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Quand le jeu facilite la séparation enfant-parent

La séparation entre un jeune enfant et son parent est un moment sensible, souvent chargé d’émotions. Elle peut être difficile à vivre pour l’enfant, mais aussi pour le parent. Le matin, il faut se quitter alors que l’enfant aurait préféré rester dans les bras de son parent. Le soir, il faut quitter un lieu dans lequel il s’est senti bien, des jeux, des adultes, des enfants avec lesquels il a passé sa journée. Dans les deux cas, la séparation est un passage, et comme tout passage, elle mérite d’être accompagnée. Anne-Sophie Casal, psychologue, responsable pédagogique de FM2J, Centre national de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet explique ici comme le jeu et les jouets peuvent constituer des aides à la séparation inattendues, mais efficaces.

Le jeu, un médiateur émotionnel et un outil cognitif

Le jeu est un outil précieux pour le jeune enfant. Il permet d’exprimer, de comprendre, de répéter, de symboliser. Dans les moments de séparation, il peut devenir un outil de transition, un repère stable, un rituel rassurant. Il aide l’enfant à vivre l’instant présent, à se sentir en sécurité, à garder un lien symbolique avec ce (ou ceux) qu’il quitte.
Ce besoin de repères s’inscrit dans une étape clé du développement cognitif de l’enfant qaund il commence à comprendre que les personnes et les objets continuent d’exister même lorsqu’il ne les voit plus ou ne les entend plus. Cette compétence, appelée permanence de l’objet, marque une avancée majeure dans la pensée de l’enfant. Les recherches récentes montrent que cette capacité émerge plus tôt que ce que l’on pensait au siècle dernier, mais sa construction reste progressive. L’enfant a besoin de temps, d’expériences répétées et de repères stables pour mobiliser cette compétence dans les situations de séparation. C’est pourquoi le jeu, en tant que support symbolique et rituel, peut l’aider à traverser ces moments, à donner du sens à l’absence, et à réguler les émotions qui l’accompagnent. Aussi, le jeu participe à la consolidation de cette compétence cognitive qu’est la permanence de l’objet et qui permet à l’enfant de créer des images mentales, d’entrer dans le langage, le jeu symbolique… mais qui s’accompagne aussi d’une nouvelle conscience : celle de l’absence.

Des séparations multiples… à hauteur d’enfant et de parent

La séparation ne se joue pas uniquement le matin ou le soir. Elle se rejoue aussi à d’autres moments-clés : lorsqu’on laisse l’enfant dans le dortoir, lorsqu’un professionnel quitte la pièce, lorsqu’un jeu partagé s’interrompt, etc. Ces petites séparations sont autant d’occasions d’accompagner l’enfant avec douceur, en le prévenant, en nommant ce qui va se passer, et en lui proposant des repères stables (comme des propositions de jouets constantes, des espaces de jeu permanents).
Le soir, la séparation peut aussi être déroutante pour l’adulte. Il n’est pas rare de voir un enfant courir vers son parent… puis retourner jouer. Ce comportement est parfois mal vécu : le parent peut y voir un rejet, ou penser que son enfant préfère la crèche ou l’assistante maternelle. En réalité, l’enfant a simplement besoin de temps pour se détacher de ce qu’il était en train de vivre. Son cerveau, encore immature, ne lui permet pas de passer instantanément d’un univers à un autre.
Et si, en retournant vers les jeux, l’enfant essayait aussi de montrer à son parent ce qu’il faisait ? On se plaint souvent que les enfants ne racontent pas leur journée… mais peut-être qu’ils essaient, à leur manière. Encore faut-il que l’adulte puisse se mettre à leur hauteur, dans tous les sens du terme.

Des jouets, des jeux et des repères

Les jouets, les jeux, et l’environnement constituent des éléments précieux pour sécuriser l’enfant, et sa famille.

