Magaly, assistante maternelle à Manosque : « Je ne travaille pas, j’accueille »
Avec ses 25 années d’expérience, Magaly fait partie de ces assistantes maternelles qu’on n’oublie pas et qui ne mâchent pas leurs mots. Exigeante avec les familles et avec elle-même, elle considère que l’accueil des enfants constitue à la fois un engagement total, un mode de vie et une source de joie quotidienne. Un témoignage hors norme et revigorant !
Quand Magaly évoque ses débuts, elle parle d’abord d’une rupture : puéricultrice de formation, elle s’éloigne rapidement du monde médical et institutionnel. « J’ai toujours su que je voulais travailler auprès des enfants, observe-t-elle. Mais très vite, j’ai compris que les protocoles rigides, les injonctions éducatives, ce n’était pas pour moi. J’étais malheureuse à la crèche Je préfère observer l’enfant, m’adapter à lui qu’appliquer des consignes à la lettre. » Elle quitte donc la voie toute tracée et entame une carrière d’assistante maternelle.
Une pause forcée… et un retour qui s’impose
Sa trajectoire n’a rien d’un long fleuve tranquille. Après plusieurs années de métier, elle décide de mettre en pause son activité, suite à un conflit douloureux avec des parents. Ces derniers, qui déménagent, refusent de lui verser l’indemnité de fin de contrat et déposent un signalement mensonger auprès de la PMI. « Ils ont dit que je faisais dormir les enfants dans un placard, se rappelle-t-elle. C’était faux, évidemment. Mais j’ai dû passer devant une commission, me défendre… C’était dur, très dur. »
Elle fait une pause de quatre ans. Grâce au Fongecif, elle reprend des études de photographie, travaille pour des magazines, puis revient, presque par hasard, à son premier amour : les bébés. Des familles croisées dans son activité de photographe la sollicitent. « Elles m’ont dit : “Vous êtes faite pour ça.” Elles avaient raison. » Et finalement, tout recommence.
« Râler n’est pas un projet professionnel »
S’il y a bien un sujet qui irrite Magaly, c’est le climat de mécontentement permanent qui règne, selon elle, chez beaucoup de ses collègues assistantes maternelles et qui est perceptible sur les réseaux sociaux. Magaly n’a rien contre le fait de pointer les dysfonctionnements du secteur. Elle-même a traversé des épreuves, connu l’épuisement, subi une dénonciation injuste. Mais elle refuse l’idée que la plainte devienne une posture permanente. « Quand on lit certaines assistantes maternelles, on dirait qu’elles sont contraintes de faire ce boulot. Mais personne ne les y oblige ! s’agace-t-elle. Si tu n’aimes pas les enfants, si tu ne supportes pas les parents, si tu passes ta journée à râler, change de métier ! »
L’assistante maternelle y voit un problème plus profond : trop de professionnelles, selon elle, ont choisi ce métier pour de mauvaises raisons. « Beaucoup ont pris cet agrément pour pouvoir rester à la maison avec leurs propres enfants, avance-t-elle. Pas par passion, pas par vocation. Juste parce que ça arrangeait leur vie personnelle. Mais l’accueil d’enfants, c’est un vrai métier. Pas un arrangement de planning. »
Sa maison, un « tendre capharnaüm »…
Magaly se sent aussi en décalage avec certaines assmats très actives sur les réseaux sociaux. Elle critique les décors aseptisés, tous identiques, où l’on sent davantage une recherche d’esthétique que de confort pour les enfants. « Ce que je vois sur les réseaux, c’est désolant. Elles ont toutes les mêmes décos : tout est blanc, tout est lisse, tout est faux. On dirait des vitrines, des maisons témoins. On perd l’âme. Moi, j’ai des traces de petites mains sales sur le mur, des enfants qui jouent par terre. » Sa maison, dit-elle, est un « tendre capharnaüm ». Elle y vit avec ses animaux, ses souvenirs, les enfants qu’elle accueille comme des petits invités du quotidien. « Les parents me disent : au moins chez vous, on ne se sent pas coupables d’avoir une maison en désordre ! », confie-t-elle, amusée.
Des jouets simples, naturels…
Par ailleurs, chez elle, pas de jouets à piles, de gadgets éducatifs à la mode. « Le tableau Montessori à 60 euros ? Non merci. Ici, les enfants ont des passoires et des spaghettis. Ils apprennent tout autant, et surtout, ils apprennent pour de vrai », assure la professionnelle, qui préfère laisser aux parents « les bricolages à la colle chaude ou les empreintes parfaites ».
