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Ouverture par Sylviane Giampino, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA

Tout récemment reconduite dans ses fonctions de présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA, Sylviane Giampino a introduit notre journée d’échanges autour de la qualité de l’accueil avec optimisme : « Je pense que la coupe est à moitié pleine ! a-t-elle admis. Parce que l’enjeu de l’accueil du jeune enfant n’est plus un problème de bonne femme, c’est devenu un enjeu de politique publique, d’engagements pris au plus haut niveau de l’État. »

Mais cette prise de parole a aussi été pour elle l’occasion d’évoquer les grands axes du dernier rapport du Conseil de l’enfance et de l’adolescence sur la santé mentale des enfants (de plus de 6 ans), publié le 13 mars dernier : « Quand les enfants vont mal : comment les aider ? ».

En instruisant ce rapport, Sylviane Giampino explique avoir fait deux constats alarmants. Primo, la prescription de médicaments psychotropes à l’intention des enfants a quasiment doublé de 2010 à 2021. Et ce n’est pas qu’un effet COVID. Le HCFEA l’a observé « sur des enfants de plus en plus jeunes, sur des durées de plus en plus longues, avec des molécules combinées, et même parfois des prescriptions de médicaments hors autorisation de mise sur le marché, tout simplement parce que les médecins qui prescrivent font ce qu’ils peuvent. » Secundo, lorsqu’on constate que les enfants vont mal, on ne sait plus à qui les adresser. « D’un côté, on augmente les médicaments et de l’autre côté on a une baisse des offres non médicamenteuses qui sont recommandées en première intention par les autorités de santé », analyse-t-elle.

Et Sylviane Giampino de s’interroger sur la manière de rétablir l’équilibre entre les différentes réponses à trouver à la montée des troubles psychologiques et psychiatriques des enfants. « Et si on commençait dès la petite enfance à ne pas les déséquilibrer ? Ne pas les empêcher de bouger, grandir, rêver, prendre leur temps ? (…) La qualité d’accueil pourrait se résoudre à ça, a-t-elle poursuivi, des enfants entourés d’adultes qui peuvent tranquillement se poser quelques instants, les regarder rêver, s’amuser de ce qu’ils font, s’inquiéter de ce qu’ils ne font pas, jouer, inventer, être là. C’est simple, mais c’est ce qu’il y a de plus difficile à mettre en œuvre. »

Le Conseil de l’enfance du HCFEA, dans son rapport sur les modes d’accueil en cours de finalisation, s’est surtout intéressé aux nouvelles formes d’accueil flexibles, qui existent depuis les années 70-80. Les maisons vertes, Laep, accueils itinérants, et plus récemment crèches AVIP, mais aussi « des accueils pensés pour accueillir conjointement des enfants dont les deux parents travaillent, et des enfants dont les parents traversent des tumultes ». Elle distingue également les accueils hybrides, qui pourraient être à la fois des accueils formels classiques et flexibles. Dans une Mam ou un EAJE, des moments (ou des professionnels) pourraient être dédiés à l’accueil des enfants et de leurs parents, jusqu’au moment où ces derniers s’absenteraient le temps d’une course ou d’un rendez-vous.

« Des accueils qui n’ont pas pour vocation première et seule d’accueillir des enfants, mais qui contribuent à leur socialisation pas à pas », précise Sylviane Giampino. Elle souligne également les qualités des accueils passerelle qui donnent envie aux enfants, aménagent les processus de séparation entre l’enfant et son milieu familial. Et également tous les autres accueils dans des lieux publics, dont bon nombre se sont éteints sous l’effet de la rigidification des normes de sécurité. Heureusement, d’autres perdurent.

La plupart de ces types d’accueil reposent sur un tissu associatif (non lucratif) qui souffre de la lourdeur et de la rigidité du système. Selon Sylviane Giampino, c’est un point central : « on peut considérer que si derrière il y a un engagement avec des objectifs, il doit pouvoir y avoir une ajustabilité plus souple ; le tissu associatif souffre et ce n’est pas récent », déplore-t-elle.

