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Inès d’Aboville, assistante maternelle engagée pour la cause des enfants et des professionnels

L’histoire d’Inès d’Aboville est celle d’une reconversion passionnée pour le métier d’assistante maternelle, après de longues années passées dans le secteur du handicap. Engagée au quotidien pour soutenir la qualité de l’accueil à domicile, c’est en politique qu’elle espère continuer à défendre les intérêts des enfants et des professionnels de la petite enfance, puisqu’elle est candidate aux élections municipales, dans sa commune de Chaville.

Inès d’Aboville est assistante maternelle à domicile depuis quinze ans. Même en parlant bas à l’heure de la sieste, on comprend à l’enthousiasme de sa voix qu’il s’agit d’un métier mûrement choisi, d’une passion pour le lien et la relation à l’autre… A 56 ans, Inès a eu plusieurs vies professionnelles, un chemin riche et cohérent qui ne doit rien au hasard. « Ça ne vient pas de nulle part, j’ai toujours été sensible à la vulnérabilité humaine, au parcours des personnes fragiles que l’on n’entend pas toujours, reconnait-elle. Très tôt, j’ai eu envie d’accompagner et de comprendre les besoins des autres ».

Elle fait néanmoins des études d’histoire et géographie, par envie de comprendre le monde qui l’entoure. « Ça m’a permis de réfléchir aux mécanismes d’exclusion, à la dignité humaine, mais aussi à la place de l’enfant et des personnes vulnérables dans l’histoire et dans l’espace public ». Master en poche, elle se forme à la langue des signes, puis aux beaux-arts qui avaient toujours eu, pour elle, une place privilégiée.

La bascule dans le secteur médico-social

Son parcours l’amène tout naturellement à se former en art-thérapie. Dans ce cadre, Inès  fait un stage en psychiatrie et auprès de personnes en situation de handicap. « Là, j’ai vraiment découvert qu’il n’y avait pas qu’une seule façon d’apprendre, de communiquer, de se développer. Que chacun avançait à son rythme avec ses propres ressources. Et j’ai pleinement basculé dans le secteur médico-social ».

Pendant plus de 10 ans, elle va travailler auprès de personnes autistes comme art-thérapeute puis devient chef de service éducatif. « Un secteur passionnant, à l’époque où a été promulguée la loi 2002-02 qui replaçait l’usager au centre du dispositif médico-social. Cela a vraiment donné du sens à ma pratique, en réaffirmant qu’il fallait prendre en compte le point de vue et le vécu réel de l’usager. Pour moi, cette loi a été capitale, surtout pour les personnes vulnérables, des adultes aux tout-petits, pas toujours en capacité s’exprimer ».  

Une reconversion pour retrouver la relation

Bien que ses missions de chef de service soient passionnantes, Inès sent qu’elle s’éloigne du terrain et éprouve le besoin de retrouver un lien direct, une présence réelle auprès des personnes qu’elle accompagne, le contact avec le quotidien. Et « de revenir au commencement, avant les ruptures, avant les mots »,explique-t-elle. Car son métier précédent lui a permis de découvrir toutes les professions du soin et de se rendre compte que sans soutien des professionnels, l’accompagnement des personnes fragiles va s’abimer. Jusqu’à vouloir quitter son poste à responsabilités et passer de l’autre côté de la barrière…

Inès négocie alors son départ, profite de six mois de chômage pour se former et décroche son agrément d’assistante maternelle. Elle exercera à domicile, dans la ville de Chaville où elle réside, une vie citadine à quelques pas de la forêt. « Les gens de mon entourage ont été assez surpris de ma reconversion, j’ai eu des réflexions peu agréables, admet-elle. On a pu me reprocher d’avoir choisi ce métier peu qualifié malgré mon niveau d’études, mais depuis 15 ans, je n’ai aucun regret ! »

Assistante maternelle, en toute liberté 

La toute petite enfance, Inès ne l’avait pas encore côtoyée, mis à part sa riche expérience de maman. En choisissant le métier d’assistante maternelle, elle revient aux bases sur lesquelles se construisent la sécurité affective, la confiance, la relation, le lien au monde… « C’est un aspect passionnant, explique-t-elle, enthousiaste. Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est cette vulnérabilité que nous allons forcément rencontrer à plusieurs étapes de notre vie. À la naissance, peut-être lors d’un accident, puis en vieillissant. Je m’interroge, admet-elle, peut-être que dans quelques années, je continuerai mon chemin auprès des personnes âgées. Cela ferait sens ! ».

Aujourd’hui, avec les trois enfants qu’elle accueille à son domicile, Inès apprécie de pouvoir être en tout petit groupe, au plus près de chacun, de leur rythme et de leurs besoins. Hyperactive assumée, elle apprécie la liberté que lui offre son indépendance, de pouvoir organiser ses journées comme bon lui semble, dans le respect des besoins des enfants, entre ateliers créatifs sous sa casquette d’art-thérapeute, sorties en forêt et ateliers au RPE. À la maison, elle dit trouver un équilibre : « malgré le cadre réglementaire, on explore, on se trompe, on bouge, on prend des risques mesurés, on confronte les enfants à la réalité du terrain, avec une liberté que l’on n’aurait pas forcément en crèche, où cela serait bien plus cadré au vu du nombre d’enfants et des normes imposées ». Et étonnamment, ce qu’elle apprécie, c’est de ne plus être dans le « faire » mais davantage dans l’« être », « être stable, être disponible, être à l’écoute, être la personne fiable… ».

