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« Je vais travailler l’esprit léger » : à 59 ans, Valérie quitte la direction de crèche pour une MAM

À 59 ans, alors que la retraite n’est plus très loin, Valérie Grillot-Vezard a quitté la fonction publique territoriale pour devenir assistante maternelle dans une MAM. Après plus de vingt ans à diriger des lieux d’accueil, ce changement de voie lui a permis de retrouver ce qui l’avait conduite vers ce secteur : les enfants, les familles et le sentiment d’être à sa place.

Son parcours commence à Paris, à l’école Saint-Honoré, où elle se forme entre 1986 et 1988. Éducatrice de jeunes enfants, elle rejoint la fonction publique territoriale et une halte-garderie de Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne. Elle y restera quinze ans et en garde d’excellents souvenirs. Lorsqu’un multiaccueil ouvre près de chez elle en 2003, Valérie pense postuler comme éducatrice, mais pendant l’entretien, elle comprend que le poste proposé est celui de directrice. « Je me suis dit : “allez, banco, j’essaie.” Je n’avais pas vraiment de représentation de ce qu’était le métier de directrice. » Elle y restera quatre ans, puis prendra la tête d’une crèche familiale reprise par une collectivité. « Mon fils avait été accueilli en crèche familiale. Cela m’intéressait de voir le fonctionnement », explique-t-elle.

Des responsabilités et un quotidien pesant 

La collectivité ouvre ensuite un multiaccueil dont elle prend également la direction. Elle forme des professionnelles, accompagne des équipes et s’investit dans la vie de la collectivité. Cette évolution lui plaît : « J’aime bien me challenger », confie-t-elle. Mais, au fil du temps, le contact avec les enfants lui manque. « Les postes à responsabilité, ce n’était pas le but en soi. Ça s’est fait parce que j’ai eu des opportunités, mais ce n’était pas mon rêve de manager. » Les tâches administratives s’accumulent, les relations avec les responsables de service, « pas toujours bienveillants », pèsent également sur elle. Peu à peu, sa mission perd de son sens, elle ne retrouve plus ses valeurs professionnelles.

Se reconvertir, mais dans quoi ? 

En 2016, Valérie suit une formation du CNFPT en vue d’une mobilité professionnelle. Elle envisage alors de quitter complètement la petite enfance et d’accompagner des agents en reconversion. Mais le projet, qui se révèle très administratif, ne la convainc pas. La formatrice lui fait surtout prendre conscience d’une réalité. Elle m’a dit : « Votre métier, c’est d’être éducatrice. En revanche, maintenant, il faudrait plutôt que vous soyez dans la transmission que dans le management ». Valérie comprend que ce n’est pas son métier qu’elle rejette, mais la manière dont elle l’exerce à ce moment-là. Elle ne voit presque plus les enfants, échange moins avec les familles et manque de temps pour accompagner la professionnalisation de ses équipes. « Je n’étais plus du tout en phase avec ce dont j’avais envie. »

Deux ans plus tard, elle tente une mobilité professionnelle et s’installe en Charente-Maritime, à 200 km de chez elle. Elle postule à un emploi d’animatrice de RPE, mais elle est finalement recrutée pour diriger un petit multiaccueil de douze places. Décidément, les crèches ne sont jamais bien loin. Elle y travaille pendant près de huit ans et retrouve au bout d’un moment les mêmes difficultés : manque de reconnaissance, relations avec la hiérarchie qui se détériorent. Le burn out la guette : « Je ne veux plus faire de la direction », se répète-t-elle.

La MAM, un nouveau départ 

Le changement viendra d’une conversation anodine avec sa boulangère. Celle-ci lui parle d’une MAM menacée de fermeture, que la mairie souhaite voir reprise. Valérie n’avait « jamais pensé » à devenir assistante maternelle. Sa première candidature n’aboutit pas. Une autre possibilité apparaît alors dans un village voisin. Une jeune femme porte un projet de MAM, mais se retrouve seule après le départ de sa future associée. La mairie prête un local et se dit prête à réaliser les travaux. Valérie rencontre la porteuse du projet en août 2024, elle vient d’obtenir son agrément. « Nous n’avons pas le même parcours : elle n’a pas fait d’études, a exercé en usine et en Ehpad, raconte-t-elle. Elle a quatre enfants et souhaitait travailler auprès des tout-petits. » Malgré leurs parcours très différents et leurs presque 30 ans d’écart, le courant passe tout de suite. Avec Sandra, elle prépare le projet pédagogique, le règlement, les démarches auprès de la PMI, l’aménagement du lieu. « Ça me redonnait un petit peu ce pep’s de créer quelque chose. », confie-t-elle.

Perdre de l’argent, mais préserver sa santé 

Valérie demande une rupture conventionnelle qui lui est refusée. Elle choisit donc de démissionner, quitte son poste le 7 décembre 2025 et commence à travailler à la MAM dès le lendemain. Ce changement professionnel a un coût : son revenu passe de 3 000 euros à moins de 2 000 euros par mois. Elle l’accepte, sereine. « Je me suis dit que l’argent ne faisait pas le bonheur. Je n’en pouvais plus. J’allais tomber en burn-out ou en dépression. Il fallait que je fasse quelque chose. » Son conjoint l’encourage lui aussi : « Je ne veux plus te voir pleurer pour le travail », lui dit-il. À 59 ans, Valérie retrouve le plaisir du contact avec les tout-petits et leurs parents.

Comme le lui avait dit la formatrice il y a quelques années, elle privilégie la transmission avec sa jeune collègue. La petite MAM accueille sept enfants : trois avec Valérie et quatre avec Sandra. Le local ne permet pas l’arrivée d’une troisième professionnelle, et toutes deux souhaitent rester en binôme. La délégation d’accueil leur donne une souplesse qu’elles n’auraient pas en étant à leur domicile. Valérie apporte son expérience en matière de gestion administrative et de contrats. Mais les rapports hiérarchiques, eux, c’est du passé ! « Depuis 2003, je n’avais pas eu de collègue de travail proche et je me sentais parfois très seule. Aujourd’hui, je ne le suis plus. Avec Sandra, je peux parler de tout. »

« Je vais travailler l’esprit léger »

Aurait-elle fait ce choix il y a dix ou quinze ans ? Pas sûr. « Je ne considérais pas vraiment le métier d’assistante maternelle comme une profession à part entière, reconnaît-elle. Depuis, mon regard a évolué. J’ai saisi une opportunité. Je me suis fiée à mon intuition en me disant que je n’avais rien à perdre et je ne regrette pas. » Désormais, elle milite pour la professionnalisation du métier. « Je ne veux pas que l’on m’appelle « nounou ». Nous ne sommes pas des nounous : nous sommes des assistantes maternelles, insiste-t-elle. Il faut faire évoluer les représentations. » Valérie ne voit qu’une seule petite contrainte dans sa nouvelle vie professionnelle : elle a moins de congés et ne plus les poser librement. Pour le reste, elle n’a jamais été aussi épanouie. À la fin de ses congés d’été, elle n’a pas redouté son retour au travail avec son lot d’obligations. Une première.« Je suis enchantée et je vais travailler l’esprit léger, conclut-elle. Pour finir ma carrière professionnelle, c’était le mieux qui pouvait m’arriver. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 11 septembre 2026

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