Claire Cognet, assistante sociale : « J’avais envie de créer une structure avec mes propres valeurs humaines et managériales »
Début 2025, Claire Cognet a ouvert une microcrèche en milieu rural dans la Sarthe. Après 17 années passées dans le secteur médico-social en tant qu’assistante sociale et cadre auprès d’enfants en situation de handicap et de leurs familles, elle veut s’inscrire aujourd’hui dans la prévention.
Claire Cognet est gestionnaire et responsable de la microcrèche Pas à pas, qu’elle a créée en 2025 à Torcé-en-Vallée, un petit village de la campagne sarthoise près du Mans. Un projet qui lui a demandé une certaine ténacité et une véritable introspection, pour construire son projet professionnel. Car Claire vient de loin : de formation assistante sociale, elle a exercé longtemps exercé dans un Institut d’Éducation Motrice (IEM), un établissement médico-social qui propose la prise en charge d’enfants et adolescents sujets à des handicaps moteurs et troubles associés, afin de les accompagner dans leur intégration familiale, sociale et professionnelle.
Une fine connaissance du développement de l’enfant
Dans ses différentes fonctions, elle accompagne alors les familles et coordonne le parcours de ces enfants en situation de handicap ou polyhandicap jusqu’à l’âge adulte. « C’était beaucoup de soutien à la parentalité, et de nombreuses missions liées à la protection de l’enfance puisqu’on est dans le champ de handicap avec parfois des doubles vulnérabilités », explique-t-elle.
Un métier particulièrement riche dans la connaissance de l’enfant et de son développement puisqu’à l’institut, Claire Cognet est entourée de kinésithérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes spécialisés dans la neuropsychologie, avec des approches très centrées sur la rééducation, appuyées par des bilans. « Nous étions très soucieux de l’évolution des enfants, de mettre en parallèle le développement psycho-affectif et moteur de l’enfant et nos enfants aux besoins spécifiques. Ça nous permettait de creuser de manière subtile là où en était l’enfant et de fixer des objectifs ajustés à leur évolution », précise-t-elle.
Des familles très tôt en rupture d’accompagnement social
De cette longue expérience, Claire Cognet a été marquée par l’accompagnement assez lourd de ces familles (et des fratries) dans la compréhension de leur enfant. « Il y a souvent beaucoup de deuils à travailler, à commencer par celui de l’enfant idéal », ajoute-t-elle. Elle rencontre des familles en rupture d’accompagnement social, souvent des familles monoparentales, des mères isolées qui ont dû abandonner leur emploi, ont des difficultés à confier leur enfant à un tiers parceque le handicap fait peur et que leurs besoins sont parfois importants. Et quand les familles arrivent à la porte des établissements spécialisés, la situation est parfois déjà très dégradée… « J’ai été frappée de voir que la rupture de l’enfant en situation de handicap arrive très tôt, dès la petite enfance », reconnait Claire Cognet.
Un lieu d’accueil à sa manière
Alors après 17 années de pratique, devenue cadre puis directrice de l’établissement, Claire Cognet ressent le besoin de changer, convaincue d’avoir fait le tour de sa mission médico-sociale. « J’ai eu envie d’aborder les choses différemment, d’être davantage dans la prévention pour ces familles et enfants à besoins spécifiques, pour leur permettre aux d’avoir une expérience sociale et d’être moins isolés. J’avais aussi envie de créer une structure avec mes propres valeurs humaines et managériales, et une plus grande liberté pour que les enfants comme les professionnels puisse s’y épanouir ».
Car ce dont parle moins Claire, ce sont des moyens matériels et humains toujours plus réduits, des priorités budgétaires imposées, des professionnels dont on attend toujours plus, avec peu de reconnaissance et qui se questionnent sur le sens de leur métier…
Alors lorsqu’elle prend la décision de partir, elle veut créer un nouveau lieu à elle. Un accueil de jour ? Ce serait passionnant mais les financements très complexes à obtenir et l’activité trop cadrée l’en dissuadent. Ses recherches, ses lectures sur Les Pros de la Petite Enfance, ses entretiens avec France Travail, l’amènent au projet d’une structure petite enfance. Elle en a les compétences et l’accueil du jeune enfant et de sa famille l’intéresse.
