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Comment fêter Mardi gras avec les tout-petits

Se déguiser, se maquiller, décorer des masques, fabriquer des maracas, danser et défiler, a priori, ce n’est que de la joie. Avant de faire la fête en rassemblant petits et grands autour du plaisir de changer d’apparence et d’en rire, il est encore temps de se poser les bonnes questions et d’en tirer les conséquences : pendant la petite enfance, on peut fêter le Mardi gras et le carnaval, mais avec modération, et en étant très attentif aux réactions des moins de deux ans. Les explications de la psychopédagogue Fabienne-Agnès Levine.

À l’origine, ces moments de fête n’ont pas du tout été pensés pour les enfants, mais pour renverser les rôles sociaux des adultes, le temps d’un travestissement et d’un défilé. À présent, ils font partie des évènements festifs qui ponctuent la fin de l’hiver avec toutes sortes de distractions destinées aux enfants. Que l’on garde ou pas l’expression de Mardi gras, il s’agit de se déguiser, décorer des masques et défiler en faisant du bruit, ou de la musique. Sa date est fluctuante (cette année, le 4 mars) car, dans la tradition chrétienne, elle est calculée six dimanches avant Pâques. L’ensemble des festivités se déroulent durant les mois de février et mars. Elles sont accompagnées de beignets, de crêpes et d’autres produits sucrés, selon les spécialités locales.

Un bébé ne « se » déguise pas

On n’a jamais vu un bébé qui manifeste de la satisfaction à être affublé d’un costume, aussi plaisant à la vue soit-il. Chez l’assistante maternelle ou à la crèche, si les parents amènent leur enfant de moins d’un an habillé en lion, en clown ou en coccinelle, c’est donc un message entre adultes, du type « Regardez comme il est mignon, comme elle est mignonne, dans son costume. ». Du moment que c’est confortable pour lui et qu’il n’est pas mitraillé de photos plus que d’habitude, le bébé n’est pas trop dérangé par ce qui amuse les grands. Avant d’avoir l’intention de transformer son aspect physique, faut-il encore qu’il ait conscience de soi et d’autrui, ce qui n’est pas le cas la première année. Après six mois, la notion de transformation commence avec les jeux de caché-coucou. Avoir le visage caché derrière un tissu jusqu’à ce qu’il soit baissé ou retiré, ou bien voir le visage de l’adulte qui disparaît et réapparaît derrière ce même tissu est déjà toute une aventure et un jeu de travestissement équivalent d’un changement de costume pour les plus grands.

« Être » déguisé, un plaisir à vérifier

Tant que l’enfant ne se reconnaît pas en tant que personne avec ses propres caractéristiques physiques, il n’a pas de raison à chercher à jouer avec son apparence. Il n’a pas de lui-même l’envie de ressembler à un autre, que ce soit à un de ses héros ou même à un animal. Le fait de reconnaître son visage dans le miroir est une étape décisive dans la conscience de soi. L’expérience bien connue de la tâche sur la joue permet de repérer à quel moment l’enfant réalise qu’il est face à lui-même. Placés devant le miroir, avec une tâche discrètement déposée sur leur visage, la plupart des enfants mettent sans hésitation leur main vers eux plutôt que vers le miroir à environ vingt mois. C’est à partir de ce moment-là que « se » déguiser, au sens pronominal, c’est-à-dire de lui-même enfiler des vêtements, des chaussures ou des chapeaux, est envisageable. Être déguisé par l’adulte passivement avec un costume fait maison ou du commerce a un intérêt modéré. Tout dépend de la réaction de chaque enfant : les uns y prennent du plaisir et partagent un moment de complicité, les autres sont gênés par ces changements successifs de vêtements et le font savoir. À nous d’y être attentifs, jour de fête ou pas.

« Se » déguiser, c’est être acteur, actrice de sa transformation

Jusqu’à dix-huit à vingt-quatre mois, ce qui est un moment de gaieté pour les adultes peut au contraire être une source d’inquiétude : par exemple, être accueilli par une de ses figures d’attachement elle-même déguisée, sans la reconnaître immédiatement. Tant que l’enfant n’est pas à l’initiative de la transformation, il ne comprend pas la notion de déguisement, et encore moins de fête de carnaval. L’étape suivante, après les premiers costumes acceptés par l’enfant, mais décidés par l’adulte, commence lorsque l’enfant s’intéresse à l’effet qu’il produit sur les autres selon qu’il est vêtu d’une manière ou d’une autre. C’est seulement au cours de la troisième année qu’il prend plaisir à fouiller dans une malle à vêtements, à choisir le sien parmi les costumes accrochés sur des cintres ou à des patères. Il peut alors se réjouir de devenir « autre », le temps de jouer et de se regarder dans le miroir. Il a fait aussi des progrès d’habileté manuelle, qui lui permettent de manipuler des accessoires, en lien avec son déguisement.

Fêter Mardi gras avec des idées simples et respectueuses

La musique, la danse, les défilés et les goûters rassemblant beaucoup d’enfants et d’adultes dans la même pièce nécessitent des précautions. Il s’agit de se demander, pour chaque nouvelle initiative : « Comment l’enfant va percevoir cette proposition ? », « À quoi être attentif selon l’âge ? » « Comment rendre l’enfant actif plutôt que passif ? ».
Tenir compte des besoins du jeune enfant ce jour de fête, c’est donc renoncer à des déguisements spectaculaires dont le but est de mettre en valeur les adultes et les structures d’accueil. Voici quelques idées adaptées à chaque âge, à ajuster selon la connaissance et l’observation de chaque enfant.
– Dès 8 mois, une corbeille remplie de tissus colorés.
– Dès 12 mois, une deuxième corbeille remplie de chaussettes bariolées.
– Dès 18 mois, une troisième corbeille avec des chapeaux en carton ou en tissu faciles à mettre et à enlever.
– Dès 2 ans, des chaussures grande taille, des masques avec une tige à tenir à la main (plutôt que des masques « loups » avec un élastique derrière les oreilles), des vêtements d’adultes faciles à enfiler et à enlever.
– Dès 2 ans et demi, des costumes de personnages, de héros, d’animaux faciles à identifier (costumes maison ou du commerce).
– Dès 2 ans et demi, des masques, des ceintures et des couronnes en carton à colorier.
– Dès 2 ans et demi, des maracas et d’autres objets musicaux à fabriquer et/ou décorer.
– Plus ou moins avant 3 ans, maquillage avec ou sans modèle à faire choisir.
– Plus ou moins avant 3 ans, participation non obligatoire à un défilé, à condition d’avoir le visage découvert et un déguisement facile à porter.
– Dès 4 ans, costumes de plus en plus complets et participation active aux défilés.

PUBLIÉ LE 03 mars 2025

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