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Petite Enfance : un entre-deux difficile à gérer
Dans tous les secteurs où ni un ministre délégué ni un secrétaire d’état ne sont nommés, il y a du flottement, des incertitudes et les spéculations vont bon train. La petite enfance n’est pas épargnée. Au grand dam des acteurs du secteur !
De nombreux sujets en stand-by
Comme le soulignait dans un communiqué le Comité de filière petite enfance, jeudi 17 janvier, il y a urgence à reprendre les travaux et actions en cours. Et si le bureau du Comité de filière petite enfance a pris la plume, c’est bien pour alerter sur tous les sujets en stand-by et prévenir que la petite enfance ne pouvait pas compter pour « peanuts » dans la nouvelle architecture du gouvernement sans toutefois appeler expressément à un ministre ou un secrétaire d’État de la petite enfance jugeant que ce n’est pas son rôle. Néanmoins, il conclut son communiqué (qui vient d’être envoyé à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, par la présidente du CFPE Élisabeth Laithier), en appelant « la Ministre à s’inscrire dans la continuité des travaux conduits précédemment et des chantiers en cours (…). Le CFPE se tient à la disposition de l’interlocuteur dédié qui sera nommé pour suivre ces réformes majeures pour la politique d’accueil du jeune enfant ».
Un communiqué voté à la quasi-unanimité (une abstention et un votre contre). Auparavant, il avait listé les principaux sujets en cours : le SPPE avec les communes désignées comme autorités organisatrices, la réforme de l’autorisation et le contrôle des EAJE, le plan d’action pour qualité d’accueil, le plan d’urgence pour l’accueil individuel, les revalorisations salariales, la nécessaire mobilisation des régions et départements pour former davantage de professionnels et la mise en place d’un observatoire de la qualité de vie et des conditions de travail des professionnels de la petite enfance. Et fait référence aux trois missions en cours (qualité d’accueil, signalement et suivi maltraitance et financement des micro-crèches)
Finalement, par ce communiqué, le bureau du CFPE écrit et dit tout haut ce que tout le monde pense. Ce flou autour de la petite enfance est préjudiciable et ce sentiment qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion est non seulement inconfortable mais assez méprisant pour un secteur, l’accueil du jeune enfant, qui représente, somme toute, l’avenir du pays.
Certains patientent avec un certain réalisme : vu la configuration gouvernementale, il faut en prendre son parti, il y aura au mieux un ministre délégué ou un secrétaire d’État aux Solidarités qui englobera la petite enfance. Point barre. D’autres espèrent encore, avec naïveté ou plus d’agressivité et militent pour un vrai beau ministère ou secrétariat d’État dédié à la petite enfance. D’autres encore, les plus pessimistes, craignent qu’il n’y ait rien du tout ! C’est le cas notamment de la FNEJE qui a publié un communiqué co-signé du SNPPE. Julie Marty Pichon sa coprésidente ne décolère pas : « Nous n’avons pas voté en faveur du communiqué du Comité de filière petite enfance parce que pour nous il est trop mou… c’est de l’eau tiède. Nous sommes d’accord avec tout mais la conclusion n’est pas assez punchy ! Car oui nous sommes inquiets au vu du périmètre de cet énorme ministère. Comment une seule personne peut-elle gérer ce type de ministère ! Oui nous réclamons haut et fort a minima un secrétariat d’Etat aux Solidarités. Pour nous, l’intitulé de ce ministère (ndlr : Travail, Santé, Solidarités, solidarités arrivant en dernière place) pose symboliquement et politiquement un problème. »
Tractations en sous-main mais Catherine Vautrin tient le cap
Des tractations autour des périmètres des différents ministres, les nommés et les à nommer, il y en a eu. Déjà. Et ce n’est pas fini car il y aura aussi un deuxième tour avec la publication des décrets d’attribution examinés à la loupe et à la virgule près par les cabinets ministériels !
On dit ainsi qu’Aurore Bergé aurait bien gardé dans son escarcelle la petite enfance… (ce qui serait assez étonnant vu les immenses chantiers en cours et le rôle dans leur accompagnement de la Branche famille dont le ministre de tutelle est traditionnellement le ministre des Solidarités). D’autant que Catherine Vautrin à la tête de ce tentaculaire ministère ne s’en laisse pas conter ! Pour preuve, l’arrivée avec elle rue de Grenelle, de son ancien directeur des services de la ville de Reims et de l’agglomération de Reims, François Mengin-Lecreulx, qui endosse pour l’heure le costume de monsieur Solidarités au cabinet de la super ministre et qui, selon le journal l’Union, a expliqué dans un mail à ses collaborateurs en quittant ses fonctions, qu’il deviendrait dans un premier temps « conseiller chargé des solidarités au cabinet de la ministre » (Ndlr : la composition du cabinet ayant été publiée au JO du 17 janvier) pour ensuite exercer « la fonction de directeur de cabinet du ou de la ministre déléguée aux solidarités ».
Voilà donc un interlocuteur désigné pour la DGCS, le Comité de filière et la directrice de projet SPPE notamment en attendant la nomination complète du gouvernement fin janvier.
Et pour bien marquer son périmètre, Catherine Vautrin, dès vendredi après-midi, faisait un déplacement petite enfance aux Lucioles, une crèche Avip de Parthenay (Deux-Sèvres), gérée par la CC Parthenay-Gâtine.
Voilà donc la question de la petite enfance qui semble réglée. Reste celle de la parentalité… et là c’est une autre affaire !
Cafouillage autour de la parentalité
La commission parentalité prend des allures de commission fantôme ! Annoncée et constituée sous l’impulsion d’Aurore Bergé, alors en charge des Solidarités et des Familles, elle a connu quelques péripéties lors de son « installation » ratée début décembre. Démissions et polémiques accompagnant ce lancement raté. Et grands mystères autour de sa composition… Seuls les deux co-présidents semblant être officiels : Hélène Roques et Serge Héfez. Cette commission et le tour de France des parentalités, Aurore Bergé n’a pas envie de les lâcher. Elle en a fait son affaire. Mais est-ce judicieux de rattacher voire de réduire la parentalité à une question d’égalité femmes-hommes ? Cela parait un peu court et difficile à défendre. Car être parents, n’est-ce pas avant tout une relation affective et une posture éducative d’adultes vis à vis de leurs enfants… Et donc ne serait-il pas curieux de dissocier parentalité et enfance ou petite enfance ?
Néanmoins, il semble que ladite commission s’est réunie le lundi 15 janvier… ce n’est donc pas une commission fantôme, en présence de Jean-Baptiste Frossard ex-futur dircab adjoint de l’ex-ministre des Solidarités et des Familles, et directeur de cabinet putatif de la nouvelle ministre déléguée auprès du premier ministre en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, et la lutte contre les discriminations… Il faut suivre ! Cependant, il est encore impossible d’en connaitre les membres ! Explication : « il faut attendre que les ministres soient installés et les périmètres connus avant de diffuser la liste, de façon à ce que la primeur de la communication leur revienne. ».
En clair, c’est encore le bazar et peut être que si cette commission échappait à celle qui l’a voulue, elle ferait pschitt… d’où l’intérêt de pas en citer les membres.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 19 janvier 2024
MIS À JOUR LE 26 janvier 2024