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Politique des 1000 premiers jours : grandes ambitions mais petit budget

La politique des 1000 premiers jours poursuit son déploiement. La nouvelle feuille de route, qui précise les grandes orientations et crédits mobilisés pour 2025-2027 vient d’être publiée par voie de circulaire. Un nouveau référentiel national donne désormais un cadre plus formel aux Maisons des 1000 premiers jours, qui pourront être prochainement labellisées par l’Etat.  

Le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des personnes handicapées, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et la Direction générale de la santé (DGS) viennent de publier, le 8 décembre 2025, l’instruction relative à la déclinaison territoriale de la politique des 1000 premiers jours de l’enfant. Passée inaperçue dans l’agitation politique du moment, cette circulaire pose le cadre, donne les objectifs et précise les crédits accordés au déploiement de la politique publique des 1000 premiers jours pour les trois prochaines années. Elle dresse également le bilan des quatre années passées, dévoile la nouvelle feuille de route 2025-2027 et le référentiel national des Maisons des 1000 premiers jours. 

Bilan de quatre années de prévention 

Dans la continuité des travaux de la commission présidée par Boris Cyrulnik en 2020, la politique des 1000 premiers jours a permis la mise en place, dès 2021, d’un programme interministériel visant à coordonner les interventions de différents acteurs dans une démarche de prévention globale auprès des jeunes parents. Le bilan, proposé en annexe de la circulaire, se félicite de la réalisation de la réforme du congé paternité, de la structuration d’un parcours de périnatalité pour tous les futurs et nouveaux parents, de la création et diffusion de nombreuses ressources pour les parents et professionnels…

Trois années consécutives, cette politique publique a été déployée dans les territoires, permettant de faire émerger plus de 450 projets autour de 6 thématiques prioritaires. A l’initiative d’acteurs de terrain, de collectivités ou d’associations, une centaine de Maisons des 1000 premiers jours les lieux-ressources issus des propositions du rapport ont vu le jour en métropole et Outre-mer. En octobre 2024, la politique des 1000 premiers jours a été recentrée sur l’Outre-mer. Un appel à projet a été lancé pour soutenir tout particulièrement l’émergence de projets expérimentaux dans ces 5 départements, avec pour objectif de financer, a minima, deux projets de Maison des 1000 jours par territoire. 

Une nouvelle feuille de route articulée avec les Assises de la pédiatrie 

Pour cette nouvelle période 2025-2027, la DGCS prévoit à nouveau de déployer la politique des 1000 premiers jours à l’échelle des territoires, métropole et Outre-mer – avec une attention toute particulière à l’équilibre de la couverture territoriale des projets – centrée autour de trois objectifs :

  • Accompagner les projets de « Maisons des 1000 premiers jours » sur l’ensemble du territoire
  • Protéger les enfants des risques d’exposition aux écrans et accompagner les parents dans leurs usages des écrans
  • Soutenir des initiatives favorisant la place des pères et/ou des co-parents dans le parcours des 1000 premiers jours de l’enfant.

Une nouvelle feuille de route, élaborée par des acteurs nationaux réunis dans le Comité technique des 1000 premiers jours (parmi lesquels la DGCS, la DGS – et de nombreuses directions et délégations ministérielles et interministérielles – la Cnaf, la Cnam, et l’ANCT) propose 6 grands axes déclinés en objectifs et mesures opérationnelles inspirantes. Elle reprend certaines mesures de la feuille de route précédente, mais propose également de nouveaux axes, en lien avec la feuille de route des Assises de la pédiatrie et de la santé de l’enfant. « Il y a un certain nombre de points d’articulation entre les 1000 premiers jours et les Assises de la pédiatrie, confirme Pierre Stecker, Directeur de projet développement des politiques de soutien à la parentalité et des 1000 premiers jours. Concernant les PMI, il y a dans les deux feuilles de route l’idée de fixer des objectifs de santé publique et de contrôle des lieux d’accueil aux PMI, de créer une instance au niveau national pour travailler sur la gouvernance des PMI en lien avec les départements. Il y a également le sujet des écrans, le repérage des troubles précoces du neurodéveloppement, la mise en place d’un dispositif de prévention, orientation et prise en soin de la dépression post-partum etc. ». 

Un pilotage local confié aux ARS et à leurs partenaires 

Cette circulaire sera déclinée sous la forme d’un appel à projet par département dès janvier 2026, pour faciliter l’émergence de projets innovants, expérimentaux, ou bien le développement de projets existants, autour de l’un des trois objectifs cités. Ce sont les services des ARS, qui coordonneront la mise en œuvre des appels à projets, en lien avec les différents acteurs des Comités départementaux des services aux familles (CDSF). Ils pourront ainsi s’assurer de leur bonne diffusion au niveau local et de l’instruction des réponses dès février-mars 2026. Les ARS seront ensuite chargées de communiquer les projets retenus à la DGCS et de formaliser les conventions avec les porteurs de projet en avril 2026. La direction de projet de la DGCS reste bien entendu en appui des services des ARS et assurera le suivi global de l’appel à projet dans cette nouvelle phase de la politique des 1000 premiers jours.

Ces projets pourront être portés par : 

  • Des associations ou fondations reconnues d’utilité publique à caractère social ou sanitaire ;
  • Des gestionnaires d’établissements de santé, sociaux ou médico-sociaux, des gestionnaires d’établissements d’accueil du jeune enfant ;
  • Des collectivités territoriales ;
  • Des entreprises de l’économie solidaire ;
  • Des acteurs du secteur privé lucratif, sous réserve qu’ils mettent en place une gestion désintéressée.