Garder de la spontanéité malgré les contraintes

Avec le recul que lui offrent ses quinze années d’expérience, Inès reconnait qu’assistante maternelle est un métier difficile. Et de citer la pénibilité du travail, les impayés, etc. Au-delà de ces problématiques très concrètes, elle regrette que l’on perde parfois le sens du métier et une certaine spontanéité : « Ces dernières années, beaucoup de lois, de normes, de référentiels ont été produits, nécessaires et indispensables pour protéger les enfants et garantir une certaine qualité d’accueil. Au quotidien, il faut sans cesse adapter ces règles à la réalité, lorsqu’on est seule avec trois enfants d’âges différents, chacun avec son rythme et ses besoins. Et je trouve que cette accumulation de règles peut parfois brouiller le sens du métier, nous faire perdre en spontanéité pour tomber dans la norme et la standardisation ». Elle précise que si ces règles doivent soutenir le métier, il faut rester vigilants pour qu’elles n’en fassent pas perdre le sens pour mieux accompagner l’enfant et ne pas éloigner les professionnels du lien, de la relation.

Quelle place pour l’enfant dans l’espace public ?

Citadine, Inès s’intéresse également à la place de l’enfant dans la ville et l’espace public. Car à Chaville où elle réside, elle regrette que les rues soient devenues dangereuses pour les enfants : trottoirs étroits et en mauvais état, passages piétons dangereux, feux trop rapides. De nombreuses assistantes maternelles sont contraintes d’utiliser des harnais pour assurer la sécurité des enfants. Elle déplore que les parcs soient standardisés et aseptisés, avec peu de propositions pour les moins de trois ans.

Heureusement, il y a la forêt toute proche, car tout ce dont les enfants ont envie, observe-t-elle, c’est de pouvoir grimper aux arbres et faire de la gadoue ! « Dans les parcs, le partage est extrêmement limité, on se retrouve à surveiller les enfants. On ne retrouve pas ce lien que l’on peut créer et partager en vivant des expériences en pleine nature », explique-t-elle, regrettant que les professionnels de la petite enfance et parents n’aient pas été consultés lorsqu’un parc a été récemment rénové ou un RPE reconstruit.

Inès d’Aboville le constate au quotidien lorsqu’elle sort avec « ses petits », dans l’espace public le bruit et le mouvement sont souvent perçus comme des nuisances alors que cela fait partie de la vie, du développement même de l’enfant… Toujours avide de comprendre et d’avancer, l’assistante maternelle suit de près les travaux de Francesco Tonucci sur le concept de la Ville à hauteur d’enfant, et observe les pratiques des pays nordiques…

Mais dernièrement, avec deux collègues assistantes maternelles, elle a dû se mobiliser pour que les enfants puissent profiter pleinement de la bibliothèque municipale, dans laquelle elles n’étaient plus les bienvenus… Et Inès n’est pas du genre à baisser les bras ! En allant à la rencontre des élus, elles ont obtenu des créneaux dédiés pour pouvoir profiter de la bibliothèque, du gymnase… « Ce qui est choquant, c’est que nous avons dû le réclamer, regrette-t-elle.

Un engagement plus professionnel que partisan

Pour aller plus loin et défendre ardemment la place de l’enfant dans la ville, mais également les droits de professionnels de la petite enfance, pour lesquels elle militait déjà dans un syndicat, l’assistante maternelle a sauté le pas et rejoint une liste d’opposition pour les élections municipales de mars 2026 à Chaville. Pour Inès d’Aboville, c’est un engagement de plus qui a du sens, pour tenter de faire bouger les lignes : « Je ne veux pas faire de la politique partisane, assure-t-elle. Mon engagement est professionnel et citoyen pour défendre les personnes vulnérables et les enfants, leur donner la parole, et défendre celles et ceux qui prennent soin d’eux pour un accueil de qualité ».

L’assistante maternelle estime qu’il y a eu un avant et un après le Covid. « On s’est senties totalement abandonnées pendant la pandémie. On nous a demandé énormément, certaines ont arrêté. Bien sûr, nos métiers sont exigeants, mais on ne peut pas demander à un adulte complètement épuisé d’être pleinement disponible pour un enfant… ». En prenant part au débat politique, elle espère faire entendre la voix des professionnels, « pour qu’ils soient davantage écoutés, entendus, soutenus, formés, car pour moi, ce sont vraiment les conditions de la bientraitance », assure-t-elle.

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 05 février 2026

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Une réponse à “Inès d’Aboville, assistante maternelle engagée pour la cause des enfants et des professionnels”

  1. veroniqueluypaert06_150342 dit :

    Quel Parcours Bravo et ca me donne envie d’en savoir plus sur sa ville pour y déménage… : Y a t il une crèche familiale ?

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