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Pourquoi cet agacement sur ce référentiel ?

Par Par Arnaud Deroo

Consultant en éducation, thérapeute, psychanalyste, auteur

Dès sa parution, j’ai lu le référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, je n’avais pas alors trouvé cet écrit transcendant ou exceptionnel, mais simplement des éléments pédagogiques normaux, des éléments que je défends depuis bien longtemps.

Quand j’ai vu, entendu, lu, les réactions de certains professionnels ou experts « qui ont pignon sur rue », je me suis replongé dedans pour une lecture plus fine, avec plus d’attention.
Je me suis dit que j’étais passé à côté de quelque chose de grave pour qu’il y ait autant d’agacement de professionnels que je peux connaître et desquels je me sens proche dans leur parole (sauf une personne ! Mais elle, peine perdue !)

Je termine ma deuxième lecture. Si la structuration, le plan peut me poser problème, je ne comprends pas cet agacement, voire cette colère, car je n’ai rien trouvé de désastreux ou d’affreux.

C’est peut-être autour de la punition, des interdits, des émotions, des comportements agressifs que les esprits se sont éveillés, voire emballés. Tous ces éléments autour de l’éducation dite positive.

Je pense que le mot positif irrite pas mal de professionnels, surtout ceux proches des courants freudiens, et aussi parce qu’il y a méconnaissance du « contenu » de la « démarche » éducative autour de cette éducation qui ne devrait pas se nommer positive, mais simplement respectueuse ou même simplement éducation, puisqu’en soi l’éducation devrait être positive.

Il est vrai, aussi, que certains parents qui optent pour une autre relation à l’enfant ne sont pas toujours adéquats, mais n’auraient-ils pas le droit à l’erreur ?
Les parents qui choisissent cette approche n’ont pas eu de modèle, donc plus compliqué pour eux.

Normalement, l’éducation est ou devrait être une relation à l’enfant dans la bien-traitance et non dans le pouvoir. Comment ne pas être d’accord avec l’idée de respect envers l’enfant ?
Certaines, certains, qui ont pris position « contre » ce référentiel, participent parfois à des journées « bien-traitance… » ! Là, je ne comprends plus…

Je suis psychanalyste Jungien, et pourtant j’utilise dans ma pratique d’autres approches et je peux parler d’éducation bien-traitante, de cadre protecteur, etc.

On sait et normalement ces professionnels devraient savoir combien l’enfant apprend par imitation, par modèle, donc quel modèle donnons-nous aux tout-petits ? Que voulons-nous que les petits deviennent ?
Des adultes soumis, irresponsables, menteurs, manipulateurs, humiliants, comme on le voit actuellement ? Ou un humain respectueux, responsable, solidaire, fraternel, libre, critique, empathique, etc.

Inculquer cela, demande en effet une autre approche à l’enfant et certainement pas dans le pouvoir, la soumission, la loi du plus fort. (On voit ce que cela donne dans des conflits internationaux !)

Il y a eu urgence de changer notre relation à l’enfant.Comment ne pas être d’accord avec une relation qui respecte l’enfant. Emmi Pikler, en son temps, ne disait-elle pas, « il ne suffit pas d’aimer l’enfant, il faut le respecter ».

Un enfant non respecté dans son intégrité apprend le non-respect pour l’autre. Un enfant élevé dans le pouvoir apprend la soumission ou le pouvoir alors qu’un enfant protégé, respecté, apprend à respecter et à protéger les plus faibles que lui.

Ces professionnels qui critiquent cet écrit, où étaient-ils lors des manifestations des professionnels petite enfance ; où sont-ils quand les professionnels parlent des conditions désastreuses de travail, des normes d’encadrement… ?

Il est urgent, d’envisager d’autres relations à l’enfant. Une révolution interne doit se faire, un changement de conception de la construction humaine est nécessaire.

PUBLIÉ LE 06 septembre 2025

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