Les premières auxiliaires de puériculture : ces bonnes fées penchées sur les berceaux des petits en crèche
Par Laurence Rameau
Infirmière puéricultrice, formatrice, auteure
L’histoire des auxiliaires de puériculture commence en 1947, l’année qui institue le diplôme d’État de puéricultrice et qui, dans le même temps, crée le certificat d’auxiliaire de puériculture. L’idée est alors de donner une certification aux candidates puéricultrices ayant passé leur première année d’étude. La circulaire de 1948 en définit ainsi la raison d’être : « Former non des cadres, mais des exécutantes dans les services de protection maternelle et infantile, ainsi que des éleveuses d’enfants. » Le ton est donné. Il s’agit ici de professionnaliser « l’élevage » des enfants, en créant un métier spécifiquement prévu en ce sens.
La puériculture existe déjà.
Des cours de puériculture sont déjà donnés à des jeunes filles, notamment par L’école centrale de puériculture de Paris, ouverte depuis 1917. Cet enseignement se déroule dans le cadre de l’enseignement ménager qui débute à peu près à cette même époque. Par le biais de la puériculture, on souhaite apprendre aux filles à « conserver et développer les tout petits enfants, dans les meilleures conditions possibles. » L’objectif est de s’adresser tôt aux futures mères afin de leur donner les moyens de pouvoir mettre en pratique, ultérieurement, des règles d’hygiène appropriées à la lutte contre la mortalité infantile, tout en les plaçant d’ores et déjà dans le rôle social qui leur est assigné.
À partir de la création du certificat d’auxiliaire de puériculture, plusieurs écoles commencent à former ces futures professionnelles capables de travailler auprès des puéricultrices en exécutant les soins de base, qui leur sont délégués.
Professionnaliser le rôle maternel au sein des crèches : création de la vocation professionnelle.
En cette fin de 20ᵉ siècle, la création du métier d’auxiliaire de puériculture correspond complètement à une professionnalisation des actrices intervenants dans le champ de la petite enfance et particulièrement des crèches, avec la mise en place d’une hiérarchie entre les métiers. Les auxiliaires de puériculture travaillant dans les crèches se plient à ce nouvel ordonnancement et intègrent les nouvelles normes professionnelles, elles-mêmes reflétant celles qui marquent la place des femmes dans la société comme mères. De ce fait, les qualifications nécessaires à l’exercice de ce métier sont le dévouement, l’amour des enfants, la patience et la douceur. Et, bien que le chemin emprunté soit celui de la professionnalisation, grâce à une formation complète, à la fois théorique et pratique, la raison d’être du métier est considéré comme vocationnelle et sacrificielle. De ce fait, aux berceuses qu’il fallait faiblement rémunérer pour que leur condition reste proche de celles des mères des enfants dont elles s’occupaient, se substituent les auxiliaires de puériculture qu’il n’est pas nécessaire de rétribuer bien plus, puisque leur métier est avant tout un don de leur personne à la cause enfantine.
Les premières jeunes filles qui suivent ce parcours de formation sont généralement issues de la classe sociale populaire, venant de familles ouvrières, agricultrices ou commerçantes. Ce métier correspond pour elles à une opportunité leur permettant de poursuivre une formation plus avancée que celles de leurs parents, sans pour autant devoir aller trop longtemps à l’école. En effet, la formation dure un an dont dix mois sont consacrés aux stages. Les cours sont axés sur l’anatomie du bébé, l’accompagnement des mères pour leur allaitement, les soins d’hygiène, la nutrition des enfants et les soins aux enfants malades. Le sentiment maternel et l’amour des enfants sont les dispositions considérées comme indispensables à la fois à l’entrée en formation et aussi à l’obtention du certificat. Cette base d’établissement de leur métier place ces professionnelles dans la contrainte d’oublier les difficultés qui s’y rattachent. Elle efface la lourdeur physique et mentale que représente la prise en charge permanente de si jeunes enfants, et fausse l’idée de constituer un véritable travail. Dans la mesure où elles agissent à la crèche, comme le feraient des mères à leur domicile, elles ne sont que des substituts de ce qui est déjà considéré comme un « non travail », puisqu’il s’agit de leur propre rôle familial.