Une crèche à vocation inclusive
Forte de son expérience d’encadrement et de direction en IEM, rompue à l’exercice, Claire Cognet choisit un projet d’établissement engagé. Ce sera une microcrèche à vocation inclusive, pour poursuivre sa mission auprès des familles d’enfants en situation de handicap, et les soutenir dès les premières années de la petite enfance. Claire choisit de s’implanter en milieu rural à Torcé-en-Vallée où les besoins sont présents. « Sur le territoire, tous les services de qualité sont concentrés sur la métropole du Mans, explique-t-elle. J’avais aussi envie de casser l’image de la microcrèche citadine et réservée à une certaine classe sociale pour un lieu d’accueil de qualité accessible à tous ».
Dès lors elle prévoit de recruter d’emblée une équipe mixte de diplômés de la petite enfance et du champ du handicap – éducateur spécialisé, moniteur-éducateur ou AES – convaincue qu’en travaillant ensemble, ces professionnels du secteur du handicap et de la petite enfance s’enrichiront mutuellement de leurs compétences spécifiques.
Un parcours du combattant
Du côté des financements, c’est le parcours du combattant. « Il faut vraiment en vouloir ! Monter ce projet m’a demandé une sacrée persévérance. J’avais pourtant un projet d’utilité publique, sur un territoire qui manque de modes d’accueils. Mais je n’ai pas été accueillie à bras ouverts par les institutions », regrette-t-elle. Seul le Réseau Initiative Sarthe pour la création d’entreprise, sa banque et ses proches lui seront d’un grand soutien.
Changer de projet mais garder le cap
Mais à l’ouverture tout ne se passe pas comme prévu. La professionnelle pressentie pour assurer la fonction de référente technique, qui avait une solide expérience dans le domaine du handicap et de la coordination technique, se désiste à cause d’un problème de santé. Claire Cognet doit donc renoncer – du moins pour l’instant – à un projet d’accueil pleinement inclusif s’appuyant finalement sur une équipe de professionnelles de la petite enfance et un projet d’établissement plus classique. Déception. « J’ai bien failli baisser les bras, reconnait-elle. Je me suis beaucoup questionnée. Mais les fait que les enfants soient dans la structure, que les familles comptent sur moi en tant que service m’a redonné du peps ! ».
Elle endosse alors elle-même le rôle de référente technique, à mi-temps auprès des enfants et à mi-temps gestionnaire de la structure. Un équilibre qu’elle apprécie aujourd’hui, pour la grande liberté qu’elle trouve dans ses missions : « Je prends plaisir à être auprès des enfants au quotidien, à être attentive aux enjeux de l’accompagnement en fonction de chaque âge. Puis ma charge administrative me permet de prendre du recul sur ma pratique, de réfléchir à la stratégie que je veux adopter pour savoir où je veux aller ».
Une attention particulière aux familles
Son atout, c’est son attention et sa présence aux familles accueillies. Quand elle évoque son parcours atypique, les parents sont rassurés et en confiance. « Nous veillons à être à l’écoute de leurs problématiques et de leurs besoins avec une grande souplesse pour ajuster notre fonctionnement », explique-t-elle. Pour ce qui est des frais également, Claire Cognet a à cœur que les familles ne se mettent pas en difficulté pour les questions d’argent. « Dans ma gestion, j’essaie de trouver, quand c’est nécessaire, des stratégies pour que des familles puissent continuer à mettre leur enfant chez nous tout en trouvant l’équilibre budgétaire pour elles… ». Avec ces parents au parcours (presque) sans embuches, tout semble presque « facile »… Mais Claire Cognet garde au cœur son projet initial, parions qu’elle y reviendra !
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 12 février 2026