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Assistante maternelle : pourquoi mettre en place une lettre d’information pour les parents

Pour une assistante maternelle, bien informer les parents ne relève pas seulement de l’organisation. C’est une clé essentielle pour instaurer un climat de confiance, prévenir les incompréhensions et rendre visible le travail réalisé auprès des enfants. Julie Questel, autrice du « Grand Guide de l’Assistante Maternelle – de l’agrément au quotidien », revient sur l’intérêt de mettre en place une lettre d’information pour améliorer la relation avec les parents.

« Je ne savais pas… »
« On ne m’avait pas dit… »
« Ah bon, ça fonctionne comme ça ? »

Ces phrases, beaucoup de professionnelles les ont déjà entendues.

Et bien souvent, ce n’est pas un problème de fond. Ce n’est pas un manque d’implication des parents. C’est simplement que certaines informations n’ont pas été suffisamment claires, ou pas transmises au bon moment. La communication orale est essentielle. Elle crée le lien, elle permet les échanges au quotidien. Mais elle a aussi ses limites : elle s’oublie, elle se transforme, elle dépend du contexte.

C’est là que la lettre d’information prend tout son sens. Il ne s’agit pas d’un papier officiel, c’est un document simple, envoyé régulièrement aux parents, qui permet de regrouper les informations importantes sur l’accueil : organisation, fonctionnement, activités, évolutions. Encore peu utilisé, il peut pourtant vraiment changer le quotidien.

Clarifier le cadre sans avoir à répéter

Au quotidien, certaines informations reviennent souvent : horaires, organisation, règles de fonctionnement. Sans support écrit, cela implique de répéter, de reformuler, parfois de se justifier… et malgré tout, on passe à coté de certaines choses. Une mère qui découvre en cours d’année qu’un fonctionnement a évolué depuis plusieurs semaines peut avoir le sentiment de ne pas avoir été informée, même si cela a été expliqué à l’oral. La lettre d’information permet de poser les choses, calmement. Elle évite de cibler une situation ou une famille en particulier. Le cadre est posé pour tous, de manière claire, sans tension. C’est aussi une trace écrite. Et dans la pratique, cela compte. Avoir posé les informations par écrit permet de sécuriser le cadre et d’éviter de nombreux malentendus.

Construire une relation de confiance au service de l’enfant

La relation avec les parents ne se limite pas aux transmissions du matin et du soir. Elle s’inscrit dans une démarche de coéducation. Les parents ont besoin de comprendre ce que vit leur enfant. Sans cela, ils comblent les vides comme ils peuvent, avec leurs propres repères, parfois éloignés de ce qui se passe réellement pendant l’accueil.

Une mère qui reçoit régulièrement des informations sur la journée de son enfant, sur ses évolutions, sur ce qui est proposé, ne cherche plus à deviner. Elle comprend, elle s’ajuste, et les échanges deviennent plus apaisés. Dans la pratique, le changement est souvent rapide : les transmissions du soir deviennent moins défensives, moins chargées, parce que les bases ont déjà été posées ailleurs.

Un enfant qui passe ses journées à manipuler, trier, explorer, mais dont les parents pensent qu’il « joue simplement » , faute d’explications , ne bénéficie pas pleinement de cette continuité entre ses deux environnements. Quand les adultes partagent les mêmes repères, l’enfant évolue dans un cadre plus cohérent. Et cette cohérence ne relève pas du confort : elle participe directement à sa sécurité affective.

Un cadre reconnu dans les pratiques professionnelles

Le référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, publié en juillet 2025, met clairement en avant l’importance d’une communication régulière, accessible et compréhensible avec les familles. Il insiste aussi sur la continuité entre les différents lieux de vie de l’enfant.

La lettre d’information s’inscrit pleinement dans cette logique. Elle n’est pas obligatoire, mais elle répond concrètement à ce qui est attendu dans une pratique de qualité. Pour une professionnelle en accueil individuel, sans équipe ni cadre institutionnel quotidien, cela signifie souvent créer soi-même les supports qui permettent cette continuité. La lettre d’information fait partie de ces outils.

