Municipales : quand assistantes maternelles et professionnelles de crèche sont candidates
Quand nous avons lancé cet appel sur Facebook, « Professionnels de la petite enfance et candidats aux municipales », nous ne nous attendions pas à un tel succès. Vous avez été très nombreuses (hé oui, seules des professionnelles se sont manifestées) à nous répondre et à nous dire que votre engagement – nouveau ou déjà ancien – était évidemment lié à vos métiers et à vos convictions que la petite enfance, l’enfance et l’éducation sont des sujets essentiels.
Près de 100 commentaires, une quarantaine de réponses en messagerie, le sujet des élections municipales et de l’éventuel engagement des professionnels de la petite enfance dans la vie de leur commune vous a fait réagir. Les assistantes maternelles semblent être les plus nombreuses à souhaiter s’engager même si d’autres professionnelles le font ou le feront. Quand elles ont déjà exercé un mandat, en général, toutes souhaitent « rempiler » tant l’expérience a été enrichissante et tant elles ont eu le sentiment d’œuvrer en faveur de l’enfance et des familles, leurs domaines de prédilection.
S’engager dans un autre domaine que la petite enfance ?
Le premier commentaire du post Facebook que nous avons publié le 27 février nous a surpris et presque fait culpabiliser. Notre question était-elle mal formulée ? Voilà ce que disait Isabelle : « Quand on est élu, on l’est pour un engagement pour toute la commune, pour tous les citoyens, et pas pour son propre intérêt personnel. On devrait s’engager pour le bien commun. Sinon, ça s’appelle un conflit d’intérêt. Donc défendre ma profession, je le fais à un autre niveau ». Ce à quoi Laetitia lui a répondu : « Personnellement, je préfère voir des adjoints spécialistes dans leur domaine plutôt que des personnes qui n’y connaissent rien, comme ministres ». Babeth a renchéri : « Je suis sur une liste dans une commune de 900 habitants, mais je n’y suis pas en rapport avec mon métier, comme dit plus haut, c’est un engagement plus global dans lequel les intérêts pros ne devraient pas avoir de place. »
Mais la meilleure réponse est sans doute celle de Typhaine, EJE et responsable de RPE, inscrite sur une liste pour les municipales avec l’envie d’être élue : « J’ai à cœur, explique-t-elle, de mettre mes connaissances et mon expérience professionnelle au service de l’intérêt général et de contribuer concrètement à la vie de la commune ».
La polémique s’est arrêtée là, et tous les témoignages postés ou que nous avons reçus en messagerie privée, convergent : difficile, voire impossible de dissocier engagement citoyen et engagement professionnel.
Porter la voix de l’enfance sur son territoire
N’en déplaise à Isabelle ou à Babeth, ce n’est pas pour défendre des intérêts corporatistes, que les assistantes maternelles ou les professionnelles de crèche s’engagent dans la vie de leur commune, mais plutôt pour porter haut et fort la voix de l’enfance dans le débat public sur leur territoire. Virginie explique : « Assistante maternelle dans une commune de 20 000 habitants, je suis candidate pour la deuxième fois. Nous sommes trois assistantes maternelles sur une liste de 35. Pour les droits des femmes, les familles monoparentales et pour la création de plus de logements d’urgence pour les femmes, enfants maltraités. Car protéger les familles, c’est aussi protéger les enfants ».
Le témoignage d’Inès , elle aussi assistante maternelle le souligne aussi : « Je ne veux pas faire de la politique partisane, assure-t-elle. Mon engagement est professionnel et citoyen pour défendre les personnes vulnérables et les enfants, leur donner la parole, et défendre celles et ceux qui prennent soin d’eux pour un accueil de qualité. » Et Sandrine, directrice de crèche en lice sur une liste citoyenne, souhaite « représenter la petite enfance, aider les familles fragiles et monoparentales ».
Parfois les motivations sont encore plus précises et on sent poindre comme un peu de colère dans ce que nous a écrit une autre Sandrine, assistante maternelle : « J’ai décidé de m’engager cette année afin d’utiliser mes compétences au service de la petite enfance et faire cesser la guéguerre entre crèches et assistantes maternelles. (…) Montrer qu’il est tout à fait possible de travailler ensemble pour le bien des enfants. Je suis porteuse de plusieurs projets pour unir écoles crèches, assistantes maternelles et personnes âgées. »
Ou au contraire, l’intérêt des familles et des enfants s’intègrent à une approche plus large et militante. C’est ce que défend Marie qui explique : « Je suis assistante maternelle et élue municipale, engagée sur les questions d’environnement, de participation citoyenne et de lien social. Si je me réengage aujourd’hui, c’est parce que je crois à une commune qui prend soin de ses habitants à chaque étape de la vie, et particulièrement des familles […]. Pour moi, accompagner les familles, c’est aussi penser un environnement sain, des lieux de rencontre vivants, une commune qui facilite les coopérations. C’est cette dynamique-là que je souhaite continuer à porter ».