Aujourd’hui, ce nouveau rapport du HCFEA s’intéresse à l’idée de promouvoir ces accueils flexibles « simplement pour faire ce que le législateur avait souhaité faire avec les multi-accueils », constate Sylviane Giampino. Elle explique qu’à l’origine, au cœur du multi-accueil, il y avait bien ce principe de flexibilité qu’aurait pu favoriser la réforme d’août 2000. Mais ça n’a pas été le cas. « Car ce même décret introduisait une comptabilisation horaire des temps de présence des enfants. L’objectif était double : que les familles paient strictement le temps de garde de l’enfant et tenir une comptabilité opérationnelle de l’offre et de l’utilisation des structures. (…) C’est à cette occasion que la PSU a été déployée. Et là s’est creusé un décalage entre la charge chiffrée de la présence des enfants et la charge mentale du nombre d’enfants accueillis, sur l’ensemble du portage de l’organisation du travail par les professionnels. (…) Ces multi-accueils, c’est quand même un des rendez-vous manqués de la qualité de l’accueil ! », regrette-t-elle ! » Selon Sylviane Giampino, la contractualisation, qui pourtant œuvrait dans le sens d’une souplesse et d’un ajustement, a introduit des biais entre les professionnels de terrain et les familles, une rigidification de cet ajustement notamment pour les familles confrontées à des variations de rythme multiples et pas seulement liées au travail.

« On sait aussi qu’une primo-socialisation du jeune enfant avant l’entrée dans le système scolaire est bénéfique à tous les enfants », rappelle-t-elle, soulignant que « 4 enfants sur 10 de moins de 3 ans n’ont pas d’expérience des modes d’accueil formels » et en sont donc privés. « Dans ces 40 %, précise-t-elle, beaucoup sont plutôt des enfants dont soit la mère, soit les deux parents sont sans activité professionnelle. Il y en a une part de plus en plus importante qui sont des parents dans des situations complexes de logement ou de santé, des parents dans des situations d’angoisse du quotidien (…) et puis des parents qui sont en vraie situation de pauvreté, voire de précarité. Ceux-là aussi doivent pouvoir bénéficier d’une expérience de prime socialisation précoce. » Ce sont ces familles les plus sensibles qu’espèrent toucher les modes d’accueil flexibles et pourtant, « c’est subtil et compliqué » regrette Sylviane Giampino. « On n’a pas réussi à toucher vraiment les familles qui avaient besoin de ces accueils parce qu’on a parié sur le fait qu’elles viendraient à la crèche ». Alors qu’elles sont « les plus étonnées que l’on puisse penser que leur enfant puisse tirer profit d’autres personnes, d’autres lieux que la maison et eux. ».

Les lieux d’accueil flexibles figurent aujourd’hui dans les nomenclatures et budgets Cnaf du soutien à la parentalité. Mais, « doivent-ils rester dans le soutien à la parentalité ou doivent-ils passer du côté de l’accueil du jeune enfant ? » questionne Sylviane Giampino.

Elle décrit tous ces accueils flexibles qui « naissent et disparaissent parce qu’ils sont tributaires des renégociations budgétaires, de la volonté des collectivités locales, des partenariats avec les CAF, les départements ». Et de s’interroger sur la nécessité de créer une catégorie pour rassembler ce type d’accueil, « une identité administrative avec son corollaire, c’est-à-dire un cadre normatif, des lignes de financement ». Dans son rapport, le HCFEA donne les contours de ce qui pourrait être « la catégorie nouvelle des accueils formels, avec toute la souplesse nécessaire », conclut-elle dans un sourire.

Bientôt un rapport sur l’envie et le besoin du dehors ?

Sylviane Giampino s’est également attardée sur la question des écrans, constatant que pour bon nombre d’enfants et d’adolescents, ils ont remplacé le monde extérieur : « il n’y a plus d’enfants dans les villes, ils ne sortent plus seuls, ne courent plus sur les trottoirs, ne grimpent plus aux poteaux, (…) le corps est complètement contraint et les yeux sont rivés aux écrans. Leur monde extérieur, c’est les écrans ! » Le HCFEA envisage d’ailleurs de travailler sur cette thématique cette année, « sur l’envie et le besoin du dehors des enfants ».

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Véronique Deiller

PUBLIÉ LE 27 mars 2023

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