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Petit Ours Brun, personnage désuet ou héros intemporel ?

Petit Ours Brun est avant tout un héros populaire qui se transmet de génération en génération. Depuis cinquante ans, l’icône des tout-petits partage ses aventures dans Pomme d’Api mais aussi dans des petits livres souples à petit prix, dans des dessins animés, dans des histoires audios, au cinéma et depuis peu dans des versions multilingues… Il a aussi sa propre chaîne YouTube qui compte désormais un million d’abonnés. Pourquoi ce personnage, imaginé par la rédaction de Pomme d’Api et dessiné par Danièle Bour il y a un demi-siècle, plaît-il toujours autant aux enfants ?

Ce mercredi du mois d’octobre, l’ambiance est festive chez Palomano, un espace ludo-éducatif à Clichy. Des enfants sont venus avec leurs parents fêter les cinquante ans de Petit Ours Brun. Lorsque la mascotte fait son apparition au son de la chanson du héros phare du catalogue de Bayard jeunesse, ils n’en croient pas leurs yeux…. « Nous avons toute une collection de Petit Ours Brun à la maison. Les histoires sont courtes et intéressantes pour les enfants, avec toujours un objectif éducatif », commente une mère de trois enfants avant de préciser qu’il s’agit des titres qu’elle lisait elle-même petite.

Tout commence en 1975 dans le magazine Pomme d’Api. « Le point de départ, c’était de raconter l’histoire d’un petit ours qui devenait grand et d’imaginer une aventure pour chaque apprentissage de l’autonomie, raconte Claire Etchegoyhen, directrice du pôle héros de Bayard Jeunesse. Depuis la première histoire, l’objectif est de tendre aux enfants le miroir d’eux-mêmes. » 

Claude Lebrun de la rédaction de Pomme d’Api se charge du texte tandis que les illustrations sont commandées à Danièle Bour dont le style naïf à la gouache ose des couleurs audacieuses. « Le succès a été là tout de suite », continue Claire Etchegoyhen. Très vite, Petit Ours Brun devient un personnage incontournable du magazine. Plusieurs autrices succèdent à Claude Lebrun mais depuis près de quarante ans, c’est Marie Aubinais qui raconte les aventures de l’ourson sans jamais lasser les 2-5 ans qui, eux, se succèdent.

Petit Ours Brun va sur le pot, Petit Ours Brun va chez le docteur, Petit Ours Brun s’habille tout seul… A chaque moment de la vie des tout-petits correspond un titre, textes et images redondants à l’appui. « Il aime aussi son papa, sa maman... poursuit une autre maman. Ce qui ne l’empêche pas non plus de faire des bêtises, grosses ou petites. Ce sont d’ailleurs les titres préférés de mes garçons ! » Aujourd’hui, son aîné de six ans apprend à lire avec Petit Ours Brun.

Un univers décliné sur tous les supports

Au fil du temps, les aventures de l’ourson se déclinent sur de nombreux supports : écrits, audiovisuels, numériques et événementiels… Un papa venu avec son fils se souvient de Petit Ours Brun en dessin animé qu’il regardait petit, il y a une trentaine d’années (la version dessin animé date de 1988) et qu’il regarde à nouveau. « Les histoires sont les mêmes, elles parlent du quotidien des tout-petits, remarque-t-il. Mon fils se reconnaît dans ce personnage qui vit les mêmes choses que lui, comme prendre le train pour aller voir ses grands-parents. Et nous, parents, apprécions le format court et facile à comprendre des histoires. » 

Quotidien, simplicité, apprentissage… Quel que soit le support utilisé – magazine, livre, vidéo ou audio – ce sont toujours les mêmes substantifs qui reviennent spontanément dans la bouche des parents pour qualifier les histoires de Petit Ours Brun. « Ce héros parle aux enfants de ce qu’ils vivent, que ce soient des émotions positives ou négatives, et pour les petits lecteurs, c’est rassurant de ne pas se sentir seuls à les vivre », analyse Claire Etchegoyhen. 

Un héros qui évolue avec son époque

Ces invariants de la petite enfance permettent aussi aux premières histoires de continuer à plaire aux enfants d’aujourd’hui, tandis que le contexte sociétal et éducatif a énormément changé.  « Nous ne publions plus les histoires qui sont datées mais on les trouve toujours dans les vide-greniers et elles circulent toujours », constate Claire Etchegoyhen.

Résultat Petit Ours Brun véhicule un côté ringard alors que les histoires éditées aujourd’hui tiennent compte de l’évolution de la société. « C’est un peu la rançon de la longévité d’un héros qui se transmet de génération en génération », admet Claire Etchegoyhen. L’image « stéréotypée » de papa Ours qui lit le journal dans son fauteuil – à une époque on lisait encore le journal – continue à être montrée du doigt alors qu’à la même époque, papa Ours étend aussi le linge… « Ce qui était résolument moderne il y a cinquante ans. Néanmoins, les histoires de 1975 reflètent l’époque de 1975. Aujourd’hui, bien sûr, on ne les écrit plus de la même façon. » 

Au fil des titres, Petit Ours Brun suit l’évolution de la société. Fini les collerettes, bonjour les baskets ! Les nouveaux schémas familiaux s’invitent à travers les copains et plus question de fessée, ni de papa ours qui gronde fort. En revanche, à 3 ans, c’est toujours aussi incroyable de lécher la casserole de chocolat après avoir fait le gâteau ! En 1975 comme en 2025.

Se mettre à hauteur d’enfant

« Petit Ours Brun est un personnage qui nous oblige vraiment à mettre la caméra au niveau de l’enfant », résume Gwénaëlle Boulet, rédactrice en cheffe des magazines Popi et Pomme d’Api. Pour renouveler ce concentré d’enfance en sept cases tous les mois, Marie Aubinais s’inspire directement des tout-petits qu’elle observe à l’école, dans les crèches, dans les familles… « Quand on décide de faire une histoire à la cantine, Marie y retourne pour observer les élèves de maternelle et saisir ce qui les préoccupe eux, ce qui s’y joue et ce qui les intéresse vraiment », développe Gwénaëlle Boulet.

Ce qui ne change pas non plus depuis cinquante ans, c’est le caractère de Petit Ours Brun, tendre et contemplatif. Avec les copains, c’est plutôt celui qui tend la main. Seul, il a plein de ressources pour ne jamais s’ennuyer et se révèle même être un militant en herbe de l’écologie. « Il est capable de regarder les feuilles voler, d’écouter les oiseaux chanter ou de s’extasier devant une fleur pendant toute une histoire », confirme une jeune maman. Elle se souvient, adolescente, de trouver cela insignifiant lorsqu’elle lisait Petit Ours Brun à ses petits frères et sœurs. Aujourd’hui, elle comprend. « Mon fils de quinze mois fait la même chose ! »

Éloge de la lenteur

Cette lenteur qui le caractérise est d’ailleurs un parti pris de la rédaction de Pomme d’Api. « Car c’est un besoin de l’enfance », insiste Gwénaëlle Boulet qui assume aussi la dimension éducative mise en avant par les parents. « Mais on peut être éducatif sans être modélisant », tempère-t-elle avant de conclure. « En plus d’être un héros-miroir pour les tout-petits, Petit Ours Brun est aussi un héros populaire au sens noble du terme, car il est présent dans tout type de famille. »

Anne-Flore Hervé

PUBLIÉ LE 27 octobre 2025

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