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La relation avec les parents : une compétence essentielle du métier d’assistante maternelle

Derrière chaque contrat d’accueil se joue une relation de confiance entre parents et assistante maternelle. Une dimension discrète, mais fondamentale que rappelle Julie Questel, assistante maternelle et autrice du Grand Guide de l’Assistante Maternelle – de l’agrément au quotidien*.

8 h 12. L’enfant est déjà assis sur le tapis, une voiture dans chaque main. Il observe, hésite un peu, puis reprend son jeu. Le parent, lui, reste debout dans l’entrée. Il sourit, repose une question sur le repas, vérifie une dernière fois le sac, puis finit par dire, un peu gêné : « Je crois que c’est moi qui ai le plus de mal à partir. » La scène est banale. Elle se joue pendant une familiarisation, un premier contrat, parfois même après plusieurs semaines. Elle ne dit pas une fragilité excessive. Elle dit autre chose : une confiance qui commence à se déplacer. Confier son enfant à une assistante maternelle, ce n’est pas seulement trouver un mode d’accueil. C’est accepter qu’une autre personne entre dans le quotidien familial, voit l’enfant grandir, entende ses pleurs, partage une partie de son histoire.

Cette dimension du métier est partout, et pourtant elle reste souvent peu connue. L’assistante maternelle n’est pas seulement une professionnelle de l’enfance. Elle est aussi une professionnelle de la relation. Pas parce que ce serait une qualité personnelle attendue, ni parce que certaines auraient naturellement plus d’aisance que d’autres. Mais parce que cette relation avec les parents fait partie du travail, au même titre que l’accueil, l’observation, la sécurité ou l’accompagnement au développement du tout-petit

Un métier : trois personnes, pas deux

Dire que l’assistante maternelle accueille un enfant est juste, mais incomplet. Dans la réalité, elle accueille toujours une histoire familiale avec lui. Des habitudes, des inquiétudes, des attentes, parfois des maladresses. L’enfant est au centre, évidemment. Mais le trio assistante maternelle-enfant-parents est indissociable.

Le nier revient à appauvrir le métier. Un enfant qui dort mal chez l’assistante maternelle, ce n’est pas seulement une question de rythme. C’est aussi un parent qui peut s’inquiéter, culpabiliser, comparer, chercher une explication. Une séparation difficile le matin, ce n’est pas seulement un enfant qui pleure. C’est aussi un adulte qui apprend à partir sans avoir l’impression d’abandonner son enfant. Une morsure, une chute, une journée compliquée, ce sont toujours des faits à transmettre, mais aussi des mots à choisir.

Cette part relationnelle demande du tact, de la précision et du calme. Elle exige de savoir dire sans dramatiser, expliquer sans se justifier à l’infini, tenir un cadre sans raidir la relation. Rien de tout cela n’est accessoire. C’est une compétence professionnelle à part entière.

Des parents qui débutent aussi

Dans beaucoup de situations, l’assistante maternelle a déjà vu la scène vingt fois. Un bébé qui pleure à la séparation, un enfant qui mange moins pendant l’adaptation, un parent inquiet pour la sieste, une question insistante sur les selles, le lait, les chaussons ou les horaires. Pour les parents, c’est souvent la première fois.

Cette différence d’expérience peut créer un décalage. Côté professionnelle, certaines questions semblent revenir sans cesse. Côté parent, elles sont nouvelles, chargées d’émotion, parfois posées maladroitement. Il ne s’agit pas de faire comme si toutes les demandes étaient raisonnables. Certaines ne le sont pas. Mais partir du principe que le parent est « pénible » ou « incompétent » ferme souvent la porte trop vite.

La plupart des parents apprennent en temps réel. Ils découvrent ce que signifie confier un enfant, supporter de ne pas tout voir, ne pas tout maîtriser, recevoir le récit d’une journée qu’ils n’ont pas partagée. L’assistante maternelle devient alors l’un des premiers tiers de confiance de la famille. Avant l’école. Parfois avant même les grands-parents dans le quotidien de nombreuses familles. C’est considérable, et c’est rarement dit avec cette netteté.

