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Peggy Alonso, présidente de l’ANPDE : « Nous pensons que les puéricultrices ont toute leur place dans les EAJE »
Alors que les Journées Nationales d’Etudes des Puéricultrices vont se dérouler dans quelques jours à Lille, nous avons rencontré la nouvelle présidente de l’Association nationale des puéricultrices diplômées et étudiantes (ANPDE), Peggy Alonso qui évoque la façon dont elle souhaite exercer cette nouvelle fonction. Une envie de dépoussiérer l’association, de lui « faire prendre des risques », d’être plus à l’écoute du terrain… Elle pointe aussi les enjeux et les évolutions de son métier : pour elle pas de doute, les puéricultrices ont toute leur place dans les lieux d’accueil.
Les Pros de la Petite Enfance : Dès votre élection à la présidence de l’ANPDE dont le bureau a aussi été entièrement renouvelé, vous avez annoncé vouloir tourner la page, aller de l’avant. Clairement vous souhaitez une rupture avec le l’ANPDE d’avant… Pourquoi ?
Peggy Alonso : Il y a, en France, 22 000 infirmières puéricultrices, et seules 10% d’entre elles adhérent à l’ANDPE. Pourquoi ? Une association nationale doit fédérer. J’ai conscience que l’ANPDE doit changer son image, mieux communiquer sur ce qu’elle fait. Et mieux communiquer, pas seulement envers ses adhérents, d’ailleurs. Ce constat établi, il faut se demander ce qui n’allait pas. Et je pense que nous n’avons pas été assez force de proposition, que nous étions timorés. Nous devons nous faire entendre et prendre des risques. Nous devons aller de l’avant, innover et le faire savoir ! Il faut oser s’affirmer. Nous ne devons plus travailler en cloisonné, en silo. Nous échangeons par exemple avec le jeune Syndicat National des Puéricultrices Diplômées d’Etat (SNPDE), avec le Collectif je suis infirmière puéricultrice. Et, nous devons surtout beaucoup nous appuyer sur le terrain.
Les infirmières-puéricultrices exercent dans différents lieux. Les modes d’accueil en sont un. Dans les crèches, la réforme des services aux familles vous donne l’opportunité d’être des Référents santé et accueil inclusif (RSAI). Cela vous satisfait-il ?
Nous sommes très satisfaites de pouvoir exercer cette nouvelle fonction, conforme à nos compétences, au sein des EAJE. C’est une forme de reconnaissance. Nous regrettons seulement que les temps impartis au RSAI soient insuffisants au regard des missions. Car l’accompagnement à la parentalité et à la santé doivent concerner l’ensemble des enfants. Le RSAI n’est pas là seulement pour les enfants en situation de handicap ou souffrant d’une maladie chronique.
Par ailleurs, en dehors de cette fonction de RSAI, nous pensons que les puéricultrices ont toute leur place dans les EAJE.
Vous craignez que les puéricultrices ne soient plus que des RSAI et soient petit à petit écartées des postes de direction et direction adjointe qu’elles occupent traditionnellement dans les EAJE. Il est vrai que l’on reproche encore aux crèches d’être trop dans le sanitaire et pas assez dans l’éveil… C’est un des constats de la mission IGAS sur la qualité d’accueil en crèche.
Je tiens à préciser que sur ce souhait de promouvoir la place des puéricultrices dans les lieux d’accueil n’est pas corporatiste. Nous sommes là pour défendre la prise en charge de l’enfant, et pour bien l’accompagner ainsi que sa famille. Le rôle phare de la puéricultrice, c’est d’évaluer la santé de l’enfant. De la santé telle que définie par l’OMS c’est à dire au sens large, pas au sens d’absence de maladies ou de sa seule composante physique. Nous sommes formées pour cela et aussi pour accompagner la parentalité.
En fait, nous avons de multiples compétences très complémentaires des autres professionnels exerçant en mode d’accueil. Oui je pense que s’il y avait assez de puéricultrices, ce serait justifié qu’il y en ait dans chaque crèche au vu de leurs connaissances dans trois domaines : le médical, le social et la psychologie. D’ailleurs c’est parce que nous n’étions pas assez nombreuses, que les postes que nous occupions en crèches ont été ouverts à d’autres professions.
Au sein des PMI, les puéricultrices ont des missions de contrôle dans les lieux d’accueil, crèches et assistantes maternelles. Des missions qui prennent le pas sur l’accompagnement. On leur reproche parfois des interventions vécues comme des tocades ou faits du prince, ce qui est très insécurisant. Évidemment toutes les PMI et toutes les puéricultrices n’ont pas les mêmes pratiques… Que répondez-vous à cela ?
C’est vrai qu’il y a une très grande hétérogénéité de pratiques entre les PMI. Mais, par exemple en Seine-Saint-Denis où j’exerce, nous avons travaillé sur des référentiels d’agrément avec des comptes-rendus de visites harmonisés.
Je déplore que les équipes de PMI soient positionnées à la fois sur le contrôle et l’accompagnement. Il faudrait pouvoir dissocier les équipes comme c’est le cas en Protection de l’enfance, sinon c’est effectivement très compliqué. Certains départements le font. Moi, je fais partie de l’équipe accompagnement par exemple, je forme les assistantes maternelles sur certains thèmes comme l’alimentation ou le développement psychomoteur mais je ne les contrôle pas. L’idéal serait d’avoir des référentiels nationaux pour l’évaluation des assistantes maternelles, et parallèlement d’avoir un référentiel national autour des bonnes pratiques.
La réforme des services aux familles va dans le bon sens. Elle devrait permettre enfin d’atteindre une harmonisation de nos pratiques même s’il y a encore certaines résistances, j’en conviens.
Un de vos chantiers comme présidente de l’ANPDE sera la réingénierie du diplôme d’infirmière puéricultrice qui tarde à se finaliser. Les premières réflexions ont commencé en 2007, se sont poursuivies en 2011, ont repris en 2018. Puis, plus rien. Où en est-on aujourd’hui ?
Nous, nous sommes prêts. Le fait est, c’est vrai, que d’autres professions sont passées avant nous ! Mais aujourd’hui il n’y a plus le choix. La réingénierie du métier d’infirmier est en cours avec une refonte du diplôme. Il est question de réintroduire de la pédiatrie dans le métier socle. Cela ne nous gêne pas. Nous, nous visons un diplôme de niveau master avec une compétence en pratique avancée et nous souhaitons dès la première année de spécialisation une formation en pédiatrie. Nous souhaitons pouvoir prescrire parce que, par exemple, si nous diagnostiquons des difficultés de langage chez un enfant, nous devons pouvoir lui prescrire un bilan orthophonique.
Par ailleurs, j’ai entendu, lors des annonces sur le service public de la petite enfance, la Première ministre noter que nos formations ne nous préparaient pas au management. C’est vrai et cette réingénierie pourrait aussi être l’occasion de prévoir des modules autour des compétences managériales.
Nous avons bon espoir que les travaux autour de la refonte de notre diplôme reprennent vite, car il semble que le ministre de la Santé et de la Prévention ait évoqué une première rentrée avec le nouveau diplôme pour septembre 2024. Si cela devait se confirmer, ce serait une excellente nouvelle !
Propos recueillis par Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 09 juin 2023
MIS À JOUR LE 20 juin 2023