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Les mots, mais pas seulement : le non-verbal plus puissant que le verbal !

Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

En quoi nos paroles sont-elles utiles aux enfants ? Que perçoivent -ils et que comprennent-ils lorsque nous leur parlons ?
Certes les bébés sont d’emblée captivés par la mélodie de nos paroles. Celles-ci prendront sens progressivement au fur et à mesure qu’ils peuvent les associer à ce qu’ils perçoivent. En effet, ils les enregistrent et font le lien avec les objets, les situations, leurs ressentis que nous leur nommons : « voici ton biberon, tu as l’air d’avoir faim, tiens, regarde le chien, je te lave ta main… ». Les mots peuvent alors évoquer l’objet, l’action, la personne même en leur absence et en grandissant, l’enfant pourra les utiliser à son tour pour s’exprimer.

Mais les enfants perçoivent le non-verbal bien avant et bien plus encore que par nos mots. Ils sont touchés par le vivant, le sensoriel, le corporel, par nos ressentis, par le vrai de nos intentions. Ils ont une telle finesse, une telle sensibilité dans leurs perceptions, une telle connexion avec l’humain qu’ils reçoivent quelque chose de nos pensées, de nos intentions et de l’émotionnel qui va avec, quelque chose de notre vie intérieure.
L’enfant a donc besoin que nos paroles soient authentiques et vivantes.
Nos mots sont comme la partie émergée d’un iceberg, fait de notre vie psychique, de notre profondeur, et sur lequel l’enfant est branché bien au-delà des mots que nous employons.
Nous pourrions dire qu’il lit dans nos pensées (souvent mieux que nous-mêmes et au-delà de ce dont nous en avons conscience). Nos psychismes communiquent de façon invisible et profonde.
Ses antennes puissantes vers ce non-verbal, souvent non-pensé et non-conscient le font percevoir tout ce que nous avons en tête, en corps et en cœur au-delà des mots.
Les mots, s’ils sont plaqués, décollés du vivant, de l’incarné ou sans cette épaisseur ont donc peu d’impact et ne peuvent venir toucher l’enfant.
Ainsi si nous disons « tout va bien » alors que nous sommes nous-mêmes inquiets, c’est cette inquiétude que l’enfant perçoit et à laquelle il réagit. Si nous sommes pressés ou préoccupés, par exemple « pressés qu’ils s’endorment pour aller en réunion » c’est cela que l’enfant perçoit et il ne parvient pas à s’endormir même si nous faisons comme d’habitude. De même si nous avons « parlé d’un enfant en réunion », le comportement de celui-ci change, comme par magie.

Ainsi le choix des mots que nous adressons à l’enfant est important, mais ce sont nos ressentis, nos émotions et notre intention à son égard qui comptent.
Il ne suffit pas de répéter des phrases « apprises », qui resteraient un peu « plaquées », superficielles, artificielles.

L’enfant perçoit notre réelle attention envers lui, notre réelle intention de prendre soin de lui, de comprendre ce qu’il vit et ressent, notre souhait qu’il se sente bien.
Ainsi lui dire « tu as le droit d’être en colère », en étant soi-même en colère, et peut-être sans réellement le penser à ce moment-là, ne peut aider un enfant à traverser ce volcan. (Et petit clin d’œil, est-ce que la colère est un droit ? N’est-ce pas plutôt un bouillonnement qui submerge l’enfant ? L’exprimer de façon adaptée est un droit pour les plus grands, capables de maitriser leurs comportements, oui).
Lui dire, en le pensant profondément « je vois que tu es en colère, ce n’est pas agréable pour toi, je ne sais pas pourquoi, mais il y a sûrement une bonne raison » sera beaucoup plus aidant.
Au-delà de la formulation, cela nécessite un vrai travail pour les adultes de compréhension, de présence et d’accueil.
Ce travail du profond, de l’invisible est bien une des grandes complexités du travail après des jeunes enfants. Un vrai challenge pour nous tous !


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PUBLIÉ LE 03 décembre 2024

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