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Comment faire pour que le cadre posé en équipe ne reste pas lettre morte ?

Par Marie Defrance

EJE, formatrice, experte en management

« Je m’appelle Sandrine et je dirige un multi-accueil de 40 places depuis trois ans. Notre projet d’établissement a été réécrit l’an dernier avec l’équipe, nous avons fixé ensemble des repères clairs sur l’accueil du matin, les repas ou les transmissions aux familles. Pourtant, quand je passe dans les sections, je constate que chacune continue un peu à faire à sa manière. J’ai l’impression de répéter sans cesse les mêmes choses, sans que cela change réellement les pratiques. Comment faire pour que le cadre ne reste pas seulement sur le papier ? »

La réponse de Marie Defrance

Sandrine, vous avez fait un travail important : le cadre existe, il a été pensé et même co-construit. Certes un écart persiste, mais ce n’est pas le signe que votre équipe refuse le cadre. C’est plutôt le signe qu’il n’a peut-être pas encore été traduit en pratiques et postures professionnelles concrètes. Vous le savez, un projet d’établissement énonce le plus souvent des intentions. Écrire que « l’accueil du matin se fait dans la disponibilité et la bienveillance » est juste, mais chaque professionnelle va l’interpréter à partir de son histoire, de ses habitudes, de sa propre définition de la disponibilité.

Le risque d’interpréter le cadre

Pour l’une, cela signifiera s’accroupir à hauteur de l’enfant et prendre le temps d’échanger avec le parent. Pour une autre, ce sera accueillir chaleureusement tout en terminant de ranger la salle. Les deux pensent sincèrement respecter le cadre. Tant qu’une valeur n’est pas rendue observable, elle reste ouverte à l’interprétation. Et un cadre interprété produit inévitablement des écarts de pratiques, des incompréhensions et, pour vous, cette fatigue de devoir sans cesse rappeler ce qui semblait pourtant acquis.

Expliciter le cadre, c’est donc accompagner l’équipe dans un travail de traduction : passer du « pourquoi » au « comment », puis du « comment » au « au quotidien ». Cela suppose de se poser ensemble des questions très simples mais exigeantes. À quoi ressemble concrètement un accueil disponible ? Qu’est-ce qui relève d’un invariant non négociable, et qu’est-ce qui peut être ajusté selon la personnalité de chacune ?

Ce travail ne se fait pas uniquement en réunion. Une pratique professionnelle s’apprend en étant vue, essayée, reprise et ajustée. C’est pourquoi votre présence sur le terrain est précieuse. Observer un temps de repas, puis en reparler avec la professionnelle à partir de faits précis, montrer vous-même un geste, valoriser explicitement ce qui correspond aux attendus : c’est ainsi que le cadre passe progressivement du document à l’incarnation.

Une transformation prend du temps

Il est important d’accepter que cette transformation prend du temps. Une équipe ne modifie pas ses automatismes en quelques semaines, surtout lorsque ces automatismes sont anciens et liés à ce que chacune pense être une « bonne professionnelle ». Votre rôle n’est donc pas de répéter le cadre jusqu’à ce qu’il soit enfin appliqué. Il est de créer les conditions pour que l’équipe se l’approprie, jusqu’à ce qu’il ne repose plus uniquement sur votre parole mais sur des repères partagés qui sécurisent les professionnelles autant qu’ils protègent les enfants.

Aujourd’hui, diriger une structure, c’est jongler entre gestion d’équipe, contraintes administratives, relation avec les familles… et qualité d’accueil.
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Vous êtes directrice de crèche ?
Vous vous reconnaissez dans ces questionnements ? Posez vos questions à Marie Defrance, notre experte management : contact@lesprosdelapetiteenfance.com

Elle vous répondra dans un prochain article pour vous aider à prendre du recul et avancer plus sereinement.

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Marie Defrance

PUBLIÉ LE 06 octobre 2026

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