Les jeux de coucou-caché sont recommandés à cette période et particulièrement au moment des séparations (quand on dépose l’enfant à la crèche ou chez l’assistant maternel, mais aussi quand on quitte une pièce, au moment de la sieste, etc.). Le traditionnel jeu de cacher ses yeux avec ses mains et les enlever en disant coucou, est un classique indémodable, qui offre un moment privilégié entre le parent et son enfant. Mais les jouets ne sont pas en reste. Tous les jouets qui permettent de cacher (même partiellement) puis de retrouver, au rythme du joueur, sont préconisés. On veille à ce que l’enfant puisse manipuler les éléments du jouet, c’est-à-dire qu’il soit adapté en force et en geste.

Ce temps de jeu de transition partagé peut aussi se faire avec le professionnel avant que le parent parte. Il s’agit de passer le relais, en confiance, au professionnel. Le parent peut tendre un jouet au professionnel pour qu’il le propose à l’enfant. Il est important que le parent « valide » la séparation.

Le bisou dans la poche : un geste symbolique qui rassure. Et qui peut devenir un petit rituel, simple à mettre en place, sans besoin de matériel.
 Le relais doudou ou objet transitionnel : un petit objet qui circule entre le parent, l’enfant et le professionnel. Attention toutefois à ce que l’objet fasse réellement la navette entre le lieu de garde et la maison. Il est tentant d’avoir le doudou que l’on laisse sur le lieu de garde et celui de la maison, mais le doudou perd alors de sa fonction transitionnelle. Ce dont l’enfant a besoin, c’est d’emporter avec lui un objet qu’il va tenir dans ces bras en passant le pas de la porte de la maison, un objet qui porte les odeurs de la maison… et qu’il aura la possibilité de retrouver à tout instant.

Un aménagement stable : des espaces de jeu organisés de manière constante, pour que l’enfant retrouve ses repères d’un jour à l’autre.

Des jouets repères : proposer une sélection de jouets identifiables, disponibles et accessibles chaque jour, à chaque moment de la journée notamment au réveil de la sieste ou après une séparation (ce qui n’empêche pas de proposer d’autres supports de jeu de manière ponctuelle)

Les séparations se préparent en amont

La qualité de l’accueil et la manière dont les séparations sont vécues ne dépendent pas uniquement du moment où elles se produisent. Elles se préparent en amont, dès la période de familiarisation. C’est l’occasion d’expliquer au parent pourquoi les mêmes jouets sont proposés aux enfants (ce qui est contrintuitif dans notre société de consommation, cet échange autour du besoin de repères des enfants participe donc à l’accompagnement à la parentalité). Soigner cette étape permet de mettre en confiance l’enfant, mais aussi le parent, en créant un cadre rassurant et prévisible. C’est dans cette continuité que les rituels ludiques, les petites anecdotes partagées, ou les transmissions chaleureuses prennent tout leur sens.

Ces gestes simples, mais porteurs de sens, favorisent la confiance mutuelle entre les familles et les professionnels. Ils permettent à l’enfant de s’appuyer sur des repères stables, et au parent de percevoir l’attention portée à son enfant. Ils valorisent également le rôle des professionnels, en montrant leur engagement dans une relation de qualité, fondée sur la sécurité affective et le respect du rythme de chacun.

Ces éléments contribuent à créer un environnement prévisible et familier, ce qui est essentiel pour le sentiment de sécurité. Ils permettent à l’enfant de s’approprier les lieux, de se sentir attendu, et donc de mieux vivre les séparations. Et lorsque l’enfant est sécurisé, le parent peut lui aussi se sentir en confiance. Les professionnels, de leur côté, peuvent exercer leur mission dans des conditions sereines, valorisantes et respectueuses du rythme de chacun. Une séparation bien accompagnée, c’est une relation de confiance renforcée entre tous les acteurs de l’accueil.

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Anne-Sophie Casal

PUBLIÉ LE 04 août 2025

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Une réponse à “Quand le jeu facilite la séparation enfant-parent”

  1. JACK DROULOUT dit :

    Lire ou relire « Jeu et réalité » de Winnicott, 1975 !!!!
    Cette oeuvre essentielle et son auteur ne sont pas cités.

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