La création d’un programme commun à toutes les écoles
Au début, chaque école établit son propre programme de formation et établit donc son propre certificat. En 1958 un premier arrêté fixe le type d’épreuves permettant d’obtenir le certificat d’auxiliaire de puériculture, lequel porte la mention de l’école dans laquelle les études ont été faites. Ce n’est qu’à partir de 1970 que le certificat est délivré par la Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale. De ce fait, le programme des études d’auxiliaire de puériculture s’unifie en fonction des épreuves permettant de réussir l’examen qui n’est plus le fait des écoles. Il est prévu que les candidates doivent réussir des épreuves écrites sur l’enfant sain et l’enfant malade, des épreuves pratiques en soins d’hygiène et en diététique et des épreuves orales sur l’enfant sain ou malade et sur la protection maternelle et infantile ou l’hygiène. La formation est uniquement ouverte aux jeunes filles (puisque le texte est formulé au féminin) âgées d’au moins 17 ans et ayant un niveau d’étude correspondant à la fin de la troisième.
Dans les crèches, alors que les puéricultrices sont en quelque sorte les yeux, les oreilles et les bras armés des pédiatres qui ne font qu’y passer, les auxiliaires de puériculture prennent peu à peu la place des berceuses. Car, même si leur professionnalité n’est pas exigée avant 1975 pour travailler dans les crèches, leur parcours de formation les rend plus aptes à l’élevage hygiénique des enfants. De ce fait, elles deviennent indispensables et ce sont bien elles qui s’occupent réellement des jeunes enfants.
L’ouverture aux hommes et la mise en place de la distance professionnelle
En 1985 un nouvel arrêté définit l’auxiliaire de puériculture comme « un(e) professionnel(le) qui a reçu dans une école agréée une formation sanctionnée par le certificat aux fonctions d’auxiliaire de puériculture. » Rien de nouveau semble-t-il ? Si, car c’est à ce moment-là qu’est introduit officiellement le masculin, donc la possibilité pour les hommes de suivre ce type de formation. Ils sont évidemment peu nombreux à s’y risquer, tant la référence liée à ce métier reste celle du maternage. Les auxiliaires de puériculture deviennent peu à peu les bonnes fées exécutives des crèches, prenant soin des enfants selon les modèles qui leur sont inculqués dans les écoles. Ce sont elles qui les portent, les câlinent, les nourrissent, les endorment, les changent et jouent avec eux. Au plus près des tout-petits, elles veillent sur leur développement et alertent les puéricultrices lorsque surgissent des problèmes. Ces deux métiers, qui touchent directement à la puériculture, c’est-à-dire à l’art d’élever les enfants, restent en rapport direct avec les soins de maternage, de nourrissage et d’entretien des tout-petits, comme relais des fonctions archaïques dévolues aux mères, en tant que nourrices. Ce qui ne manque pas de poser parfois des problèmes de conflits « d’élevage » et de jalousies entre les professionnelles et les mères des enfants. Est-ce cette raison qui poussent les intervenants extérieurs et particulièrement les psychologues récemment arrivés dans les crèches, à proposer un nouveau cadre de positionnement professionnel ?
À cette époque, il est demandé aux bonnes fées des crèches de créer une distance entre elles et les enfants, afin de marquer leur professionnalité et donc leur différence avec les mères. Dans certaines crèches, il leur est interdit de prendre les enfants inutilement dans les bras, de leur faire des câlins, et encore moins des bisous, autant de gestes d’affection qui sont censés être réservés aux seuls parents. Ce concept de « distance professionnelle » va durer jusqu’au début des années 2000, date à laquelle on va (re)découvrir la théorie de l’attachement et comprendre l’impact des gratifications affectives sur le cerveau.
A suivre
PUBLIÉ LE 23 septembre 2026
Une réponse à “Les premières auxiliaires de puériculture : ces bonnes fées penchées sur les berceaux des petits en crèche”
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Bravo pour cet article très instructif. Hâte de lire la suite…
Musicien et ancien papa de la crèche, j’ai été bouleversé il y a quelques années par les liens tissés entre l’un de mes fils et une auxiliaire de puériculture de la ville de Paris.
Cela m’a ouvert les yeux sur la richesse de ce métier essentiel et fascinant, à la fois privilégié et tellement difficile, mais encore si peu valorisé.
J’en ai fait une chanson en 2024 (« Auxiliaires dans la lumière »), pour rendre hommage à toutes les femmes (et les trop rares hommes) passionnés qui l’exercent, et que je repartage ici avec plaisir : https://ffm.to/auxiliaires-dans-la-lumiere 😊