Chez elle, les enfants jouent avec des objets du quotidien, des matériaux bruts, sensoriels, qui stimulent la motricité fine et la créativité sans danger ni surcoût. Elle refuse, par exemple, les tours d’observation, qu’elle juge dangereuses. « Si vous voulez cuisiner avec votre enfant, mettez-vous à sa hauteur. Pas l’inverse. »
Choisir ses familles, une priorité
Chez Magaly, on entre sans frapper. « Je n’aime pas les sonnettes. Ça fait du bruit, ça peut réveiller un enfant ou faire aboyer le chien. Donc, les parents, je leur dis : “Entrez. Je n’ai rien à cacher.” » Cette attitude ouverte reflète bien sa philosophie : assumer pleinement ce qui se passe dans sa maison, ne rien cacher. Elle ne conçoit pas son métier sans une relation de confiance totale avec les familles. En contrepartie, Magaly met un point d’honneur à cadrer la relation avec les parents dès le départ. L’entretien initial ne se fait jamais chez elle, mais au parc. Elle y observe l’enfant, expose ses règles, et n’hésite pas à refuser un contrat si le fonctionnement de la famille ne lui convient pas. « Je dis toujours : je suis la nounou de vos enfants. Je suis là pour les accompagner, vous aider, vous délester. Mais je ne ferai pas semblant. Je n’appliquerai pas des règles qui ne me correspondent pas. »
Parmi ses règles les plus atypiques : les repas. Elle impose aux parents de préparer, chacun à leur tour, les repas de tous les enfants accueillis. « Sinon, on se retrouve avec un qui mange bio, un qui a des petits pots industriels, un qui a des knackis… Et bien sûr, tous veulent ce qu’a le voisin. C’est injuste, souligne-t-elle. Donc chacun cuisine pour tous, une fois par semaine. Magaly n’est pas non plus fan « des doudous magnifiques, uniques, offerts par marraine ». « Parce que, si on le perd, c’est le drame », poursuit-elle.
À la place, elle a mis en place un système bien à elle, qu’elle explique aux familles dès le début de l’accueil : elle demande que les parents apportent quatre t-shirts basiques, de couleurs qu’elle choisit pour éviter les doublons avec ce qu’elle a déjà.« Je demande à ce qu’ils les portent, dorment avec. Que l’odeur de la maison, de la maman ou du papa y reste. C’est ça, le vrai doudou : ce qui rassure, ce qui sent le lien. »
Un salaire confortable autour de 4000 euros
Magaly ne cache rien. Ni son attachement aux enfants, ni ses exigences, ni sa rémunération. Contrairement aux idées reçues, elle assume pleinement de bien gagner sa vie. « Je tourne autour de 4 000 euros par mois. Je suis puéricultrice, j’ai de l’expérience, je travaille à temps plein, en horaires atypiques, avec quatre enfants. »
Elle précise qu’elle respecte toutes les règles, déclare tout, rend des comptes chaque mois à la PMI. Et ajoute qu’elle a attendu que l’un des enfants accueillis fête ses trois ans pour demander une extension temporaire à cinq enfants quelques jours dans le mois. Elle reste donc parfaitement dans le cadre légal. « Ce n’est pas un salaire que toutes les assistantes maternelles touchent, c’est vrai, concède-t-elle. Mais on a toutes droit à accueillir jusqu’à quatre enfants. Et on bénéficie d’un abattement fiscal très favorable. Beaucoup de collègues ne réalisent pas ce que ce métier peut offrir… à condition de le prendre au sérieux. » Mais elle reconnaît que le métier est exigeant.« Il faut une maison adaptée, une organisation béton, de l’endurance, de la souplesse… et de l’autorité. Quand on fait bien son travail, qu’on est stable, carrée, et qu’on a une bonne réputation, on n’a même plus besoin de chercher : ce sont les parents qui nous appellent. Il y a des familles qui me demandent : “Dis-nous quand on peut faire un deuxième bébé pour que tu aies une place.” »
Une professionnelle qui continue à apprendre
Ce qui est frappant chez Magaly, au-delà de son expérience et de son franc-parler, c’est son curieux mélange d’assurance et d’humilité. Elle connaît parfaitement son métier, ses droits, ses limites, mais elle estime avoir toujours besoin de se former. « La semaine prochaine, je vais suivre une formation sur le nouveau CMG, indique-t-elle. Parce qu’on ne peut pas faire comme si rien ne changeait. Il faut rester à jour. »
Elle le fait sur son temps personnel, souvent les week-ends, sans être payée, et sans se plaindre, bien au contraire. Elle y voit une exigence, voire un devoir professionnel. « Il ne faut pas rester sur ce qu’on croit savoir. Il y a toujours à apprendre, surtout dans notre métier. Les enfants changent, les familles changent, les politiques changent. On doit rester en mouvement. » La suite ? Magaly ne songe pas à arrêter. Comme elle le dit avec émotion : « Chaque matin, je me lève sans avoir l’impression d’aller travailler. On m’amène des petits bouchons avec qui je vais passer la journée… Qu’est-ce que je pourrais demander de mieux ? »
Candice Satara
PUBLIÉ LE 08 juillet 2025
7 réponses à “Magaly, assistante maternelle à Manosque : « Je ne travaille pas, j’accueille » ”
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
Bjr . Je pense que Magaly est une grande gourmande au-delà de son métier qu’elle affectionne tout particulièrement en sachant que les assmats ne sommes pas imposable. 4 agréments et toucher 4000 € sans proposer de d’activités particulières ainsi qu’une maison qui ressemble à un capharnaüm c’est abusé. Les formations sur son temps libre sont rémunérées , faut préciser.
