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Des enfants qui ne savent pas jouer !

Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

Régulièrement les professionnels peuvent se sentir démunis et s’épuisent face à des enfants « difficiles à contenir et apaiser, des enfants qui ne se posent pas, qui jettent les jeux sans jouer avec, qui bousculent et tapent ».
Ces enfants qui mettent en difficulté sont eux-mêmes en difficulté pour jouer et explorer librement au côté des autres enfants. Leur agitation et éparpillement recouvrent bien souvent des fragilités dans leur développement. Ils n’ont pas toujours les socles suffisants à la fois de sécurité affective contenante ou/et d’expérimentations et d’imprégnations. En effet, la capacité à jouer, l’inventivité du jeu libre et actif se développent progressivement, grâce à la fois aux processus de maturation et à ce que l’environnement humain et matériel permet à l’enfant de vivre.

Ainsi pour parler, l’enfant a besoin d’avoir entendu du langage qui lui est adressé. Pour se mettre en mouvement, il a besoin d’avoir vécu du mouvement dans son corps (cf la chronique Dans vos bras, il apprend la motricité). Pour jouer et agir, il a également besoin de s’être imprégné de ce qu’il voit des adultes et des plus grands enfants autour de lui. Ainsi, il fait au revoir de sa main, il fait bravo, il swipe sur les pages des livres comme sur un écran, à partir des gestes qu’il a vu faire.
Le jeune enfant n’a pas les moyens de faire sur demande, il n’imite pas sur consigne, mais il initie et réinvente à son rythme à partir de ce qu’il a perçu, mémorisé, associé de nos mimiques, nos gestes, nos modes de faire. (cf la chronique Chacun son tour et le respect de l’autre)

Sa capacité à jouer et à interagir avec les autres enfants se développe également à partir des échanges et des interactions qu’il peut avoir avec l’adulte, en face à face.
Alors ces enfants qui ont des difficultés à jouer, ont grand besoin de proximité de l’adulte, de présence sécurisante et portage psychique, mais également d’accompagnement et présence dans leur jeu :

L’accompagner, ce n’est ni faire faire, ni lui demander de reproduire un modèle, ni attendre un résultat ou un geste précis de l’enfant.
L’accompagner, dans son jeu, c’est s’intéresser réellement à ce qu’il fait, et le lui montrer.
C’est lui parler de ce qu’il est en train de faire, ce qui l’intéresse, ce qu’il regarde.
C’est observer comment il joue, comment il manipule les jouets et objets de jeu, quels gestes, quelles actions et ainsi repérer où il en est dans son développement psychique et cognitif.
C’est pouvoir initier de réels temps ensemble, d’échange, à partir de ce qu’il fait.
Cela peut être faire comme lui et l’imiter.
Cela peut être aussi jouer devant lui, à côté de lui. J’écris cela avec grande prudence : l’idée n’est pas de faire devant lui des actions inaccessibles qui le mettraient en dépendance, échec et passivité. Il ne s’agit pas de faire un escargot en pâte à sel, qui serait trop loin de ses possibilités à reproduire.
Mais c’est lui permettre de s’imprégner de gestes que peut-être il n’a pas eu l’occasion de voir faire, par exemple, en cas de surexposition aux écrans ou de technoférence. L’enfant enregistre, l’air de rien, tout ce qu’il voit. Il est donc important d’enrichir ce qu’il perçoit afin qu’à son tour il puisse expérimenter et développer progressivement son propre répertoire.

L’adulte peut donc, en interaction ou proximité avec cet enfant qui a du mal à jouer par lui-même, jouer à faire des mimiques, des sons, des mouvements simples, voire manipuler de la pâte à sel (toujours sans objectif de production), faire rouler des voitures…
Et bien sûr, lui proposer en priorité les supports des premières et des plus importantes explorations ludiques, fondamentales dans le développement à la fois psychoaffectif et cognitif : les jeux de coucou/caché, disparition/réapparition, dedans/dehors, vider/remplir. Des supports comme des contenants de toutes tailles et formes et des objets à mettre dedans. Pouvoir mettre des objets dans des orifices, comme dans les couvercles troués sont des manipulations incontournables avant de pouvoir s’intéresser aux encastrements.
Et des supports qui permettent à l’enfant de voir le résultat de ses actions grâce à toute matière à patouiller.

Rendre l’enfant acteur de son développement, ni faire faire, ni laisser faire, mettre en situation de faire, mais aussi des interactions dans un plaisir partagé !  

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PUBLIÉ LE 03 octobre 2024

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