Tribune Libre
Et si on faisait la paix avec les microbes ?
Par Claire Grolleau, présidente-fondatrice de Label Vie
Nous sommes en guerre avec les micro-organismes depuis des siècles, et de façon massive et très agressive depuis la 2e moitié du 20e Siècle. Notre approche de la santé affirme que les microbes sont à l’origine de nombreuses maladies. Et depuis que nous avons fait connaissance avec ces êtres infiniment petits, nous n’avons eu pour objectif que de les éliminer, en particulier auprès des jeunes enfants.
Pourtant, nous découvrons progressivement que les micro-organismes ont des effets bénéfiques sur notre santé globale. Indispensables à la digestion (nous le remarquons à chaque prise d’antibiotique), le microbiote intestinal a aussi des bienfaits sur de nombreuses maladies métaboliques comme le diabète, l’obésité ou sur des troubles de l’immunité et les allergies. Plus étonnant, ces populations de micro-organismes hébergées dans nos intestins sont aussi un facteur de mieux être psychique puisqu’ils sont en relation forte avec le système nerveux intestinal, composé de très nombreux neurones, et lui-même en lien avec notre cerveau. Si ton microbiote intestinal va bien, ta tête et ton moral vont mieux !
Une armée qui nous veut du bien
Au-delà des intestins, dans d’autres organes et sur tout notre corps, dans les systèmes urinaire, génital, respiratoire, la bouche… nous abritons d’énormes populations de bactéries, virus et autres micro parasites. A la naissance, nous abritons essentiellement les mêmes microbes que notre mère, puis nous nous enrichissons des bactéries et virus que nous allons rencontrer dans nos lieux de vie, auprès des enfants et adultes que nous fréquenterons. Tous ces minuscules êtres vivants vont nous protéger tout au long de notre vie, bien plus que nous nuire. La très grande majorité des micro-organismes connus à ce jour (plus de 90%) sont inoffensifs pour l’humain. Ils constituent pour nous un rempart contre les pathogènes. Plus les bactéries qui logent sur et dans notre corps sont nombreuses et en pleine forme, mieux nous nous portons. En effet, non seulement les bactéries amies occupent le terrain et empêchent les pathogènes de se développer mais en plus, elles entrainent notre système immunitaire à répondre efficacement aux agents infectieux. Doit-on également rappeler que les antibiotiques sont une « invention » microbienne et que l’industrie pharmaceutique ne fait qu’imiter certaines bactéries et champignons qui ont développé ces bactéricides pour défendre leur territoire ? Nos colocataires sécrètent donc naturellement des antibiotiques et nous débarrassent de certains envahisseurs sans même que nous nous en rendions compte…
Nous faisons la guerre à nos plus fidèles amis
A cause d’une vision simpliste, voire étriquée, de notre santé et des causes des maladies, nous avons engagé une véritable campagne d’extermination contre les microbes. Dans un premier temps, la mise en place de mesures d’hygiène de base au XIXe siècle (apparition des toilettes et de l’eau dans chaque domicile, invention du tout-à-l’égout…) a permis de réels progrès dans la préservation de la santé. Et c’était une bonne chose. Mais c’est en découvrant les microbes pathogènes et leurs conséquences potentielles sur l’humain que nous avons déterré la hache de guerre. Les microbes sont devenus les ennemis publics numéro un. Ils ont concentré toute notre attention et le 20e siècle s’est attelé à fabriquer des biocides redoutables pour nous protéger des maladies, de la pourriture, de la dégradation de nos produits de consommation, de nos maisons, de nos aliments… Nous avons cru tenir la solution en désinfectant tout, partout, tout le temps. « Qui peut le plus, peut le moins ». Nous avons décidé de tuer tous les microbes pour nous protéger d’une toute petite minorité en imaginant que cela n’aurait pas de conséquences pour l’humain et tous les autres êtres vivants. Nous nous sommes trompés. Non seulement nous avons fait la guerre à nos meilleurs amis mais en plus, nous avons pollué nos habitations, nos environnements avec des substances dont nous n’arrivons plus à nous débarrasser et qui nous intoxiquent un peu plus chaque jour. Nous nous sommes doublement fragilisés.
En effet, savez-vous que notre corps contient au moins autant de bactéries que de cellules humaines ? Décider de les tuer c’est donc décider de supprimer plus de 50% des cellules qui composent notre corps. Etrange non ? Depuis la fin du 20e siècle, environ 200 000 substances chimiques de synthèse avec des risques potentiels circulent en Europe (ce chiffre est très approximatif car nous n’arrivons pas à les dénombrer, ce qui n’est pas rassurant). Ces produits ce sont des détergents, des désinfectants ou autres biocides, mutagènes et cancérogènes potentiels, des produits irritants pour la peau, les voies respiratoires. Ils épuisent nos organes émonctoires (qui nous dépolluent), ils perturbent nos systèmes hormonaux, génèrent des maladies chroniques… et tuent sans distinction nos plus grands alliés, les microbes.
Le cas particulier des jeunes enfants
Dotés de systèmes de protection qui ne sont pas encore matures, les jeunes enfants sont plus sensibles que les adultes : leur métabolisme utilise proportionnellement des volumes d’air, d’eau, de nourriture plus important que les adultes et ils ont des comportements qui les exposent plus (posture quatre pattes, mise à la bouche, etc). Cette surexposition et cette plus grande fragilité valent pour les agents microbiens comme pour les substances chimiques. Mais alors quel comportement adopter avec les plus jeunes ?
Nous savons aujourd’hui qu’il existe un lien entre les pollutions chroniques de l’environnement des jeunes enfants et les épidémies de bronchiolites qui sévissent chaque année. Les enfants les plus exposés aux pollutions durant leurs premiers mois, in utéro ou après la naissance, ont plus souvent besoin de soins respiratoires que ceux qui vivent dans un environnement moins pollué. Par ailleurs, des études montrent que des enfants plus exposés à des populations bactériennes environnementales sont plus résistants aux germes pathogènes et développent moins de maladies chroniques (diabètes, allergies…).
Il est temps de faire la paix
Nous sommes allés trop loin avec l’omniprésence des produits biocides et la destruction systématique des populations de microbes. Ce constat ne fait pas, ou presque pas, débat. D’autant que nous savons dorénavant que « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (Constitution de l’OMS). Autrement dit, pour les humains et en particulier les jeunes enfants, il s’agit d’établir un équilibre précieux pour les protéger des pathogènes les plus dangereux tout en leur permettant d’enrichir leurs microbiotes de bactéries amies, d’être au contact de pathogènes stimulants pour leur système immunitaire et de les préserver des produits toxiques qui les fragilisent. Concrètement, le plus souvent, il suffit de nettoyer avec un savon qui élimine la plus grande partie des pathogènes (rappel : même le sars cov2 est détruit par le savon) et ainsi réduit les risques de contagion. Il ne pollue pas les surfaces ni l’air ambiant et ne fragilise donc pas nos organismes. N’oublions pas de préserver la qualité de nos environnements en réduisant au maximum les sources de pollution. Il est également essentiel de rester au contact régulier avec les milieux naturels, les animaux domestiques et nos congénères, pour des raisons sociales bien sûr, mais également pour enrichir nos microbiotes. Enfin, mais cela fera l’objet d’une prochaine tribune, une alimentation vivante (riches en microbes amis) et de qualité (sans substance toxique) est, à tout âge, un excellent allié pour une meilleure santé !
PUBLIÉ LE 13 novembre 2025