Deux sœurs ouvrent une Mam dans les Vosges
Méganne, 30 ans, et Justine, 27 ans, sont sœurs. La première est professionnelle de la petite enfance en crèche et la seconde, vendeuse dans le prêt-à-porter. Mais, depuis le mois de mai, leur carrière professionnelle a pris un nouveau tournant. Tous les matins, elles se retrouvent à la Mam Hakuna Matata de Raves (Vosges), qu’elles ont créée ensemble. Un projet de longue haleine jalonné de nombreuses embûches mais qui a finalement pu voir le jour grâce à leur ténacité et le soutien indéfectible de leur famille.
Deux métiers bien différents
Avant d’être professionnelle de la petite enfance, Méganne exerce pendant 6 années en tant qu’assistante d’éducation (surveillante en collège et lycée). Puis, à 25 ans, elle décide de passer le CAP petite enfance. Elle l’obtient et commence à travailler en crèche, dans une structure municipale puis dans une micro-crèche. Mais un projet commence à germer : celui de monter une Mam. La jeune femme a en effet envie de revenir dans les Vosges d’où elle est originaire et souhaite un accueil plus familial, moins à la chaîne comme elle a pu malheureusement l’expérimenter lors de ses expériences professionnelles. Justine travaille quant à elle dans un magasin de prêt-à-porter à Saint-Dié-des-Vosges. A la naissance de son premier enfant, « Justine se découvre une passion pour les enfants », confie Méganne. Et décide de se lancer dans l’aventure de la Mam avec sa grande sœur.
La fastidieuse recherche du local
En 2019, Méganne et Justine sont prêtes. Elles partent à la recherche d’un local à louer tout d’abord mais comme elles ne trouvent pas, elles se tournent vers l’achat. « Nous avons eu plein de fausses joies. Nous avons trouvé des locaux très bien mais à chaque fois cela ne s’est pas concrétisé », indique Méganne. Deux ans après, leur projet est au point mort, faute de local. « Un jour où nous étions particulièrement démoralisées, mon beau-frère, l’époux de ma sœur Justine, nous dit : pourquoi ne construiriez-vous pas votre Mam dans notre jardin ? », continue-t-elle. Le couple possède en effet un grand terrain qui peut accueillir leur Mam de 100 m². Une belle idée et une bonne nouvelle ! Nous sommes en 2021, mais d’autres difficultés vont survenir.
Les loupés du permis de construire et le faux bond de la banque
Après son congé maternité, Justine démissionne, persuadée que leur projet va rapidement se concrétiser. Malheureusement, le chemin sera encore long, puisqu’il faudra attendre mai 2023 pour que la Mam ouvre enfin ses portes. Pendant ses deux années de chômage, elle en profite pour suivre la formation d’assistante maternelle et obtenir son agrément. Un géomètre intervient pour délimiter la parcelle. Puis, il faut remplir un permis de construire pour un établissement recevant du public (ERP). « La personne qui s’occupe de faire le plan et le permis de construire fait n’importe quoi. On a donc dû repasser le permis de construire 4 fois, ce qui a considérablement retardé les travaux et l’ouverture », se souvient Méganne. Quand il est accepté, en décembre 2021, c’est un grand soulagement. Les travaux vont pouvoir débuter mais c’est la douche froide : la banque qui devait débloquer les fonds se retire. Côté timing pour le constructeur, cela devient compliqué. Bref, nouveau coup dur pour les deux sœurs. Quelques mois plus tard, avec l’aide d’une courtière, elles retrouvent une banque qui accepte de les accompagner dans leur projet.
La subvention Piaje : SCI ou association ?
En parallèle, Méganne et Justine remplissent les documents administratifs pour bénéficier du Plan d’investissement pour l’accueil du jeune enfant (Piaje), ouvert depuis 2021 aux Mam. « Nous avons été les premières dans les Vosges à en faire la demande. Cela a été extrêmement difficile car on ne savait pas si on devait faire une SCI ou si l’association suffisait. On a donc créé une SCI. Et après on nous a dit que ce n’était pas nécessaire, que ce serait au nom de l’association. Finalement, il a bien fallu monter une SCI pour faire notre demande de subvention. Via la Piaje, la Caf a pris en charge 80% du coût de la subvention. Sans ça, notre Mam n’aurait pas pu exister », explique Méganne.
Famille et amis mettent la main à la pâte
Une fois les travaux commencés, les difficultés sont derrière elles ou presque. « L’électricité, nous l’avons eue presque la veille de l’ouverture, le vendredi pour le lundi », se remémore Méganne. A part ce dernier petit coup de stress, les choses ont bien avancé grâce à leur maître d’œuvre et à leur entourage. « Notre famille nous a beaucoup soutenues sur le plan psychologique, mais pas seulement. Notre frère a posé tout le parquet, a monté la cuisine… Avec l’aide d’amis, de nos conjoints, venus prêter main-forte, il a aussi installé le grillage extérieur. Il a été là jusqu’au dernier moment », souligne, reconnaissante, Méganne.
Une Mam à deux et seulement à deux
Depuis l’ouverture, la Mam est au complet. Les deux jeunes femmes ont un agrément pour 4 qui permet à chacune d’accueillir 3 enfants ainsi que leurs fils. Celui de Justine a 2 ans et celui de Méganne, 9 mois. Un bonheur pour les deux sœurs qui s’entendent à merveille de travailler ensemble. « Nous avons fait le choix de n’être que toutes les deux. C’est un local pour deux assistantes maternelles seulement », précise Méganne. Un regret ? « Oui, on aurait finalement aimé faire un peu plus grand pour que notre maman puisse venir travailler avec nous. Elle est aide-soignante mais ne peut plus exercer en raison de problèmes de santé. Malheureusement, la maison est trop petite… », indique Méganne.
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 20 juin 2023
MIS À JOUR LE 22 juin 2023