Dans cette microcrèche, les tout-petits accueillent les personnes âgées dans leur univers
Chaque mois à Besançon, les enfants de la microcrèche Les P’tits Babos et les résidents de Domitys se retrouvent à tour de rôle à la résidence et à la crèche pour partager des moments de chant, de danse, de cuisine ou de lecture. Né d’une envie de créer du lien entre les générations, ce projet intergénérationnel a progressivement fait naître des relations sincères entre les tout-petits et les personnes âgées.
Tout est parti d’un souvenir personnel pour Laurène Billery, éducatrice de jeunes enfants et référente technique de la microcrèche Les P’tits Babos. Très attachée à la relation qu’elle entretenait avec ses grands-parents, elle souhaitait permettre aux enfants accueillis dans la structure de rencontrer régulièrement des personnes âgées. « Mon objectif, c’était de rapprocher les enfants et les aînés », résume-t-elle.
Laurène Billery contacte alors plusieurs établissements susceptibles d’être intéressés par une démarche intergénérationnelle. Parmi eux, la résidence Domitys de Besançon répond favorablement. Une première rencontre est organisée. Le succès est immédiat. « Nous avons fait un test et cela a tellement bien fonctionné que nous avons décidé de renouveler l’expérience une fois par mois », raconte-t-elle.
Les résidents aussi invités à la crèche
Les rencontres se déroulent alternativement à la crèche et à la résidence. Selon les lieux, les activités varient : ateliers cuisine et dessin à la crèche, musique, danse ou jeux de ballon chez les résidents. Mais une autre particularité fait la force du projet : les seniors ne reçoivent pas seulement les enfants, ils sont aussi invités à la crèche. Cette alternance fait toute l’originalité du projet. « Il nous semblait important que les résidents viennent aussi à la crèche, parce que cela permet de sortir du cadre habituel de la résidence. Cela crée une relation plus équilibrée et valorisante » , explique Nicolas Bienvenu, animateur et coordinateur au sein du groupe Domitys.
Le fait d’être accueilli dans l’univers des tout-petits transforme également l’expérience des personnes âgées. « Ils sont stimulés par un environnement vivant. Cela réveille souvent des souvenirs liés à leur propre enfance ou à celle de leurs enfants et petits-enfants, et suscite beaucoup d’émotions positives », poursuit-il. Lorsqu’ils découvrent le quotidien de la crèche, les résidents se montrent souvent très curieux. Ils observent les enfants jouer, s’intéressent à leurs activités et prennent part aux échanges qui se créent naturellement. « À la crèche, les enfants sont dans leur environnement. Ils prennent davantage d’initiatives, montrent leurs jeux, invitent les résidents à participer. Ces derniers, de leur côté, se laissent plus facilement entraîner dans cette dynamique. Cela favorise des interactions très naturelles, souvent pleines de tendresse, de spontanéité et de complicité », observe Nicolas Bienvenu.
Des relations qui se construisent au fil du temps
Cette relation de confiance s’est construite progressivement. Lors de la première rencontre, les enfants se montraient plutôt réservés. « Ils étaient un peu intimidés », se souvient Laurène Billery. « Mais les résidents les ont rapidement mis à l’aise en échangeant et en jouant avec eux. Les chansons que certains connaissaient déjà ont aussi beaucoup aidé. » Très vite, la professionnelle observe la spontanéité avec laquelle les jeunes enfants entrent en relation. « Ce qui me surprend le plus, c’est qu’ils n’ont aucune appréhension. Ils vont naturellement vers les résidents, leur demandent leur prénom ou leur proposent de jouer. » Au fil des mois, les liens se renforcent. « La dernière fois, nous étions un peu en retard. Un résident nous attendait sur un banc devant la résidence. Il a tout de suite reconnu une petite fille qui l’avait marqué. Et elle parle également de lui à la crèche. », complète l’EJE.
Pour Laurène Billery, la régularité des rencontres joue un rôle essentiel. Elle permet aux enfants d’identifier les personnes qu’ils retrouvent d’une séance à l’autre et de développer progressivement une véritable relation. Certaines scènes témoignent de cet attachement naissant. Elle évoque notamment l’anniversaire de Léon, un résident. « Les enfants lui ont chanté « Joyeux anniversaire ». Il était tellement heureux. C’était un moment très touchant. » Au-delà des activités proposées, ce sont souvent les échanges spontanés qui marquent les professionnels. Les résidents partagent leurs chansons préférées, discutent avec les enfants ou les regardent simplement jouer. Pour les tout-petits, ces rencontres constituent aussi une occasion de découvrir des personnes âgées dans un contexte positif et chaleureux, loin des représentations parfois véhiculées par la société.
« Ils ressortent revigorés »
Du côté de Domitys, l’initiative a été accueillie avec enthousiasme dès le départ. « Voir des enfants est quelque chose de très fort émotionnellement. », relève Nicolas Bienvenu. Mais il tient à rappeler que l’intergénérationnel ne doit pas être envisagé comme une animation destinée uniquement aux personnes âgées. « Ce n’est pas seulement : “on va amuser les vieux”. Les résidents sont réellement acteurs de ces rencontres. Ils ont créé un lien qui n’est pas filial, mais ils ont plaisir à retrouver les enfants. » Les bénéfices observés sont nombreux. « Après chaque rencontre, ils ressortent revigorés. Ils nous disent que cela leur a fait du bien. » Nicolas Bienvenu se souvient de deux résidentes assises sur un banc avec les enfants. « Elles écoutaient les oiseaux. Les enfants nous amènent à nous arrêter sur des choses que nous ne regardons plus forcément : les fleurs, les bruits de la nature, les petits détails du quotidien. » Une résidente lui a d’ailleurs confié : « Je pourrais rester des heures à les regarder courir, chanter et danser. »
Julie Giorgetta
PUBLIÉ LE 29 juin 2026