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Commission parentalité, le retour !

On prend les mêmes et on recommence. En essayant, cette fois, de partir d’un bon pied. Après une annonce en fanfare, la commission parentalité s’était scratchée dès sa première réunion. Démissions en série. Puis silence radio. Sarah El Haïry vient donc de la relancer officiellement avec une feuille de route revue et corrigée.

 


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Depuis le 11 décembre, date à laquelle avait lieu la première réunion de la commission parentalité « Pour nos enfants nos adolescents : soutenir la parentalité », il n’avait pas été possible de se procurer la liste des membres de ladite commission. C’était secret défense ! Il faut dire que bien qu’annoncée à grand renfort de com’ par Aurore Bergé, c’était une sorte de commission fantôme… Dont les membres les plus emblématiques et légitimes avaient démissionné avec perte et fracas le jour même de sa réunion constitutive ! Un désastre.

Une composition de la commission qui interroge

Il est parfois des héritages lourds à porter. La composition (voir encadré) enfin connue de la commission parentalité laisse songeur… Mais il était probablement difficile pour la nouvelle ministre en charge du secteur d’en renouveler les membres. Tout juste aurait-elle pu en nommer de nouveaux, plus en phase avec le terrain, car avoir une expérience de terrain en ce domaine fait office d’expertise ! Bref, c’est officiellement une commission d’experts pluridisciplinaire avec une tonalité très « magistrats / économistes » voulue probablement par la précédente ministre et dont la modernité ne semble pas être la première qualité. Les deux co-présidents Hélène Roques, auteure et directrice de l’entreprise Notre Avenir à Tous et le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, ont également été confirmés par la nouvelle ministre.

Et les démissionnaires, qui s’étaient étonnés des déclarations d’Aurore Bergé  très axées « parentalité répressive » – avec cette notion de « parents défaillants» – et avaient souhaité s’en démarquer en démissionnant le jour même, ont été rattrapés par le nouveau cabinet en devenant des « membres associés apportant leur concours par des contributions précises ». Pour mémoire ce sont Claude Martin, directeur émérite de recherche au CNRS, ancien titulaire de la chaire « Social care – Lien social et santé » de l’EHESP ; Agnès Martial, anthropologue et directrice de recherche au CNRS ; Irène Théry, directrice d’études émérite de l’EHESS et essayiste ; Pierre Suesser, médecin, président du Syndicat national des médecins de la protection maternelle et infantile.
Par ailleurs Sylviane Giampino, présidente du HCFEA et du Conseil de l’enfance et de l’adolescence, et Hélène Périvier, présidente du Conseil de la famille, s’étaient – elles aussi – retirées de la commission, invoquant un diplomatique « manque de temps ». Sans doute seront elles, à minima, auditionnées.

Une commission de plus …

Sur les réseaux sociaux – LinkedIn notamment – la relance de la commission annoncée lors d’une interview de la ministre réservée aux abonnés de la Croix, les commentaires sont circonspects : « encore une commission d’experts », « et les acteurs du soutien de la parentalité qui sont sur le terrain, pourquoi sont-ils absents ? », « il y a de nombreuses actions sur le terrain qu’il faut venir découvrir. La théorie oui mais avec l’action c’est mieux. » Sans compter les critiques visant directement l’un ou l’autre des deux co-présidents…
Il est vrai qu’il y a déjà une charte nationale du soutien à la parentalité (publiée au JO en  mars 2022) et qu’il y eût un rapport piloté par le Dr. Anne Raynaud (directrice de l’Institut de la Parentalité) et Charles Ingles (Caf de la Gironde) en janvier 2023, sur le sujet de la parentalité (L’enfant et sa famille au cœur d’un vaste écosystème. Développement d’une base d’habilités des acteurs du soutien à la parentalité) certes décevant mais très vite enterré.) ll ne fit pas l’unanimité et fut vite oublié.  D’où l’enthousiasme modéré face à l’installation de cette commission et un certain scepticisme quant à ses éventuelles propositions « pour mieux accompagner les parents dans l’exercice de leur rôle au regard des évolutions des réalités familiales ».

