La crèche-pouponnière de Namur : un lieu d’accueil hybride unique
À Namur en Belgique, une structure unique combine crèche ouverte 24h/24 et pouponnière. L’établissement « Les Bouts d’Choux » accueille 30 enfants dont 12 placés en urgence par l’Aide à la jeunesse. Emilie Detré, sa directrice, et Pauline Dame puéricultrice, racontent le quotidien de ce lieu atypique qui s’apprête à déménager pour offrir un cadre encore plus adapté aux jeunes enfants.
La crèche-pouponnière de Namur est née dans les années 1980 d’abord comme simple crèche, puis a progressivement élargi ses horaires pour fonctionner en continu, 24 heures sur 24. Cette ouverture permanente a permis d’accueillir des enfants dont les parents travaillaient en horaires décalés, mais aussi, dès le départ, des enfants en situation d’urgence. Par exemple, une mère seule qui devait accoucher pouvait y confier son premier enfant. Face à l’augmentation des demandes de placement, la structure a décidé de créer une pouponnière. Initialement limitée à huit places, elle en compte aujourd’hui douze, et doit passer prochainement à seize. « Normalement, c’est un accueil d’un an renouvelable, précise Emilie Detré, la directrice du lieu. Notre but premier est de travailler avec le parent pour que l’enfant puisse retourner à la maison. » Mais dans la réalité, certains enfants restent beaucoup plus longtemps.
54 professionnelles pour un accueil continu
Comment s’organise le quotidien dans ce lieu hybride où certains enfants vivent en continu tandis que d’autres ne font qu’y passer la journée ou la nuit. Le mot d’ordre est l’organisation : la crèche-pouponnière compte aujourd’hui 54 professionnelles, dont 39 puéricultrices*, mais aussi des techniciennes de surface, deux assistantes sociales, trois psychologues et trois infirmières en santé communautaire. « En journée, les puéricultrices se relaient par plages horaires : certaines commencent dès 7 heures, d’autres prennent le relais à midi, et d’autres encore viennent en horaires intermédiaires. Cela permet d’assurer une continuité auprès des enfants tout au long de la journée. », souligne Emilie Detré. Chaque jour, environ quatorze puéricultrices sont présentes simultanément pour les quatre sections, tandis qu’une seule veilleuse assure la surveillance la nuit. « C’est très peu, surtout pour une pouponnière, regrette la directrice. Quand nous passerons à seize enfants l’an prochain, nous aurons enfin deux personnes la nuit. » En France, un décret publié le 4 septembre, a renforcé les taux d’encadrement dans les pouponnières. Deux membres de l’équipe au minimum doivent être présents présents la nuit, dont une puéricultrice.
Recréer un cadre familial malgré la collectivité
Les enfants de la crèche, dont les parents travaillent en horaires atypiques, n’ont pas de rythme régulier. L’irrégularité peut être perturbante pour les enfants de la pouponnière, présents eux en permanence. D’autant plus que beaucoup d’adultes gravitent autour d’eux. La vie s’organise ainsi autour de rituels précis, pensés pour offrir le plus de stabilité aux enfants de la pouponnière. Chaque section suit une journée type détaillée, et chaque enfant placé dispose d’une « nounou », une puéricultrice référente qui l’accompagne durant tout son séjour. Paulie Detré met l’accent sur l’importance de cet accompagnement individualisé. « Comme ils sont tout le temps en collectivité, il est essentiel de permettre aux professionnels de prendre du temps avec chacun d’entre eux. Ils vont se promener ensemble, manger à midi quelque part. L’objectif est vraiment de créer un lien privilégié entre l’enfant et son adulte de référence ».
Mais c’est un défi quotidien, car il faut disposer d’un encadrement suffisant pour que l’accueil ne devienne pas une simple « garderie ». Si la structure ne rencontre pas de difficultés particulières pour recruter, c’est surtout le budget qui limite les possibilités d’embauche. La structure est gérée par une ASBL (association) travaillant en partenariat avec la ville de Namur. La directrice ne peut pas recruter autant qu’elle le souhaiterait. Mais malgré ces contraintes, elle met un point d’honneur à maintenir un cadre de travail positif. « Une ambiance de travail saine et bienveillante, c’est déjà une grande part de ce qui permet à l’enfant de se sentir bien au quotidien. », confie-t-elle.
Une mixité vécue naturellement par les enfants
Les enfants de la crèche et ceux de la pouponnière, surnommés les « poupons » vivent ensemble au quotidien. Ils partagent les mêmes espaces et les mêmes activités. Les enfants de la pouponnière parlent de la structure comme de leur maison et cette situation est vécue de manière très naturelle. Contrairement aux inquiétudes de certains adultes, les « poupons » ne semblent pas souffrir de cette différence. « On le ressent très peu au quotidien, observe la directrice. On ne voit pas d’enfant qui dit : “moi, je n’ai pas de papa ou de maman qui vient me rechercher”. Ils ont compris que les autres ont leur maison ailleurs et qu’eux c’est ici. » Pour Pauline Dame, puéricultrice depuis 27 ans dans la crèche, la cohabitation est une richesse pour tous les enfants. « Ceux qui vivent ici voient la vie de l’extérieur : les parents qui déposent et reprennent leurs enfants, les grands-parents qui passent… Ils découvrent qu’il existe un quotidien au-delà de la pouponnière. » Elle évoque certaines fragilités particulières observées chez les enfants. « L’une que l’on rencontre parfois, explique-t-elle, c’est la question de la figure paternelle. Comme nous sommes une équipe composée uniquement de femmes, des enfants arrivés bébés chez nous peuvent grandir sans jamais avoir de contact quotidien avec un homme. Pour certains, la découverte d’un papa est presque une surprise. »
Des parents convaincus
Les parents adhèrent pleinement à ce projet de mixité. Leurs enfants retrouvent chaque jour leurs camarades de la pouponnière. « Ils parlent des “poupons” chez eux comme de leurs copains, de façon positive, poursuit Emilie Detré. Il n’y a pas toutes ces barrières sociales que nous créons souvent nous-mêmes. » Néanmoins, « parfois, il faut simplement rappeler aux parents que certains enfants vivent ici à plein temps et qu’ils peuvent avoir des besoins spécifiques », complète Pauline Dame. Cela peut concerner, par exemple, un suivi en kinésithérapie qui est directement assuré par la crèche. »
Un projet de déménagement pour mieux accueillir les plus grands
À l’origine, la pouponnière accueillait uniquement des enfants de 0 à 3 ans. Mais en 2009, un nouvel arrêté en Belgique a élargi l’âge d’accueil jusqu’à 6 ans. Ce changement a créé des difficultés, car la structure avait été conçue et équipée pour les tout-petits. Les lits, les baignoires et les espaces ont été pensés pour les enfants de moins de trois ans, ce qui rend parfois difficile l’accueil des 4–6 ans. C’est l’une des raisons pour lesquelles un grand projet de déménagement est prévu pour 2026.
Dans ce futur bâtiment, réparti sur trois étages, « il y aura deux étages pour la crèche, et le dernier étage sera un grand appartement pouponnière, avec toutes des chambres individuelles », détaille Pauline Détré. Elle ajoute : « Les enfants plus âgés pourront rentrer après l’école dans leur appartement, sans devoir replonger directement dans la collectivité. Ce sera leur espace à eux, plus personnel, même si la crèche sera juste en dessous et qu’ils pourront aller dire bonjour à une puéricultrice s’ils le souhaitent. »
* En Belgique, le nom de puéricultrice désigne la profession d’auxiliaire de puériculture en France.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 02 octobre 2025