Nawal Quemeneur, ex responsable marketing, a monté sa Mam
Rien ne prédisposait Nawal Quemeneur, titulaire d’un master 2 en gestion de PME et entreprenariat, à rejoindre le secteur de la petite enfance. Et pourtant, alors enceinte de son premier enfant, elle saute le pas. D’abord en crèche puis en tant qu’Atsem pour finalement ouvrir en septembre dernier sa Mam en Meuse. Un choix gagnant pour la jeune femme qui en parallèle est présidente de l’atelier d’Eden, une association d’éveil linguistique et culturel.
Du marketing à la petite enfance
Alors qu’elle travaille depuis quelques années dans un bureau d’études d’efficacité énergétique, en tant que responsable marketing et développement, Nawal Quemeneur tombe enceinte de son premier enfant. Et là c’est le déclic, elle souhaite se reconvertir dans la petite enfance car elle trouve cela « génial ! ». Nous sommes en 2013. La jeune femme s’occupe de son fils puis, en 2017, passe le CAP PE (aujourd’hui CAP AEPE) avec le Cned. « J’ai travaillé dans trois crèches différentes, explique-t-elle, avec la volonté de devenir dans un premier temps EJE ». Mais elle se voit proposer un poste dans une école maternelle près de chez elle qu’elle accepte. Et dans la foulée prépare le concours d’Atsem qu’elle obtient. « Toute la partie prise d’initiatives sur la création d’outils pédagogiques que l’on n’a pas lorsqu’on est Atsem me manquait terriblement », confie-t-elle. Elle crée donc une association d’éveil linguistique et culturel, l’atelier d’Eden « pour assouvir cette envie de lancer des projets ». En pratique, elle propose des ateliers de lecture bébé et de kamishibaï plurilingue dans des Maisons de solidarité, Mam… et dans son école maternelle.
Un an pour monter sa Mam
Mais Nawal n’est pas totalement satisfaite. Son rêve : avoir sa propre structure. A l’arrivée de son troisième enfant, elle prend un congé parental et continue à faire de la veille sur le secteur espérant enfin concrétiser son souhait. Elle découvre les maisons d’assistantes maternelles et abandonne son idée de micro-crèche. « Avec la maturité et le recul, je me suis dit qu’une Mam me correspondait mieux et puis, on a moins cette pression du taux de remplissage qu’en crèche », souligne-t-elle. « Avec une collègue qui travaillait depuis 20 ans en crèche et qui voulait aussi monter sa structure, nous avons eu la chance de trouver en septembre 2022 un local de 125 m² en location », indique-t-elle. Banco ! Elles se lancent toutes deux dans ce projet de Mam. Et, pour ce faire, Nawal obtient une mise à disposition. La Mam A Petits Pas à Dommary-Baroncourt ouvre ses portes en septembre 2023.
Budget de fonctionnement, taux de rentabilité…
Rétrospectivement, Nawal se rend compte que ses études de gestion l’ont beaucoup aidé dans le montage de projet. « Bien sûr, on a la Pmi qui nous accompagne, la Caf qui nous donne des informations, mais ce n’est pas assez poussé », affirme-t-elle. Elle poursuit : « Pour une assistante maternelle qui n’a pas de bagage gestion d’entreprise, cela peut vite être compliqué et hasardeux. Faire un budget prévisionnel d’investissement, ça ne s’improvise pas. » Nawal pointe aussi la formation initiale de 80 heures, laquelle est, selon elle, trop axée assistante maternelle à domicile. « On n’a pas les mêmes besoins quand on exerce chez soi que lorsque l’on travaille en Mam. Il y a des charges autres à prendre en compte », insiste-t-elle. Et développe : « Une Mam, c’est un peu comme une entreprise, il faut penser au budget de fonctionnement, au taux de rentabilité et prendre donc en compte le loyer et les charges attenantes à la structure pour fixer son taux horaire, tout en prenant garde à ne pas dépasser un certain montant afin que le parent employeur puisse bénéficier du CMG. »
L’absence de hiérarchie : quitte ou double
L’absence de hiérarchie est une autre spécificité de la Mam qui peut entrainer bien des difficultés, selon Nawal Quemeneur. D’où la nécessité pour toutes les assistantes maternelles de la Mam d’être en adéquation avec le projet éducatif. « Il faut avoir les mêmes valeurs éducatives, recommande-t-elle, la même vision entrepreneuriale du projet ». Et poursuit : « Je fonctionne au feeling, mais je reste cartésienne. Avec ma collègue, nous nous sommes ‘courtisées’ pendant un an, pour être sûres que nous avions bien la même vision. Nous avons travaillé le projet ensemble et l’avons réajusté, nous dialoguons aussi énormément, ce qui fait qu’aujourd’hui, cela roule ! Mais je connais des assistantes maternelles pour lesquelles le manque de hiérarchie a entraîné des complications. »
Assistante maternelle en Mam : une relation aux parents différente
« Le fait d’exercer ailleurs qu’à notre domicile, nous confère une légitimité plus grande par rapport aux familles », affirme Nawal Quemeneur. Elle ajoute : « On est un peu positionnées comme des AP en crèche. Les parents sont en demande d’informations, d’accompagnement à la parentalité. Cela va dans le sens de ce que veulent les institutions et la Pmi à savoir rendre le métier d’assistante maternelle professionnel auprès des parents ». Et précise ses propos : « Bien sûr que les assistantes maternelles sont des professionnelles de la petite enfance, mais ce n’est pas forcément l’image que les parents en ont. Etre dans une structure, ça aide ! »
Une appli, une VAE d’EJE : une ass’mat’ qui fourmille d’idées
Dynamique et proactive Nawal Quemeneur n’est jamais à court de projet ! Son expérience de montage d’une Mam lui a ainsi donné l’idée de créer une appli d’accompagnement à la création de Mam. « Je n’ai pas encore réfléchi au modèle économique, mais ce serait bien que l’appli soit gratuite », confie-t-elle. Et précise : « Ce serait une appli qui concernerait le volet gestion budgétaire, investissement. Concrètement, comment on crée une Mam ? Par quoi commencer ? Par le local ? Qui contacter ? Comment on fait une étude de marché propre à une Mam ? Comment on rend le projet viable ? Il y a des outils de diagnostic que l’on utilise lorsque l’on fait de la création d’entreprise et que l’on peut vulgariser et mettre au plus simple pour les assistantes maternelles ». Mais ce n’est pas tout, Nawal Quemeneur qui aime apprendre toujours et encore aimerait cette année se lancer dans une VAE d’EJE. Bref, une reconversion professionnelle en petite enfance pour le moins réussie !
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 05 mars 2024
MIS À JOUR LE 12 juin 2024