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Plénière du comité de filière petite enfance : une ministre déterminée et une présidente très engagée
Jeudi dernier, 6 février, Catherine Vautrin, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles était l’invitée du comité de filière réuni en séance plénière. C’est traditionnellement une sorte d’examen de passage pour tous les nouveaux ministres. Catherine Vautrin semble avoir marqué des points. La ministre s’est montrée claire et déterminée sur ses objectifs. En phase avec ses précédents positionnements lors du vote de la proposition de loi de Céline Hervieu et de la polémique autour du décret des micro-crèches. La qualité d’accueil sera sa boussole.
La qualité d’accueil et la pénurie de pros au cœur de la réflexion du comité de filière
La séance plénière du comité de filière petite enfance, la première de l’année, se déroulait à la fois en présentiel et en distanciel. La ministre fut accueillie par Élisabeth Laithier, la présidente du comité de filière petite enfance. Son discours a été centré à la fois sur ses convictions personnelles, elle qui est la tête de cette instance depuis trois ans maintenant et pour trois ans encore, et sur les contributions reçues des différents membres du comité, dont elle a fait une habile synthèse.
Sa conviction : rompre un cercle vicieux
D’emblée, Élisabeth Laithier a acté : « la pénurie de professionnels est intrinsèquement liée à la dégradation de la qualité de l’accueil des enfants et inversement ». Un véritable cercle vicieux, dont il faut impérativement sortir pour « améliorer durablement la qualité d’accueil au sein du secteur. »
La présidente a poursuivi : « La lutte contre la pénurie ne doit donc plus mener à une dégradation des niveaux de qualification, des professionnels, mais se construire dans la poursuite des réformes engagées pour améliorer la qualité d’accueil et le niveau de formations des professionnels. »
Puis elle a énuméré ce qui, selon elle, pourrait restaurer l’attractivité des métiers : « replacer la qualité d’accueil et le développement de l’enfant pour redonner du sens au travail ; améliorer la reconnaissance publique du travail effectué par ces professionnels et du rôle central qu’ils occupent dans le développement de l’enfant ; améliorer durablement, les conditions de travail, la rémunération et la qualité de vie au travail. ».
Mais la présidente du comité de filière a également rappelé les grands objectifs des travaux du comité de filière pour 2025, toujours centrés sur la pénurie, les difficultés de recrutement… Les liens avec la Cnaf, France Travail et ceux souhaités avec les régions. Les régions au cœur des dispositifs de formation des professionnels à qui l’article 18 de la loi sur le plein emploi a conféré «une nouvelle responsabilité : celle d’adapter, en concertation avec les CDSF – plus finement, leur offre de formation aux besoins repérés dans le territoire. »
Porte-parole des préoccupations des membres du comité de filière
Puis Élisabeth Laithier a présenté à la ministre les principales préoccupations du comité de filière synthétisant ainsi les contritions reçues.
Elle a donc cité les 8 points de vigilance qui lui avaient été remontés : la qualité de vie au travail des professionnels ; le souhait d’un soutien accru de l’État sur les enjeux de formation des professionnels ; l’attente des dates de publication des certains textes concernant la mise en place du SPPE ; la revalorisation des professionnels de micro-crèches Paje ; un meilleur accompagnement du secteur de l’accueil individuel ; la nécessaire valorisation de l’importance et de l’expertise des professionnels de la petite enfance auprès du grand public.
Catherine Vautrin a dévoilé « ses ambitions » pour la petite enfance
Lors de sa prise de parole, la ministre a tout d’abord rappelé le contexte et les enjeux : une démographie en berne, la nécessité d’avoir des modes d’accueil de qualité, accessibles et en nombre suffisant, des places d’accueil à développer sur fond de crise de recrutement et du manque d’attractivité des métiers de la petite enfance.
Dès lors, Catherine Vautrin a souhaité détailler son ambition pour la petite enfance, sans pour autant faire des annonces fracassantes (la ministre a de l’expérience et elle préfère annoncer ce qui est certain, acté, plutôt que de décevoir par de belles promesses sans lendemains), mais en montrant qu’elle trace son chemin.
Besoin de tout le monde
Volontaire, elle souhaite « créer les conditions de la dynamisation de création de places d’accueil, et pour cela, nous aurons besoin de tout le monde : des crèches publiques comme privées ou associatives, des micro-crèches, des assistantes maternelles. Mais aussi des maires à qui un rôle important est confié avec la mise en œuvre du service public de la petite enfance. Des départements, des PMI, des Caf. Des préfets pour coordonner l’ensemble. »
Réforme du financement des modes d’accueil
La ministre l’avait déjà évoqué, elle l’a confirmé. Son chantier 2025 sera celui de la remise à plat des modes de financement de l’accueil du jeune enfant, pour « re-définir des mécanismes qui dynamisent la création de places en évitant toute dérive », notamment en les rendant plus visibles et lisibles. Quant à la réforme du Cmg prévue pour septembre 2025, « le comité de filière en aura bien sûr une présentation » a-t-elle précisé.
