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Gil Hamon, ATSEM : « Pôle emploi m’a dit qu’il n’y avait pas de débouchés en petite enfance ! »

Gil Hamon a eu plusieurs vies. Mais celle qu’il a choisie il y a cinq ans, auprès des enfants, est certainement celle qui l’épanouit le plus. ATSEM en petite section et animateur en centre de loisirs dans les Côtes d’Armor, il se sent utile auprès des tout-petits qui sont sa joie au quotidien.

Il est des parcours professionnels surprenants qui laissent croire que les métiers de la petite enfance sont accessibles à tous et se nourrissent des qualités et des chemins de chacun. Gil Hamon aurait pu se contenter de la joie que lui apportait le football, entraineur bénévole auprès des plus petits, et de la famille nombreuse qui l’entoure, faisant de lui l’oncle sympa que tout le monde aimerait avoir. Mais lorsque l’entreprise dans laquelle il travaille depuis 17 ans en tant que maçon ferme ses portes, il saisit l’opportunité pour se reconvertir dans les métiers de la petite enfance…

Une reconversion coup de cœur

« Autant que je me souvienne, être auprès des enfants m’a toujours plu : j’ai souvent été entouré de mes petits neveux et nièces ; à l’école de foot, le contact avec les enfants se passait bien et les métiers de la petite enfance m’ont toujours intéressé », explique Gil. Alors quand son patron met la clé sous la porte, l’occasion est trop belle, Gil décide de se reconvertir pour faire ce qu’il aime, on est en 2015. « J’avais envie de changement, avoue-t-il. Et à 40 ans je n’étais pas encore trop vieux encore pour changer de métier ». Sur un coup de cœur, un coup de tête, il entame les démarches auprès de Pôle emploi pour trouver une formation qui l’amène aux métiers de la petite enfance. Mais l’accueil n’est pas celui qu’il avait imaginé : « On m’a dit que ça ne servait à rien d’aller là-dedans, qu’il n’y avait pas de débouchés. Ma conseillère m’a expliqué que je serai mieux payé à rester à la maison qu’à aller travailler. Pôle emploi n’a pas voulu financer ma formation qui dépassait le quota d’heures. Alors j’ai fait un prêt pour financer moi-même mon CAP AEPE (environ 1300€). Et je n’ai jamais regretté mon choix. » 

« C’est l’école qui m’a plu ! »

Pour valider son CAP, Gil effectue plusieurs stages, dans une MAM, une crèche, une école, un centre de loisirs. « Et c’est vraiment l’école qui m’a vraiment plu, admet-il. On accompagne les enfants dans leurs apprentissages, on les rassure, on partage des connaissances avec eux, on leur transmet beaucoup. Je me sens utile. A la crèche, je les ai trouvés encore un peu trop petits. » Gil est aujourd’hui ATSEM en petite section dans l’école de Ploëzal, dans les Côtes d’Armor. Une école de village qui compte une classe par niveau et 117 élèves. En parallèle, il est également animateur dans un centre de loisirs auprès des 3-4 ans, une semaine sur deux pendant les périodes de vacances scolaires et un mois sur deux pendant les vacances.

La joie de partager son quotidien avec les enfants

Au quotidien, Gil exerce son metier d’ATSEM avec un plaisir non feint. « Quand je vais au travail, j’ai toujours la pêche, je n’ai pas la boule au ventre. Je suis content d’y aller ! » Les joies de son quotidien ? Jouer avec les enfants ! Le plus difficile à appréhender ? Les difficultés de comportement de certains enfants, de ceux qui ont eu un parcours de vie parfois compliqué, des familles recomposées aux enfants placés. Mais en cas de difficulté, il estime être toujours bien entouré et accompagné par l’équipe et la direction. « Ce matin, j’ai accueilli une petite fille de trois ans à la garderie, une nouvelle enfant qui a commencé aujourd’hui. Elle est arrivée à 8h et sa maîtresse un peu plus tard mais elle a pleuré lorsqu’elle a dû me quitter, j’étais son référent, elle ne voulait plus me lâcher ! » dit-il, dans un sourire.

Homme et complémentaire

Gil apprécie travailler en binôme depuis plus de quatre ans avec un instituteur, qui plus est un homme. « Les enfants sont contents aussi qu’il y ait des hommes à l’école ! Quand les parents réalisent que ce sont deux hommes qui s’occupent de la classe, ils sont en général surpris mais contents ! (…) Je n’ai pas forcément plus d’autorité en tant qu’homme mais une voix d’homme porte plus fort dans la classe, à la cantine ou à la garderie. » En formation, sur les 16 candidats au CAP AEPE, Gil était le seul homme. Une problématique qu’il appréhendait un peu, inquiet de l’état d’esprit qui pouvait régner dans un milieu exclusivement féminin. « Mais les filles de la promo étaient heureuses que je sois là, ça s’est très bien passé, reconnaît-il. Il y avait beaucoup d’entraide entre nous. »

Etre mieux formé pour adopter la posture ajustée

Etre homme dans les métiers de la petite enfance pourrait également être une question délicate. « On parle beaucoup de pédophilie, j’avais peur qu’on croie que j’avais de mauvaises intentions, confie Gil. Mais je n’ai jamais été mal jugé, ça s’est toujours très bien passé avec les parents, dans la confiance. » Gil reconnaît cependant que la formation mériterait d’être renforcée sur ces thématiques délicates, afin que les professionnels soient mieux formés à adopter la juste distance avec les enfants, à avoir une posture et des gestes plus ajustés notamment lorsqu’il faut accompagner les enfants aux toilettes « Ce sont des choses dont on ne parle jamais en formation, on n’apprend pas ça en CAP AEPE ! ».
 

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PUBLIÉ LE 20 juin 2023

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