Inclusion : deux crèches nantaises se lancent dans un diagnostic innovant
Face à une demande croissante d’accueil d’enfants à besoins spécifiques, l’association La Toupie Magique, qui gère deux crèches à Nantes, a décidé de se lancer dans une démarche participative pour réécrire son projet associatif sous le prisme de l’inclusion.
Manque de matériel adapté, de personnel formé, de liens avec les structures spécialisées du territoire… Les premiers résultats du diagnostic des besoins en matière d’inclusion des deux crèches de l’association nantaise La Toupie Magique confirment les intuitions de son président Adel Fernane : « nous ne sommes, actuellement, pas suffisamment équipés pour accueillir dans les meilleures conditions davantage d’enfants en situation de handicap ».
Les deux crèches accueillent déjà deux enfants en situation de handicap et un en cours de reconnaissance, soit trois enfants à besoins spécifiques, sur un total de 145 places. « Aujourd’hui, nous avons une ergothérapeute et une éducatrice spécialisée formée au handicap mais si nous voulons répondre à la demande, il nous faudrait bien plus », estime le président.
Soixante contributions, de la formation et un futur LAEP
C’est ce qui ressort du diagnostic en cours. Un travail de longue haleine pour lequel La Toupie Magique s’est fait accompagner par un prestataire extérieur, sur plusieurs mois. Plan d’action, stratégie, travail collectif, calendrier, suivi… « Il s’agit d’une démarche participative innovante », précise Adel Fernane. Elle a mobilisé les familles, le conseil d’administration de l’association, son bureau, ses salariés et ses partenaires pour dresser un état des lieux des pratiques, forces et axes d’amélioration.
En tout, une soixantaine de contributions ont été apportées. « Ce travail collaboratif nous a permis de poser des bases solides notamment pour proposer une réponse inclusive cohérente dans un paysage institutionnel souvent fragmenté », estime le président.
Cette réponse passera, notamment, par la formation. La structure a même déjà commencé. Le 6 décembre 2024, elle organisait une journée pédagogique en partenariat avec l’association Une Souris Verte pour former 61 salariés. Objectif : déconstruire les représentations du handicap pour mieux appréhender l’accueil de tous les enfants. « Cette première étape sera enrichie dans les prochains mois par un deuxième module centré sur les troubles du neuro développement (TND), ajoute le président de l’association. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation de nos pratiques, qui inclut prochainement l’ouverture d’un Lieu d’Accueil Enfant-Parent (LAEP). »
« Le bonus handicap est un levier à renforcer »
« Le problème, c’est que pour le moment, nous réalisons toutes ces démarches sur nos fonds propres », regrette Adel Fernane. Cette formation, par exemple, représente un investissement de 1 300 euros pour la structure, même si elle bénéficie d’un cofinancement par Uniformation, l’opérateur de compétence (OPCO) chargé d’accompagner la formation professionnelle des salariés et la Caisse d’allocations familiales (CAF).
Pour le président de l’association, « le bonus handicap est un levier à renforcer ». Plafonné à 1 300 euros par place et par an, ce soutien financier alloué par les pouvoirs publics « permet de répondre à certains besoins ponctuels » pour le président, mais « reste insuffisant pour assurer une prise en charge adaptée à la diversité des situations rencontrées. »
Par exemple, à La Toupie Magique, « le bonus handicap ne permet pas de financer des actions comme : l’acquisition d’équipements spécifiques pour les enfants présentant des troubles moteurs ou sensoriels, la mise en place d’aménagements significatifs pour un accueil véritablement inclusif ou encore, le développement de formations approfondies sur le sujet », regrette Adel Fernane.
Une volonté d’inspirer les politiques publiques
Pour celui qui est aussi directeur d’institut médico-éducatif (IME), « afin d’être réelle et effective, l’inclusion doit dépasser le cadre des initiatives individuelles portées par des structures comme La Toupie Magique. Elle nécessite une approche collective et coordonnée, rassemblant l’ensemble des acteurs de la petite enfance, les institutions publiques, les collectivités territoriales et s’inscrire dans une orientation claire portée par l’Etat. »
C’est pourquoi il entend, à l’aube de l’entrée en vigueur du nouveau service public de la petite enfance (SPPE), poser les bases d’une nouvelle dynamique qui appelle à une co-construction ambitieuse entre acteurs institutionnels et opérateurs de terrain. « Notre vision dépasse le cadre de notre association : elle s’inscrit dans une volonté de fédérer et d’inspirer les politiques publiques pour offrir à chaque enfant un avenir égalitaire, quelle que soit sa situation et son contexte de vie. »
Les résultats détaillés du diagnostic, tout comme le projet de l’association, Horizons 2030, seront disponibles début 2025. De quoi inspirer la mise en oeuvre du SPPE qui entre en vigueur à partir du 1er janvier 2025..
Élodie Buzaud
PUBLIÉ LE 13 décembre 2024