Rendre son travail visible, simplement

Le quotidien avec les enfants est riche… mais tout n’est pas visible. Un exemple très simple permet de comprendre. Un enfant passe du temps à transvaser des graines avec une cuillère. Sans explication, un parent peut penser qu’il « s’occupe ». Dans une lettre d’information, cela peut être expliqué ainsi : « Ce mois-ci, les enfants ont réalisé de nombreuses activités de transvasement avec des graines, des cuillères et de petits pots. Ce type de manipulation les aide à mieux contrôler leurs gestes, à se concentrer et à développer leur autonomie.» En lisant cela, le parent comprend immédiatement ce qui se passe et pourquoi. Ce n’est plus « juste un jeu ». C’est une étape dans le développement de l’enfant.

Moins de charge mentale au quotidien

Certaines professionnelles qui mettent en place une lettre d’information constatent rapidement un changement : moins de répétitions, moins de tensions, plus de fluidité. Dans la pratique, ce qui évolue aussi, c’est la posture : les échanges deviennent moins dans la réaction, plus dans l’anticipation. Le temps est souvent un frein. Dans la réalité, une organisation simple suffit : noter au fil des semaines, garder le même modèle, rédiger en une fois. Et le temps gagné ensuite compense largement.

Et si les parents ne lisent pas ?

Tous ne lisent pas tout. Mais certains lisent, d’autres conservent, et beaucoup reviennent à l’information au moment où ils en ont besoin. L’essentiel, c’est que l’information existe, qu’elle soit accessible. Et surtout, elle a été transmise. C’est déjà une base différente pour la relation.

Que mettre dedans ?

Une lettre d’information reste simple. Elle n’a pas besoin d’être longue pour être utile.

Les informations pratiques

Dates de congés, changements d’horaires, organisation des semaines à venir. Tout ce qui demande habituellement un rappel oral à chaque parent.

La vie quotidienne

Les évolutions observées chez les enfants, les ajustements dans la routine, ce qui a changé dans le fonctionnement. Une phrase suffit : « Depuis quelques semaines, les temps de sieste ont été ajustés pour les plus grands, qui ont besoin de moins de sommeil en journée. »

Les activités proposées

Pas une liste d’activités, mais une ou deux explications concrètes sur ce qui a été fait et pourquoi. C’est ce type de contenu qui change le regard des parents sur le quotidien.

Les rappels du cadre

Horaires, matériel à prévoir, règles importantes. Posés pour tous, sans viser personne, le message passe sans tension.

Un point sur la période

L’ambiance du moment, un projet en cours, une thématique travaillée avec les enfants. Ce point donne de la vie à la lettre et montre que l’accueil n’est pas une routine figée. L’idée n’est pas d’en faire trop. Une page suffit. Ce qui compte, c’est que les parents retrouvent à chaque envoi une structure qu’ils reconnaissent.

Mise en place

Certaines professionnelles utilisent déjà un cahier de liaison. Les deux outils sont complémentaires : le cahier de liaison suit le quotidien de chaque enfant, au jour le jour. La lettre d’information s’adresse à toutes les familles et pose un cadre commun. L’un ne remplace pas l’autre.

Plusieurs rythmes sont possibles :

  • une fois par mois, pour un suivi régulier
  • tous les deux mois, pour celles qui démarrent
  • à chaque période de vacances, pour faire un point global
  • tous les 6 mois ou une fois par an, en complément d’autres supports

Pour ma part, tous les 6 mois cela peut être suffisant, s’il y a déjà une bonne communication mise en place. Pour autant, le rythme importe moins que la régularité. Une lettre attendue et tenue vaut mieux qu’un rythme ambitieux abandonné au bout de deux mois. Un format simple suffit : PDF ou version papier. Les échanges du quotidien restent essentiels, mais ne remplacent pas un support structuré. La communication orale crée le lien. Mais sans support écrit, elle laisse trop de place à l’interprétation.

Rappel important : c’est la même lettre pour tout le monde. Cela permet de remettre un cadre sans interpeller une famille en particulier. Et cela reste un outil : il ne faut pas que l’assmat le ressente comme une charge, au contraire, il doit simplifier sa relation avec les parents. Cela peut même être seulement une fois par an pour les rappels importants. L’essentiel, c’est de savoir que cet outil existe et qu’il peut être utilisé quand le besoin se présente.

Pour aller plus loin, le livre de Julie :
Le Grand Guide de l’Assistante Maternelle – de l’agrément au quotidien, conçu pour accompagner les assistantes maternelles dans la structuration concrète de leur pratique professionnelle.

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Julie Questel

PUBLIÉ LE 14 avril 2026

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