Le cadre posé par Sarah El Haïry

Le communiqué du ministère explique que Sarah El Haïry souhaite rendre les différents dispositifs existants pour soutenir et accompagner les parents encore peu connus « plus lisibles et visibles ainsi que plus sécurisés d’agissant des compétences des intervenants ». Pour cela, la ministre souhaite donc s’appuyer sur les recommandations de cette commission d’experts. Elle précise d’emblée, comme pour anticiper d’éventuelles critiques et se démarquer de sa prédécesseure : « je suis une femme de consensus et de dialogue. Mon objectif est de recréer de la confiance. Nous avons besoin d’experts pour répondre aux questions que se posent les parents aujourd’hui plus que jamais. La parentalité de 2024 n’est pas la même que celle des années 1960 ».

Des réponses à des questions précises

La ministre donne carte blanche (auditions et déplacements-terrain) à la commission pour que ses travaux puissent répondre à des interrogations qu’elle liste :

– Comment mieux accompagner les parents dans les moments-clé de la vie de leurs enfants, notamment lors de l’adolescence ? Quels sont les dispositifs de soutien qui peuvent être mis en œuvre et comment les structurer ?   
– Quelles politiques publiques efficaces à promouvoir dans une logique « d’aller vers » les familles les plus éloignées des dispositifs publics ?
– Comment mieux garantir l’exercice de la responsabilité parentale par les deux parents, pour les couples séparés ? Quelles évolutions de notre droit pourraient être portées pour garantir un investissement éducatif équilibré ?
– Alors que nos espaces de vie collective sont trop rarement bienveillants pour les familles, quel est le chemin pour reconstruire une vie commune à hauteur d’enfants et de parents ?

Réponses et recommandations attendues pour le mois de décembre avec un point d’étape avant l’été.

Les membres de la commisssion

– David COHEN, docteur en neurosciences, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
– Patrick BEN SOUSSAN, pédopsychiatre et essayiste.
– Alice GRUNENWALD, magistrate et présidente de l’Association des magistrats de la jeunesse.
– Adeline GOUTTENOIRE, professeur de droit privé et sciences criminelles, directrice adjointe du Centre européen de recherches en droit des familles, des assurances, des personnes et de la santé de l’université de Bordeaux.
– Anne DUPUY, première vice-présidente au tribunal judiciaire de Paris, coordonnatrice du service des affaires familiales.
– Carlo BARONE, professeur de sociologie à l’IEP de Paris, Observatoire sociologique du changement.
– Nicolas BOUZOU, économiste et essayiste.
– Margaret JOHNSTON CLARKE, directrice internationale diversité, équité et inclusion du groupe L’Oréal.
– Philippe DUVERGER, président de la FNEPE, professeur des Universités, praticien hospitalier, chef de service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU d’Angers.
– Hervé LEBRAS, démographe, historien et chercheur émérite à l’INED.
– Geneviève DELAISI de PARSEVAL, psychanalyste et chercheuse émérite en sciences humaines, essayiste, spécialiste de bioéthique.
– Karine LAMIRAUD, professeur d’économie, titulaire de la chaire Innovation et Santé à l’ESSEC Business School.
– Marie-Liesse LEFRANC, directrice des ressources humaines de l’Hôpital universitaire Necker-Enfants malades, AP-HP.
– Laurent BAYON, magistrat, ancien conseiller « Valeurs de la République, laïcité, harcèlement et vie scolaire auprès du ministre de l’Éducation nationale ».
 
Membres associés

– Claude Martin, directeur émérite de recherche au CNRS, ancien titulaire de la chaire « Social care – Lien social et santé » de l’EHESP
– Agnès Martial, anthropologue et directrice de recherche au CNRS
– Irène Théry, directrice d’études émérite de l’EHESS et essayiste
– Pierre Suesser, médecin, président du Syndicat national des médecins de la protection maternelle et infantile.

 

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 12 avril 2024

MIS À JOUR LE 12 août 2024

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