Comment échapper à la pandémie numérique
L’enfant-écran
17,50€
Sylvie Dieu Osika est une pédiatre exerçant en ville et à l’hôpital public de Bondy. Mais, depuis une dizaine d’années, c’est aussi une lanceuse d’alerte. Son cheval de bataille ? Dénoncer la pandémie numérique et ses conséquences sur le développement des tout-petits. Comme toute lanceuse d’alerte qui se respecte, son discours -considéré par ses détracteurs comme « radical » et « diabolisant » les écrans — bouscule et dérange…Mais sur le terrain, il fait désormais écho aux observations de plus en plus de professionnels confrontés à des enfants de moins de 4 ans surexposés aux écrans. L’enfant-écran aussi, sans doute.
Son livre condense ses observations cliniques, depuis l’ouverture de sa consultation dédiée à la surexposition aux écrans en 2019, et toute la littérature scientifique sur le sujet. « Aucune des deux approches n’est dépourvue de biais, écrit-elle. La clinique est bourrée de subjectivité et la science, pleine de schématisations et d’approximations. L’une et l’autre se complètent merveilleusement bien, pour peu que l’on admette leurs limites. »
Avec le souci permanent de ne pas juger et ni de culpabiliser les jeunes parents nés « dans l’internet », Sylvie Dieu Osika dresse également un tableau très sombre sur une société qui ferme des PMI, qui ne propose pas assez de places dans les crèches et dans les haltes-garderies, qui ne soutient pas assez les parents isolés… Mais ce tableau est nécessaire pour que la prise de conscience devienne collective et soit suivie de mesures préventives et protectrices sur tout le territoire pour lutter efficacement contre la « pandémie numérique ».
Elle milite pour que l’utilisation du numérique, qui fait désormais partie de nos vies, soit abordée systématiquement lors de l’entretien prénatal précoce. Mais « informer et interdire ne suffira pas, cependant : il est devenu indispensable de légiférer », écrit-elle dans la dernière partie de son livre, tout en faisant le parallèle avec l’alcool et le tabac, avec une liberté de parole dénuée de tout conflit d’intérêts avec des lobbys numériques.
Son livre va sûrement bousculer et sans doute déranger encore… Mais il montre aussi que l’on peut « guérir » d’une surexposition aux écrans. Il se termine d’ailleurs sur une ordonnance de sevrage des écrans qui a fait ses preuves avec les enfants qu’elle a reçus en consultation : ils sont sortis de leur bulle.
Anne-Flore Hervé
PUBLIÉ LE 21 février 2025