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Julie, assistante maternelle : « stop aux clichés sur notre métier »

Depuis plusieurs jours, de nombreuses assistantes maternelles expriment leur lassitude, voire leur colère. En cause : des représentations simplistes, parfois erronées, du métier, relayées par certains médias, et vivement dénoncées par les professionnelles elles-mêmes sur les réseaux sociaux. Julie Questel, assistante maternelle et autrice du Grand guide de l’assistante maternelle, prend la parole pour tordre quelques idées reçues.

Prises séparément, il a des petites phrases qui peuvent sembler anodines. Mais mises bout à bout, elles traduisent un vrai manque de reconnaissance. Mon objectif ici n’est pas de créer un débat, mais de remettre un peu de réalité derrière des clichés que l’on entend encore trop souvent.

« Tu restes chez toi, c’est tranquille »

Travailler à domicile est encore trop souvent assimilé à une forme de confort ou de facilité. Dans le cas des assistantes maternelles, cette vision est largement déconnectée de la réalité. Exercer à son domicile implique de transformer un lieu de vie personnel en un espace professionnel conforme aux exigences de la Protection maternelle et infantile (PMI). Aménagements spécifiques, normes de sécurité, contrôles réguliers : le domicile devient un lieu inspecté, normé et évalué.

À cela s’ajoute une responsabilité permanente. Accueillir plusieurs enfants en bas âge suppose une vigilance continue, sans pause réelle, parfois sur des amplitudes horaires de 45 à 48 heures par semaine. Le fait d’être « chez soi » ne réduit ni la charge physique ni la charge mentale. Il les déplace. Cette réalité ne concerne pas uniquement la professionnelle. Elle impacte aussi l’ensemble de la famille. Conjoints et enfants vivent au rythme de l’accueil, avec des espaces restreints, des règles imposées et un sentiment récurrent de ne plus être pleinement chez soi. Ce ras-le-bol familial, rarement évoqué, fait pourtant partie intégrante des contraintes du métier et participe à l’usure sur le long terme.

« Tu fais des coloriages toute la journée »

Cette phrase (ou d’autres dans le même esprit) montre à quel point le travail des assistantes maternelles est souvent mal compris. Les activités proposées aux enfants ne sont ni improvisées ni accessoires. Elles sont pensées en fonction de l’âge, du développement, du rythme et des besoins de chaque enfant. Observer, ajuster, accompagner, sécuriser : chaque temps d’activité participe au développement moteur, cognitif, affectif et social.

Au-delà des activités visibles, une journée d’accueil comprend l’organisation des repas, la gestion des temps de sommeil, l’accompagnement des émotions, la prévention des conflits, la transmission aux familles et l’adaptation permanente aux imprévus. Ce que l’on oublie souvent, ce sont aussi les obligations de formation. Avant même d’accueillir un enfant, l’assistante maternelle doit suivre une formation initiale obligatoire. À cela s’ajoutent des heures de formation continue tout au long de la carrière, indispensables pour actualiser ses connaissances, renforcer ses pratiques et répondre aux exigences du cadre réglementaire. Réduire ce travail à des « coloriages » revient donc à nier non seulement la dimension éducative du métier, mais aussi le socle de compétences professionnelles et de formation sur lequel il repose.

« Tu peux t’occuper de tes enfants et de ton ménage en même temps »

Cette remarque montre surtout une confusion entre vie personnelle et travail. Quand un enfant est accueilli, l’assistante maternelle en est pleinement responsable. Sa sécurité, son bien-être et ses besoins passent avant tout le reste. Il n’est donc ni possible ni acceptable de faire autre chose en priorité. Dans ce métier, la frontière entre vie privée et travail est très fine. Beaucoup de tâches sont réalisées en dehors des heures d’accueil et ne sont pas payées : préparer les activités, les repas, nettoyer le matériel et les espaces utilisés par les enfants, gérer l’administratif ou anticiper les besoins à venir. Oui, il arrive de lancer une machine pendant une sieste. Mais les repas, la préparation des journées et l’organisation du quotidien se font le plus souvent sur le temps personnel, en dehors du temps de travail déclaré. Parler de « cumul » des rôles revient donc à passer sous silence des heures de travail bien réelles, mais largement invisibles.

« Tu gagnes bien ta vie »

Cette phrase revient souvent, mais elle ne reflète pas la réalité. La grande majorité des assistantes maternelles ne travaille pas 35 heures par semaine. Les contrats se situent le plus souvent autour de 45 à 48 heures hebdomadaires. Et celles qui travaillent sur des bases plus proches de 35 heures sont très loin des revenus avancés dans certains discours médiatiques.

Pour atteindre des montants élevés, il faut cumuler de longues amplitudes horaires, sans réelle coupure dans la journée, avec une responsabilité permanente. Là encore, la réalité est bien différente de l’image simplifiée qui circule. Autre point fréquemment confondu : les indemnités d’entretien. Elles ne constituent pas un salaire, mais un remboursement des frais engagés pour l’accueil des enfants. Matériel, repas, eau, électricité, produits d’entretien… tout cela a un coût.