La place de l’enfant dans la ville
Les municipales sont par excellence les élections où il convient d’évoquer la place de l’enfant dans la ville (ville à hauteur d’enfant, délégation des droits de l’enfant dans chaque ville, etc.) C’est une motivation forte des candidates. Typhaine, souligne : « Je suis convaincue qu’une ville pensée à hauteur d’enfant est une richesse pour tous. Lorsqu’on prend en compte les besoins des plus jeunes, on crée des espaces plus accueillants, plus sécurisants et plus adaptés aux familles comme à l’ensemble des habitants. À travers cet engagement, je souhaite partager mes idées et m’investir notamment autour de la prévention des violences faites aux enfants, du développement d’une ville plus attentive aux besoins des enfants, et de la création d’espaces pensés pour les familles, favorisant le lien social et le vivre-ensemble ». Inès aussi l’évoque : « J’ai envie aussi de réfléchir à la place de l’enfant dans l’espace public » dit-elle dans son témoignage.
Une envie et le sentiment d’être utile et de faire avancer les choses
Les élues à nouveau candidates partagent ce sentiment d’avoir été utiles, elles ont donc envie de poursuivre ce qu’elles ont entrepris. C’est le cas de Silvia, ancienne assistante maternelle. « Je suis actuellement une élue, avec comme délégation la petite enfance, un domaine que je connais parfaitement. C’est d’ailleurs pour cela que l’on m’avait sollicitée. Mon quotidien ne concerne pas les métiers de la petite enfance, cela est géré bien plus haut. Je préside les commissions d’admission pour les places en crèche, je travaille avec le service petite enfance qui propose des actions et en tant qu’élue je valide ou pas. Je suis également en relation avec les RPE, les assistantes maternelles. J’organise le festival petite enfance, je me rends régulièrement dans les structures afin d’assister aux diverses activités. Je travaille sur les points de pondération, les différents règlements. Bref. Être élue de la petite enfance, c’est surtout travailler avec un service sur le quotidien des structures rien à voir avec les statuts du métier. Voilà un petit retour de ma modeste expérience. Je me représente pour un deuxième mandat. »
Sandrine (une troisième Sandrine !) a tout fait en petite enfance : assistante maternelle, auxiliaire de puériculture, EJE, formatrice Snoezelen. Elle est conseillère municipale depuis six ans et elle se représente cette année. « Je suis en charge des écoles, du CCAS et des actions sociales. Je travaille aussi sur un groupe a la communauté sur la petite enfance, enfance et jeunesse et sur le handicap. Il me paraissait vraiment nécessaire que tout soit combiné car ça a vraiment du sens pour moi. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est l’intérêt de l’enfant ! Mon expérience de professionnelle de la petite enfance, ma connaissance fine du terrain, ma possibilité d’échanger avec mes collègues de travail ont un véritable impact, sont une vraie plus-value pour assurer mes missions de conseillère. Je connais les problématiques de terrain et peux être force de proposition, légitime et pertinente. C’est un exercice très enrichissant. Je crois fermement que l’engagement politique peut faire changer les choses. Ensemble, on va y arriver ! ».
Isa, élue petite enfance de sa ville va se représenter, fière de son bilan ! « Durant ce mandat, j’ai œuvré pour remettre la petite enfance à sa juste place, porter des projets structurants, dynamiser le secteur et impulser une vision renouvelée et plus ambitieuse de ces métiers essentiels », nous a-t-elle écrit.
Enfin une dernière Sandrine, assistante maternelle, explique : « Cette année, j’ai sauté le pas et je suis sur une liste. C’est le seul moyen de faire avancer les choses pour la petite enfance. J’ai soigneusement sélectionné le candidat, pour être sûre que ce ne soit pas que des promesses et que je puisse agir concrètement ».
On ne peut que remercier et souhaiter bonne chance à toutes ces candidates qui vont donner de leur temps et déployer toute leur énergie pour que dans leurs communes (autorités organisatrices du SPPE, faut-il le rappeler), l’enfance et la petite enfance soient pleinement reconnues comme des sujets importants, dignes de bénéficier (y compris et surtout à l’échelon local) de politiques ambitieuses. À suivre les 15 et 22 mars prochains !
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 04 mars 2026