, veiller à la mise en place ». Il ne s’agit donc en aucun cas d’imposer et d’obliger. Il est donc nécessaire pour le RSAI de connaître les professionnels composant l’équipe et le projet afin d’avoir une communication efficace pour accompagner cette équipe en particulier. Un copier-coller au sein des 15 structures que j’accompagne est impossible et je m’y refuse !

Un positionnement très professionnel

Riche d’une certaine expérience hospitalière et extrahospitalière, je propose un positionnement professionnel solide. Je ne suis pas partisane des « réunionites aiguës » et je considère que mon travail est au cœur de l’accueil quotidien de l’enfant. N’oublions pas que les infirmières-puéricultrices sont avant tout spécialisées dans les soins et l’accompagnement apportés aux nouveaux nés, aux enfants et à leurs parents. Concrètement, ils évaluent le développement physique et psychologique de l’enfant, ainsi que son état de santé. Ils posent un diagnostic social, éducatif et sanitaire et accomplissent les actions conduisant à l’autonomie de l’enfant et de sa famille.

Mon rôle est alors d’échanger avec l’équipe et d’observer les enfants afin d’accompagner la réflexion et l’élaboration du projet d’accueil spécifique si nécessaire pour un ou des enfants, mais également pour permettre aux professionnels de se questionner sur leurs pratiques professionnelles.

Réflexion et dialogue avec les équipes

L’observation proposée en amont permet un travail en équipe pluridisciplinaire et une réflexion des pratiques. Ils facilitent la mise en place, l’évaluation et l’adaptation des outils pour une meilleure inclusion de tous les enfants, quelle que soit leur situation. Cet aspect de mon travail a été difficile à faire comprendre pour les équipes qui pouvaient malgré ma prévenance et, je l’espère, bienveillance se sentir évaluées et jugées dans leur travail lors de mes observations. Beaucoup d’équipes ne comptaient sur moi que pour les réunions d’équipe afin d’échanger uniquement sur les protocoles, les gestes de soins, les PAI et les besoins de l’enfant (alimentaire, sommeil, être propre). Peu avaient conscience de mon vrai rôle auprès de l’enfant.

Un rôle auprès des famille

Un des nombreux rôles du RSAI est d’accompagner les parents dans l’exercice de leurs fonctions parentales en les aidant à réaliser des activités de soins, de prévention et d’éducation. Cet aspect du travail est largement oublié par les équipes. Je rencontre peu de familles, voire pas du tout ! Mais il est vrai que les équipes doivent faire des choix : 10h pour tout faire c’est impossible. Alors bien souvent, j’informe, conseille et réfléchit avec les équipes à un accompagnement, et elles rencontrent les parents. Les échanges possibles avec les familles et le corps médical (le RSAI pouvant être un coordinateur entre la crèche et les intervenants extérieurs) permettent également d’adapter les propositions ou d’élaborer les PAI.
Je peux également proposer des rencontres à thème à destination des professionnels et des familles, à partir des observations menées, des échanges avec l’équipe ou des besoins des familles.

10h par an, c’est peu !

Clairement, si je devais distribuer mon temps de travail pour 10h annuelles :
– 2h de présentation des protocoles et révision de PAI
– 2h de promotion à la santé souvent uniquement pour les professionnels, peu invitent les familles.
– 5h d’observation et d’échanges avec les équipes
– 1h d’élaboration des PAI incluant la rédaction du PAI et l’appel au médecin et/ou à la famille

Ces 10h n’incluent ni la préparation des temps, ni le compte rendu des temps d’observation et d’échanges, ni le temps de trajet.
Soyons clairs, intervenir 10h par an dans un établissement c’est travailler une moyenne de 15h en fonction des besoins et demandes.

Mon rôle propre est au cœur de l’accueil de l’enfant afin d’observer, d’échanger, d’informer, de sensibiliser, de prévenir, de conseiller et d’accompagner professionnels et parents dans leur fonction. Si j’avais quelque chose a changer, je redéfinirais les missions en corrélation avec le temps alloué et proposerais des interventions tous les 2 mois pour permettre un meilleur suivi (actuellement tous les trimestres).

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Christel Laché

PUBLIÉ LE 21 octobre 2024

MIS À JOUR LE 06 novembre 2024

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