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Tribune Libre

Faire évoluer la PSU : une nécessité pour la petite enfance.

Par Carole Chrisment, Présidente du Collectif des crèches associatives du Grand Est

La petite enfance est la base de notre société. Pourtant, depuis des années, les politiques successives n’ont fait que détériorer la qualité de l’accueil, en se justifiant : « Comment évaluer cette qualité puisque les enfants ne parlent pas ? » Cette approche minimise l’importance du bien-être de l’enfant, souvent au profit de la simplification de la vie des parents. Or, pour grandir harmonieusement, un enfant a besoin d’une sécurité affective, qui repose sur trois éléments fondamentaux : l’humain, l’espace et le temps.

L’humain : En crèche, une personne référente est essentielle pour sécuriser l’enfant, une notion bien connue des professionnelles de la petite enfance. Cependant, il n’est pas toujours facile de mettre en place un tel dispositif dans une structure d’accueil. La théorie de l’attachement de John Bowlby nous éclaire sur ce besoin fondamental. Laurence Rameau compare cet attachement à un élastique, qui se tend et permet à l’enfant de s’ouvrir progressivement à d’autres personnes.

L’espace : La stabilité des lieux joue un rôle important dans la sécurité affective de l’enfant. Les odeurs et les repères visuels d’un environnement familier le rassurent.

Le temps : Donner à l’enfant des repères temporels réguliers contribue à son développement harmonieux. J’ai, par exemple, refusé un enfant dans ma crèche car il devait jongler entre quatre modes de garde différents chaque semaine (lundi chez la grand-mère, mardi chez une assistante maternelle, mercredi entre les activités des frères, jeudi matin en halte-garderie, et les parents cherchaient un mode de garde collectif pour le vendredi). Comment un enfant peut-il établir des liens sécurisés dans un tel chaos ? Les liens sécurisants reposent sur la stabilité et les habitudes. D’ailleurs, nous-mêmes, en tant qu’adultes, ne sommes-nous pas déstabilisés par les changements ?

Le coût de l’inaction sur la petite enfance

L’économiste James Heckman, lauréat du Prix Nobel, a démontré qu’un euro investi dans la petite enfance permet d’économiser 13 euros en prévention des déviances à l’adolescence.
Pourquoi, alors, l’État laisse-t-il les structures collectives péricliter ?

Depuis la mise en place de la PSU (Prestation de Service Unique), les crèches accumulent les déficits chaque année. Bien que l’État continue de créer de nouveaux bonus pour en atténuer les effets pervers (mixité sociale, formation, attractivité, etc.), avec des calculs de tranches toujours plus complexes, cela reste insuffisant. Jamais autant d’argent n’a été alloué à la COG (Convention d’Objectifs et de Gestion de la CNAF), mais les crèches associatives souffrent toujours : manque de professionnels, lourdeur administrative et comptable, baisse de la natalité… Et pourtant, le désir des professionnels d’offrir un accueil bienveillant aux enfants et aux parents persiste.

Des solutions simples pour une amélioration durable

Les solutions existent et sont à portée de main :

– Respecter l’enfant : Arrêtons de parler de « berceaux », mais plutôt de places ou d’enfants, reconnaissant ainsi leur statut d’êtres humains, et non d’objets.
– Ne plus opposer les modes de garde : Nous avons besoin de toutes les formes d’accueil, qu’il s’agisse des assistantes maternelles, des micro-crèches, des crèches associatives, municipales, parentales, hospitalières ou des MAM (Maisons d’Assistants Maternels).
– Simplifier la formule de calcul de la PSU : Actuellement, 27 critères complexes déterminent la PS (Prestation de Service), basés sur le taux de facturation, les dépenses, ou encore le potentiel financier de la commune. Nous pourrions instaurer une formule simple, basée sur le nombre d’enfants accueillis, puisque notre rôle premier est d’accueillir des enfants, non de gérer des dépenses. Cela permettrait aux directrices de se concentrer sur l’essentiel, au lieu de constamment calculer si une journée supplémentaire pour un enfant entraînerait une perte financière pour la structure.

Cette partie va à l’encontre de l’accueil de tous les enfants :
– Si nous accueillons un enfant d’une commune non conventionnée avec la crèche, nous perdons le financement de la CTG (Convention Territoriale Globale) pour cette place.
– Si nous accueillons un enfant par l’intermédiaire d’une place de crèche d’entreprise, nous perdons également le financement de la CTG pour cette place.

Est-ce vraiment le rôle des crèches d’être sélectives dans l’accueil des enfants ?
Notre mission première n’est-elle pas d’accompagner les enfants dans leur développement physique et intellectuel, plutôt que de faire des calculs financiers pour préserver la viabilité économique de nos structures ?
Cette situation est un dilemme quotidien pour les directrices de crèches, qui se retrouvent à devoir dire non à certaines demandes pour éviter de perdre des financements vitaux.

Un modèle à suivre

Pendant la période du confinement, la formule de calcul de la PSU a été modifiée pour devenir celle-ci :
17 € par jour x nombre de jour de fermeture x nombre d’enfants de l’agrément
Cette formule de calcul repose sur des éléments clairs et fixes, comme l’agrément. Elle a permis de sauver toutes les structures petite enfance pendant la pandémie et même encore après jusqu’en décembre 2023. Je suis d’autant plus à même d’en parler parce que j’ai personnellement proposé cette formule au gouvernement. Cela prouve qu’il est possible de simplifier la gestion des crèches, tout en garantissant un accueil de qualité et en recentrant les professionnels de la petite enfance sur leur métier.

Pour un avenir serein des crèches

Nous avons aujourd’hui la possibilité de simplifier la vie des directrices de crèches et de donner un nouvel élan à nos structures, pour le bien-être des enfants et de leurs parents. Les professionnels de la petite enfance ne doivent pas être réduits à des gestionnaires de chiffres, alors que leur rôle essentiel est d’accompagner l’enfant dans son développement physique et intellectuel et soutenir la fonction parental.
Je demande au gouvernement de mettre en place le plus rapidement possible une formule de calcul juste et équitable, afin de sauver nos crèches qui sombrent tous les jours un peu plus.

Il est urgent de réagir et d’agir !

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Carole Chrisment, Présidente du Collectif des crèches associatives du Grand Est, 3ème Vice-Présidente de la CAF des Vosges

PUBLIÉ LE 09 septembre 2024

MIS À JOUR LE 13 septembre 2024

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