Déploiement d’un plan destiné à l’accueil individuel
La ministre promet de « mener à son terme le déploiement du plan 2023 » et d’avoir une « attention particulière pour les crèches familiales. Elle espère que le futur rapport de l’Igas sur l’accueil individuel apportera « des bases importantes pour avancer. » Elle aussi insisté sur les Mam, un mode d’accueil en pleine expansion, qu’elle entend soutenir.
En soutien des élus pour le SPPE
La ministre a souligné que tous les décrets seront publiés au plus vite. Ils suivent le processus nécessaire (avis du CNEM, du CE, etc.) avant leur publication. Le référentiel qualité aussi sera publié. Puis, Catherine Vautrin a confirmé vouloir se tenir aux côtés des maires pour cette mise en œuvre du SPPE. Financièrement, le budget avec ses 86 millions d’euros pour la compensation financière est voté. Reste la question des intercommunalités des petites communes de moins de 3500 habitants, la ministre sait que la question n’est pas réglée, mais « souhaite y travailler ». Tout, comme il sera « nécessaire aussi d’épauler les élus en ingénierie (…) »
L’attractivité des métiers et la fidélisation des professionnels
La ministre s’est dite « attentive aux propositions du comité de filière » sur la formation, la VAE, etc. Côté revalorisations salariales, elle a réaffirmé que pour recevoir le soutien de l’État, elles devaient s’inscrire dans des accords de branche et a souligné qu’elle n’était pas hostile à la revalorisation des pros de micro-crèches Paje « en lien avec l’accroissement du niveau d’exigences à compter de septembre 2026.»
Mise au point sur le décret micro-crèches
Bien campée sur ses positions, Catherine Vautrin n’a pas éludé la question des micro-crèches. « Il a pu m’être reproché de vouloir relever les normes d’encadrement, de qualification dans les micro-crèches » a-t-elle attaqué bille en tête. Et elle a déroulé son argumentation :
– « Avec des normes basses, les professionnels ne viendront pas.» ;
– Ce décret est « un enjeu d’attractivité, mais c’est aussi un enjeu de sécurité et de qualité, sur lequel je serais intransigeante ».
– « Je veux aussi ici dire ma confiance et mon respect à tous les professionnels, et je veux que ce message soit relayé. Demander un diplôme supérieur dans les effectifs de la crèche ne veut pas dire rejeter ou dévaloriser ceux qui ne l’ont pas, comme je l’entends ici ou là. Cela veut simplement dire qu’il y a des qualifications et des compétences attendues, que chacun a sa place, et surtout, que j’espère que chacun prendra ses responsabilités pour faire progresser les personnels qui le souhaitent vers une meilleure qualification. »
Catherine Vautrin a conclu : « je soutiendrai toujours les mesures qui favorisent qualité et sécurité afin que nous construisions un service public de la petite enfance qui protège les enfants et sécurise les parents. »
Une ministre à poigne qui semble savoir où elle va
Les propos de la ministre ont été bien accueillis. Pour Élisabeth Laithier, « c’est un discours fondateur qui donne le tempo et les priorités de l’action de la ministre. »
Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam, salue « une ministre qui ne tergiverse pas. C’est quelqu’un de carré. Ce n’est pas une girouette, elle garde son cap. Cela a été très clair sur mes micro-crèches. Ses propos sur l’accueil individuel ont été rassurants, notamment quand elle a évoqué les Mam qui, pour elle, sont une solution d’accueil intéressante. C’était bien de l’entendre, car les Mam sont régulièrement attaqués et cela été le cas avec la polémique sur les micro-crèches ».
Sollicitée, la déléguée générale de la FFEC, Elsa Hervy, de façon assez inhabituelle, a déclaré « se refuser à tout commentaire ». La FFEC semble avoir du mal à digérer le soutien appuyé de la ministre au décret micro-crèche dont la publication est annoncée et confirmée.
Philippe Dupuy, directeur général de l’ACEPP commente : « C’est une bonne politique qui semble convaincue. Son discours sur les micro-crèches et son souhait de signer le décret est rassurant. Elle semble aussi vouloir soutenir la proposition de loi de Céline Hervieu au Sénat, ce qui est aussi bon signe. »
Annick Bouquet, pour France Urbaine, décrit, elle, ce qui ressemble à un « sans faute ». « La ministre connait bien les réalités de terrain. Son discours est clair et pragmatique. Elle tient sa ligne sur la qualité, tout en étant à l’écoute ».
Quant à la Fepem, elle précise avoir été ravie « que la ministre ait assisté presque à toute la réunion du comité de filière, ce qui prouve son intérêt pour le sujet. Elle a mis en avant des constats que nous partageons notamment sur la démographie. Et puis elle a rappelé le rôle important des Mam, un mode d’accueil qui permet à l’accueil individuel de se développer. »
Stéphane Fustec, responsable CGT service à la personne n’en revient pas ! Il avoue : « c’était un discours assez classique, mais ce qui m’a fait plaisir c’est qu’elle n’a pas cédé au lobbying des entreprises de crèches privées. Sur les autres travaux, nous n’avons pas eu de grandes annonces. Néanmoins, j’ai noté aussi qu’elle a cité les Mam de façon élogieuse. Désormais, nous attendons le rapport de l’Igas et nous espérons que l’accueil individuel sera bien pris en compte dans les travaux à venir. »
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 07 février 2025