Guider sans faire à la place

Cette place demande une grande justesse. L’assistante maternelle n’a pas à prendre la place des parents. Elle n’a pas à décider à leur place, ni à se transformer en spécialiste de leur vie familiale. Mais elle peut guider. Et ce guidage discret fait partie du métier.

Guider, c’est parfois traduire ce qui se passe : « Aujourd’hui, la séparation a été plus longue, mais il s’est apaisé après quelques minutes. » C’est parfois remettre un fait à sa juste taille : « Il a peu mangé ce midi, mais il était en forme et a bien goûté. » C’est parfois alerter clairement, quand quelque chose se répète ou mérite attention.

La difficulté est là : transmettre sans infantiliser, rassurer sans minimiser, poser une limite sans humilier. Cela demande de l’expérience, de la mesure, une capacité à choisir le bon moment et les bons mots. C’est une compétence qui s’exerce, qui s’affine, et qui mérite d’être reconnue comme telle. La légitimité professionnelle de la relation se construit là. Dans ces micro-décisions quotidiennes qui ne se voient pas sur une fiche de paie, mais qui tiennent parfois tout l’équilibre de l’accueil.

Quand la relation est difficile

Il serait trop simple de ne parler que des relations fluides. Certaines familles font confiance rapidement, respectent le cadre, comprennent les contraintes du métier. D’autres arrivent avec beaucoup d’anxiété, des exigences déraisonnables, une méfiance installée ou une difficulté à distinguer besoin d’être rassuré et contrôle permanent.

Messages répétés dans la journée, demandes de photos, inquiétude au moindre bleu, horaires discutés chaque semaine, remarques sur l’organisation de la maison : ces situations existent. Elles ne résument pas toutes les relations, mais elles font partie du réel.

Une relation compliquée ne signifie pas forcément que l’assistante maternelle a échoué. Elle peut révéler un cadre trop flou, des attentes mal posées au départ, un parent très inquiet, une incompatibilité réelle ou simplement une période de tension. Dans tous les cas, le travail professionnel consiste à ne pas laisser l’émotion du moment décider seule de la réponse. Cela ne veut pas dire tout accepter. Au contraire. La relation de confiance ne tient pas sur l’effacement de la professionnelle. Elle tient sur des règles compréhensibles, des paroles cohérentes, des limites dites assez tôt et une continuité entre ce qui est annoncé et ce qui est fait.

Des liens forts, discrets, durables

Il y a aussi ce que cette relation apporte à l’assistante maternelle elle-même. Le métier expose à la fatigue, à la solitude, aux tensions administratives, aux fins de contrat parfois abruptes. Mais il construit aussi des liens forts, souvent discrets, parfois durables.

Certaines familles restent en mémoire longtemps. Pas seulement parce qu’un enfant était attachant, mais parce qu’une confiance s’est tissée au fil des mois. Une mère qui ose dire qu’elle est épuisée. Un père qui apprend à faire autrement le départ du matin. Des parents qui remercient pour une phrase, une observation, une présence stable à un moment où leur propre vie bouge beaucoup.

Ces liens ne doivent pas masquer la réalité contractuelle du métier. L’assistante maternelle n’est pas un membre de la famille, ni une présence affective interchangeable. Elle occupe une place professionnelle particulière, dans un espace très intime : celui des premiers attachements, des premières séparations, des premières inquiétudes parentales.

Cette place oblige à une forme de maturité professionnelle rarement visible. Elle demande de rester proche sans se confondre, disponible sans s’effacer, engagée sans tout porter. Quand cette relation fonctionne, elle ne rend pas seulement l’accueil plus agréable. Elle sécurise l’enfant, apaise les parents, et permet à l’assistante maternelle d’exercer son métier avec davantage de clarté.Reconnaître cette compétence relationnelle, ce n’est pas embellir le métier. C’est le regarder en face. Accueillir un enfant, c’est aussi accueillir les adultes qui apprennent à le confier.

Et certains matins, tout commence par un parent qui reste un peu trop longtemps dans l’entrée.

Le Grand Guide de l’Assistante Maternelle – de l’agrément au quotidien est disponible ici 

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Julie Questel

PUBLIÉ LE 29 mai 2026

MIS À JOUR LE 30 mai 2026

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