« Il n’y a pas encore de gestionnaires privés lucratifs qui montent des Maisons des 1000 premiers jours mais la porte n’est pas fermée, note Pierre Stecker. (…) Deux réseaux déconcentrés nous permettent une certaine vigilance sur les projets proposés. Les ARS et les Caf, en local, vont également être dans la co-instruction de ces projets et donneront leur avis. Au niveau national, plus éloignés des réalités de territoire, nous aurons un suivi plus global ». 

Un budget insuffisant arbitrairement réparti   

Une enveloppe globale de 2,2 millions d’euros sera mobilisée pour soutenir les projets retenus, en complément de financements locaux, afin de « faire levier pour l’émergence de structures ou de projets nouveaux ». La circulaire cite notamment le Fonds national de parentalité de la Cnaf, les Pactes locaux des solidarités, le Fonds d’intervention régional (FIR) des ARS, les crédits prévention de la CPAM, le Ministère de la Culture, les Conseils départementaux ou villes, les crédits contractualisés entre l’État, les ARS et les conseils départementaux de la Stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance (volet prévention maternelle et infantile…), ajoutant que « le recours à des financements privés – fondations notamment – peut être encouragé ». 

L’enveloppe globale sera répartie par région, en fonction de la population, et non pas en fonction de ses besoins. Si l’Île-de-France bénéficiera d’un crédit de 399 300 €, la région Centre-Val-de-Loire ne pourra compter que sur 82 800€ et la Guyane sur 9400 €. Un budget particulièrement limité par rapport aux années précédentes : en 2022, 213 projets avaient été financés pour plus de 4,5 M€. En 2023, 211 projets pour plus de 5,1 M€. Enfin en 2024, une enveloppe de 2M€ a financé une douzaine de Maisons des 1000 jours sur 5 départements d’outre-mer…. « 2,2 millions sur trois objectifs sur tout le territoire, ce n’est pas énorme, reconnait Pierre Stecker. Nous avons essayé d’avoir davantage pour 2026. Avant les débats parlementaires, c’était accordé, mais nous ne savons pas encore ce qui va ressortir du PLF… ». C’est pourquoi la DGCS insiste sur la nécessité d’un co-financement…  

Un référentiel national non opposable pour les Maisons des 1000 jours  

La circulaire du 8 décembre publie également, en annexe discrète, un référentiel national des Maisons des 1000 premiers jours, visant à formaliser « le cadre de référence définissant les missions et modalités de fonctionnement des Maisons ». Un document construit à partir des propositions du rapport des 1000 premiers jours, du partage et de l’analyse de l’expérience de Maisons des 1000 premiers jours existantes au sein d’un groupe de travail, et des contributions des membres du Comité technique des 1000 premiers jours. 

Sans chercher à uniformiser les Maisons des 1000 jours sur un même modèle, ce référentiel devrait permettre une meilleure lisibilité de l’offre de service pour les usagers. C’est en tout cas ce qu’espère la DGCS. Pour Pierre Stecker, « c’est une boussole pour les projets de Maisons des 1000 jours. Le référentiel n’a pas de valeur règlementaire, c’est pour cela qu’il n’est publié qu’en annexe de cette circulaire ». Et d’ajouter : « Nous voulons que ce référentiel soit un guide professionnel, un outil qui permette d’accompagner des évolutions de projets déjà existants, d’offrir des repères concrets aux porteurs de projets ». 

Le référentiel fait cependant une distinction importante. Concernant les Maisons des 1000 premiers jours, deux niveaux de service sont à distinguer : une offre de service socle regroupant les services incontournables dans le domaine de la prévention et de la promotion de la santé, du soutien à la parentalité, de l’information et de l’orientation, de la socialisation et de l’éveil culturel, des lieux ressource des professionnels. Et une offre de service complémentaire « qui permet d’adapter les missions aux enjeux, besoins et acteurs du territoire d’implantation du projet ». Elle relève d’un accueil ponctuel du jeune enfant pour permettre un temps de répit, de médiation familiale, d’analyse de pratique, d’interventions ponctuelles de professionnels spécialisés dans l’accompagnement de la relation parents-enfants… 

Une labellisation dès le printemps prochain 

Ce référentiel est également le cadre qui va permettre de mettre en place une labellisation des structures par l’État, dès le premier semestre 2026. Une reconnaissance basée sur l’offre de service socle détaillée ci-dessus. Pierre Stecker précise : « Il s’agira d’une labellisation d’abord tournée vers les usagers, afin de rendre l’offre plus lisible et gage de qualité. Mais également pour les professionnels, pour que puissent émerger des réseaux de professionnels (comme dans le département de l’Aube, pilote sur ce sujet) pour un meilleur échange de pratiques. Réseau que nous aimerions animer au niveau national… »   

Pour valoriser les projets remarquables, inspirer de nouvelles initiatives, et visibiliser ce nouvel appel à projet, la DGCS prévoit d’organiser une journée des 1000 premiers jours, au premier semestre 2026. Pour cela, il faudra attendre que la ministre Stéphanie Rist puisse déjà annoncer la nouvelle feuille de route des 1000 premiers jours, lorsque l’actualité politique lui en laissera la possibilité… 

Lire l’instruction n° DGCS/SD2/DGS/2025/159 du 8 décembre 2025 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 17 décembre 2025

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