Dans ce métier, une partie du matériel de travail est achetée par la professionnelle elle-même : poussettes (parfois deux ou trois), sièges auto, chaises hautes, lits, jeux, équipements de sécurité. Peu de métiers demandent d’investir autant dans son propre matériel sans que cela soit réellement pris en compte dans le discours public.

« Tu es ton propre patron », « tu choisis tes horaires et tes congés »

Ces deux phrases reviennent souvent, mais elles ne reflètent pas la réalité du métier. Comme je l’explique dans mon livre, une assistante maternelle n’est pas indépendante. Elle est salariée des parents, qui sont ses employeurs. Il y a un contrat de travail, des règles à respecter, des congés payés et des cotisations, comme pour tout salarié. Dans le quotidien, il existe malgré tout une certaine autonomie. L’assistante maternelle choisit les familles avec lesquelles elle travaille, fixe ses horaires et ses tarifs dans un cadre précis, choisit son matériel et organise ses journées. Mais cette autonomie a des limites et ne signifie pas liberté totale.

Les horaires, les congés ou les absences ne se décident pas seule. Tout ce qui n’est pas prévu au contrat doit être discuté et validé avec les parents employeurs. Et avec plusieurs contrats en cours, les ajustements sont souvent compliqués. Autre réalité bien connue du terrain : les parents employeurs sont souvent novices. Les démarches administratives sont complexes, et c’est la plupart du temps, l’assistante maternelle qui explique, accompagne et sécurise, alors même qu’elle est salariée. Ce fonctionnement particulier, entre salariat et autonomie, fait pleinement partie du métier. Il est encore mal compris de l’extérieur, mais très bien connu des professionnelles. On est donc loin de l’image d’un métier sans cadre ou sans contraintes.

Remettre un peu de réalité

Cadre réglementaire renforcé, formations obligatoires, exigences accrues en matière de sécurité, de pédagogie et d’organisation : la réalité du terrain a beaucoup évolué. Au fil des années, le métier d’assistante maternelle s’est profondément professionnalisé. Il n’a plus rien à voir avec l’image que l’on pouvait en avoir il y a vingt ou trente ans. Les médias continuent ont tendance à présenter ce métier comme un travail simple, voire comme un moyen de gagner facilement de l’argent. Cette vision est en total décalage avec notre quotidien et alimente incompréhension, fatigue et découragement, alors même que les besoins d’accueil restent importants.

Je voudrais ajouter que malgré les contraintes, c’est aussi un très beau métier. Un métier de lien, de confiance, de présence au quotidien auprès des enfants et de leurs familles. Un métier exigeant, mais profondément humain. Peut-être serait-il temps que ceux qui en parlent prennent le temps de le regarder de plus près. Une semaine en immersion suffirait sans doute à montrer le vrai quotidien des assistantes maternelles, avec ses difficultés, mais aussi avec tout ce qui fait la richesse et le sens de ce métier.

Julie Questel

PUBLIÉ LE 08 janvier 2026

MIS À JOUR LE 09 janvier 2026

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4 réponses à “Julie, assistante maternelle : « stop aux clichés sur notre métier »”

  1. Romain F. dit :

    Une prise de parole qui entre dans le détail et qui démontre qu’un travail, s’il se veut journalistique, informatif, se doit d’être poussé. Dans le cas contraire, les clichés qui écorne les métiers de la petite enfance (ou tout autre sujet « traité ») et ne seront pas près de disparaitre. Un texte à mettre en avant.

  2. Christelle Poitiers dit :

    Entièrement d’accord, assistante maternelle depuis 21 ans
    Tout est dit dans ce texte : investissement personnel, contraintes de la famille et pour ça je rajouterai quand les nôtres font des horaires atypiques ce n’est pas toujours facile
    Et aussi même si on accueille pas forcément les enfants quand ils ont certaines maladies : gastro , beaucoup de température… on passe une partie de l’hiver souvent à accueillir des enfants qui toussent, qui ont le nez qui coulent,qui font des otites et tout ça renforce encore les responsabilités
    Et pour finir combien de collègues sont obligées de réclamer leur salaire face à des parents irrespectueux, pour certaines il arrive que ça finisse aux prud’hommes
    La dernière phrase du texte résume parfaitement ce métier et ce côté humain…bravo

    • LN Lar2 dit :

      En effet, parent particulier employeur irrespectueux, fait passer par la case Prud’hommes se rajoutant à l’étiquette du non-dit. Les réseaux sociaux et les médias font passés notre métier pour ce qu’il n’est pas : faignantes, gouvernante, etc… Le temps du respect me semble très loin et pourtant, dieu sait si j’adore mon métier que j’ai toujours voulu exercer. Bon courage et meilleurs vœux 2026!

  3. Fanjalalaina Veyrenc dit :

    Merci pour cet article qui résume tout
    Et je suis tout a fait d’accord ‘ ,ça parle ce que nous vivons au quotidien
    Malgres tous ses infos
    J’ai le métier d’assistante maternelle

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