Certaines choses me choc.
Comment peut elle imposer aux autres parents de préparer les repas de tous les enfants. 😲
Chez moi chaque enfant apporte son repas préparer par son parents et cela ne pose pas de soucis aux enfants.
Tout comme imposer le doudou 🤔🤔
Les formations en dehors du temps d’accueil son rémunéré elle aussi.
Et que dire du 1er rdv en dehors du domicile 😬
Nous avons un abattement fiscal, mais nous sommes imposable.
Bonjour,
Magaly,
Je retrouve votre amour et votre investissement pour ce métier.
Oui ce métier doit être une vocation.
Je suis assmat depuis 6 ans maintenant, avant je travaillais en crèche, je ne me retrouvais plus dans cette prise en charge un peu moins bienveillante. Le nombre de professionnelles n’est plus suffisant pour assurer malheureusement un accueil de qualité aux petits..
Oui je suis d’accord, bcp de nos collègues, pas toutes, ne faisons pas de généralité, font ça pour garder leurs propres enfants, ou pour rester chez elle.
Mais bcp aussi sont très investis.
Je constate souvent, moi un manque de connaissance concernant les besoins de l’enfant.
Surtout le développement neuro, les émotions, le individuel..
Mais oui, c’est un métier on l’on donne bcp, ou lon gagne bien sa vie.. J’ai un agrément pour 4. J’en prends que 3.
Car c’est possible pour moi et surtout je m’y retrouve côté bienveillance 😊
Mais nous faisons des grosses journées, nous donnons bcp, nous accompagnons et l’enfant mais aussi les parents. Notre maison, 4000€ ce n’est pas mon salaire, 3 enfants en général c’est 2400€ pour 45 h/ semaine. Sans compter les avant/ après. Rangement, nettoyage, préparation, investissements.. Paperasse…
Mais j’aime mon métier et oui il faut se former tjrs et tjrs.. J’ai 54 ans !!! Les petits nous maintiennent jeunes quand on aime notre métier ça se voit et ils nous le rendent bien 🤗
Sa
Gagner 4000 euros par mois me semble énorme en faisant 45 h par semaine ….
Se permettre de critiquer la façon d’agencer les espaces des autres assmat est limite abusé, chacun travaille à sa façon.
Entrer sans frapper ce n’est pas pret d’arriver chez moi , c’est un.manque de respect désolée.
Les formations sont rémunérées et je n’ai pas entendu parler d’une formation sur la nouvelle réforme, a la rigueur une réunion d’information.
Qui plus est cela concerne plus les parents que nous assmat .
Elle dit être dans la l’égalité, en faisant des horaires atypique respectes t’elle les 11h de repos entres chaque enfant ,Le plafond journalier caf et les 2250 h par an
Bref maintenant tout le monde va croire qu’une assmat gagne 4000 euros par mois …
Bonjour, je trouve votre témoignage courageux et fort. On sent a travers celui-ci votre engagement envers les enfants et les familles. Votre mode de fonctionnement est interessant car il m’a fait poser des questions sur le mien. Mais ça va il nest pas si mal finalement 😅 contrairement à d’autres collègues, je ne m’offusque pas que vous donniez votre avis sur d’autres modes de fonctionnement.
Quant a une formation non rémunérée le samedi ça pourrait etre possible, avec un syndicat ou une association. Je vous rejoins dans votre posture et votre force de conviction. Cest tellement agaçant d’être tout le temps « lynchee », jugée sans avoir tous les tenants et aboutissants.
Moi aussi j’ai de très bons revenus, proches du votre, avec plus de contrats mais je ne me plaint pas. J’adore mon métier, j’adore les enfants, et je suis aussi carré avec les parents.
Votre fonctionnement (doudou repas et autre) est OK avec les parents, pourquoi dire que cest inadmissible ? Ca ne nous regarde pas.
Merci au journaliste d’avoir transmis ce témoignage qui change de ce qu’on lit habituellement.
Une assistante maternelle passionnée comme vous.
A la lecture de ce témoignage et malgré la ferveur que cette assistante maternelle met dans son métier, il y a des pratiques qui m’interpellent comme :
– recevoir les parents au parc et non chez soi. Cela veut dire que les parents ne voient pas l’espace de sommeil, ne peuvent pas juger de la sécurité et de la qualité de l’environnement mis en place ?
– imposer aux parents de préparer les repas de tous les petits. Cela me semble aléatoire en terme de qualité, de diversité et d’hygiène alimentaire. Et même dangereux en cas d’allergie. De plus, je ne pense pas que la PMI accepte ça.
– imposer les doudous ? Il me semble que c’est à l’enfant de choisir son doudou et pas à l’assmat…
Enfin, il y a de super professionnelles extrêmement investies qui ont choisi ce métier pour rester avec leurs enfants. Et je ne vois pas où est le problème.
Pour moi, les assistantes maternelles qui causent du tord au métier, sont celles qui jugent leurs collègues comme le fait Magaly.